Cela fait plus d’une décennie que le Sahel est sous le feu des groupes djihadistes. Pour autant, la CEDEAO n’a jamais bougé le petit doigt. La CEDEAO, telle qu’organisée en ce moment, est peu démocratique et loin des aspirations populaires. Les décisions de la cour de justice de l’organisation ne sont pas souvent appliquées lorsqu’elles vont à l’encontre des pouvoirs en place.
Avant de songer à ériger une force pour contrer les putschs, les dirigeants de la CEDEAO feraient mieux de revoir leurs copies en matière de gouvernance. L’iniquité, la mauvaise répartition des richesses nationales, l’ethnicisation des régimes, la corruption et l’impunité, constituent un terreau favorable à l’irruption des soldats dans la sphère politique. Les parenthèses militaires vont se succéder sous nos tropiques aussi longtemps que nos dirigeants resteront sourds et muets aux aspirations des citoyens. La CEDEAO n’y peut rien.
Ce qui reste clair, une guerre de plus au Sahel n’aura qu’un vainqueur : les mouvements jihadistes qui depuis des années construisent leur expansion territoriale sur la faillite des Etats.
L’histoire a montre que les guerres au Sahel ne sont pas conventionnelles ; elles affectent dramatiquement des populations aux existences déjà très vulnérables ; elles impliquent la mobilisation de myriades d’acteurs armés irréguliers (rebelles, milices, trafiquants) aux complexes connexions transfrontalières ; elles déclenchent des effets en cascade que nul ne peut prétendre maîtriser.
L’hypothèse d’un conflit militaire est encore évitable, pour peu qu’on se départisse des postures martiales figées et prenne la peine de comprendre les raisons pour lesquelles les putschistes nigériens sont parvenus en quelques jours à rallier derrière eux non seulement des franges importantes de l’armée mais aussi de la société civile ou de certains syndicats.
Une résolution diplomatique de la crise doit absolument être privilégiée pour la paix dans la sous région.
Par Khalil KABA