En Basse Guinée, des plantations sont ravagées par des incendies souvent d’origine criminelle sans connaitre les auteurs. Le phénomène a mis à terre les économies de plusieurs entrepreneurs agricoles dans les préfectures de Kindia, Dubreka et Forécariah. La dernière victime en date, se nomme Elhadj Demba Fadiga. L’ancien député a vu sa plantation de 50 hectares, partir en fumée mercredi dernier, dans le secteur boucherie, relevant de la sous-préfecture de Linsan, préfecture de Kindia.
Très fréquents ces derniers temps dans la région de la Basse Guinée, les cas d’incendies d’origine criminelle restent de nos jours un fléau préoccupant. Des centaines d’entrepreneurs en ont été victimes. Pour le cas de l’ancien député uninominal de Kindia, la situation est toute particulière. Les faits vont au-delà des commentaires.
Depuis 2009, Elhadj Demba Fadiga entretient une plantation dans la sous-préfecture de Linsan, précisément dans le secteur Boucherie. Il y a planté beaucoup d’arbres fruitiers. A savoir : du bananier du citronnier, des orangers, des avocatiers, des ananas, bref, toute sorte de fruits.
Mais son rêve de devenir un entrepreneur agricole va lui coûter cher, à cause notamment des personnes malintentionnées qui vont lui barrer la route. Tenez-vous bien, sa plantation de 50 hectares qui l’a pourtant fait ceinturer par un grillage pour éviter les dégâts d’animaux qui divaguent, a été brûlé par un feu mystérieux. Son récit est pathétique.
‘’A plusieurs reprises, j’ai été confronté à des actes néfastes, de la part de certaines personnes là-bas. Il y a six (6) ou sept (7) mois, une dame qui faisait du charbon, le feu lui a échappé selon elle, et ç’a brûlé une partie de la plantation. J’ai fait intervenir le sous-préfet, les Eaux et Forêts, tout le monde s’y est mis, mais comme en Afrique, s’il y a un problème comme ça, c’est toute la communauté qui se réunit pour venir présenter des excuses et promettre qu’ils vont veiller sur les choses, que ça ne se répètera pas. J’ai même essayé d’expérimenter sur les lieux l’hévéa culture, ça n’a rien donné, parce que j’ai été confronté au même problème. Cette fois-ci, ils m’ont rassuré que, on va trouver un terrain d’entente avec certaines personnes là-bas, que ça ne va plus se reproduire. Parce que concrètement, on a rien fait de mal à ces gens-là. Au contraire, on a même eu à embaucher des jeunes de cette contrée là pour les travaux. Il n’y a pas très longtemps, même pour les travaux de désherbage et autres, ce sont les jeunes du village qui ont fait le boulot. Donc apparemment, il n’y a pas de problème.
J’ai un gardien sur place, j’ai installé là-bas un conteneur. Le gardien y est avec sa femme. Et nonobstant toutes ces mesures, ce mercredi j’étais à Kindia, pour un décès, mon gardien m’a appelé pour dire que le feu a brûlé toute la plantation. Une plantation qui s’étend sur 50 hectares, au bord d’un cours d’eau, qu’on appel Kola Wouré. Donc même en saison sèche, j’ai une motopompe là-bas, qui nous permets d’arroser les plantes, pour éviter l’ensoleillement. Donc c’est vraiment dommage qu’on arrive pas à travailler. Parce que si on fait de telles réalisations, après avoir investi beaucoup d’argent, et que les gens se permettent comme ça de mettre le feu, ça décourage quoi’’, se plaît-il.
Les auteurs de cet incendie ne sont toujours pas identifiés. ‘’Au moment où nous parlons, nous ne connaissons pas l’origine du feu. Mais on connaît d’où c’est parti (…) Ce qu’ils font, ils mettent des brindilles enflammées dans la bouche de vache et déposent cela dans les herbes là-bas, puis partent. Ça peut mettre du temps, soit 30 minutes ou 1 heure, avant de prendre feu. Ce qui veut dire que celui qui a mis le feu, vous ne le trouverez pas, parce que déjà très loin du lieu, quand le drame s’installe quoi. C’est vraiment dommage’’, déplore l’honorable Fadiga.
Selon lui, il a interpellé les autorités préfectorales de Kindia. Sur la question, une plainte sera formulée contre X.
‘’J’ai appelé le préfet, qui m’a dit qu’il a aussi appelé le sous-préfet. En ce moment même, j’ai mis en route un huissier pour aller faire l’état des lieux. J’ai demandé aussi à mon fils qui est actuellement à Linsan, d’informer les autorités des eaux et forêts qui sont sur place là-bas. Je dois formuler une plainte que je dois déposer’’, a annoncé Elhadj Demba Fadiga, avant de regretter.
‘’Malgré tout le service qu’on a rendu aux gens, je vous signale que moi j’ai été député uninominal de Kindia, en même temps président des ressortissants de Kindia. Donc franchement, c’est dommage que des choses comme ça arrivent quoi’’, regrette-t-il.
Les pertes en termes d’investissement sont énormes. La victime dit avoir investi près de 800 millions de francs guinéens dans cette plantation.
‘’C’est énorme, je n’ai pas chiffré l’investissement, mais j’ai beaucoup investi sur le lieu. Peut-être que ça avoisinerait les 700 ou 800 millions de francs guinéens comme ça. C’est depuis plusieurs années que j’investis sur le lieu, mais ça n’a malheureusement pas marché. Donc, je suis pantois, je ne sais pas s’il fait continuer à travailler ici, parce que je ne suis pas le seul hein’’, a-t-il révélé.
Plus loin, il profite de l’occasion pour interpeller ces concitoyens en ces termes : ‘’nos populations doivent comprendre que quand des personnes décident d’investir chez nous ici en Guinée, mieux vaut les aider, parce que cet investissement peut profiter à tout le monde.’’
‘’Je vais remonter le dossier au Ministère de l’agriculture, une fois la plainte formulée. Je pense qu’avec le ministre Barry, ces dossiers ne seront pas dans les tiroirs. Parce qu’on en parle et puis ça reste comme ça. Il faut que des mesures énergiques soient prises, pour éviter de tels désagréments. Aujourd’hui, c’est l’agriculture qui peut sortir notre pays des sentiers battus. Si on décourage les agriculteurs, ça ne peut pas aller. On ne va pas s’en sortir. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. D’autres personnes ont été aussi victimes dans la zone. Ces problèmes sont récurrents dans toute la zone de Kindia. Même du côté de Forécariah, tous les jours on en parle, il y a des personnes qui ne veulent pas que ce pays bouge’’ a-t-il conclu.



Madiou BAH.

