La réalisation de la route Kankan-Kissidougou a toujours été un rendez-vous raté par les différents régimes. Non bitumé et rarement reprofilé, ce tronçon routier présente toutes les caractéristiques d’une route abandonnée à elle-même. Avec ses 194 kilomètres, cette route qui a été construite depuis 1982, est de nos jours surnommée ‘’la route de l’enfer’’, à cause du calvaire qu’elle inflige aux usagers et aux riverains.

Déjà, avec les premières grandes pluies signalées à Kissidougou, l’inquiétude et le désenchantement grandissent surtout au sein des habitants de T.P et de Kérédou qui sont les deux quartiers de la commune urbaine traversées par cette route. Pour les occupants de ces deux quartiers, à chaque saison ses difficultés. Si pendant la saison sèche, leur environnement est pollué par la poussière qui s’invite même dans les concessions avec le danger que cela représente pour la santé, alors, pendant l’hivernage, cette route devient dangereuse non seulement à cause des multiples érosions provoquées par les eaux de ruissellement, mais aussi la boue qui rend la chaussée glissante.
Aujourd’hui déçus par les multiples promesses non tenues par l’État dans le cadre de la mise en œuvre du projet d’aménagement et de bitumage de cette route, les usagers et les riverains ne cachent pas leurs amertumes. Elhadj Mariba Sacko, est officier de la police à la retraite et il a sa concession à quelques mètres de la route à Kérédou où il vit depuis 1982. Il égrène quelques difficultés quotidiennes qui les assaillent.

‘’Ma famille, mes voisins et moi souffrons énormément, il y a la poussière partout et elle nous suit jusque dans nos salons ou les chambres. Les enfants qui sont avec nous sont à la merci des maux de tête ou de rhumes et mêmes nous autres. Dans ces conditions, est-ce que nous pouvons dire que notre alimentation est saine? À l’hivernage, les conducteurs de moto-taxi vont éviter cette route ou bien même ils vont fixer des prix exorbitants pour venir ici à cause de l’état dégradé de la route. Que faire ? Nous n’avons pas où aller. Au temps d’Alpha Condé, on nous avait rassuré que le financement de ce projet routier est obtenu et que ça sera réalisé par une entreprise Burkinabè du nom d’Ebomaf. Encore tout récemment en 2023, on nous a dit que c’est Guicopres qui va exécuter les travaux. On se demande finalement à quand le bitumage de cette route?’’, s’est-il interrogé.
Malgré tous ces aléas, beaucoup de citoyens sont obligés de pratiquer quotidiennement cet itinéraire pour rejoindre soit leurs services, soit leurs lieux de commerces. C’est le cas de Seydouba Bangoura, professeur de physique au collège Alcoa de Kérédou.

‘’D’abord, un enseignant c’est la présentation, on doit venir propre et bien habillé devant les élèves. Mais à cause de la poussière sur cette route, ça décourage les enseignants dont les écoles se trouvent le long de ce tronçon. D’ailleurs, si c’est l’hivernage, chaque fois on frôle les accidents à cause de l’état de la chaussée et souvent même on a peur pour nos élèves qui empruntent les motos-taxis. Pour le moment, s’il n y a pas de moyens pour procéder au bitumage, les autorités locales peuvent au moins faire le reprofilage avant les grandes pluies’’, a-t-il sollicité.
Même cris de cœur chez les boutiquiers, les gérants de cafétéria et autres garagistes qui évoluent le long cet axe routier. Ces gens accusent les mauvaises conditions de travail et la rareté des clients à cause de la poussière ou de la boue. David Kamano est l’un d’entre eux. Il gère un cafétéria non loin de cette route au quartier TP.

‘’Je souffre au même titre que mes clients dont certains commencent à déserter mon coin. Vraiment, c’est décourageant, car avec le chômage du moment, on se débrouille ici pour soutenir la famille. Presque je passe la journée à nettoyer les chaises et les tables pour ne pas que mes clients se découragent. Si c’est le temps des pluies, il faut chaque fois laver le plancher, car les gens transportent la boue au bout de leurs chaussures. En tout cas, moi je compte sur l’État pour relancer les travaux de construction de cette route et quand cela est fait, ce sera une libération pour nous’’, a-t-il lancé.
Maintenant que la pression s’accentue sur le CNRD pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel à travers l’organisation des élections libres et transparentes, beaucoup d’observateurs pensent que les grands chantiers comme le bitumage de cette route qui relie la Haute Guinée à la Guinée forestière sont désormais le cadet des soucis des autorités de la transition.
Pendant ce temps, les usagers et les riverains de cette route sont convaincus du fait que le début des travaux n’est pas pour demain, car aucun signal venant des décideurs n’est visible sur le terrain.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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