La Haute Autorité de la Communication (HAC) a publié ce mois de juillet 2026 son rapport général sur la régulation des campagnes médiatiques couvrant la présidentielle du 28 décembre 2025 et le triple scrutin (législatives et communales) du 31 mai 2026. Dans un paysage médiatique en pleine mutation, l’institution dirigée par Boubacar Yacine Diallo dresse un bilan globalement positif, tout en mettant en lumière d’importants défis techniques et structurels à l’intérieur du pays.
Un dispositif de régulation face à de nouveaux défis
Pour encadrer ces échéances électorales cruciales, la HAC s’est appuyée sur la loi organique L/2020/0010/AN. Son objectif principal : garantir un accès équitable des candidats aux médias publics et privés tout en veillant au respect de la déontologie journalistique, de la prévention des discours de haine et de la lutte contre la désinformation.
»La régulation ne constitue ni une restriction de la liberté d’expression ni une forme de censure. Elle vise à garantir un exercice responsable de cette liberté », réaffirme le président de l’institution, Boubacar Yacine Diallo.
L’un des faits marquants de ces campagnes a été la fermeté de l’instance face aux nouvelles technologies. La HAC a strictement interdit tout usage d’images ou de propos générés par l’intelligence artificielle (IA) et a proscrit l’utilisation des symboles de l’État dans les éléments de propaganda.
Une couverture présidentielle marquée par la « Synergie »
Pendant la campagne présidentielle de décembre 2025, la HAC a déployé un suivi rigoureux sur l’ensemble du territoire national. À la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG), le « Journal de campagne » a permis aux neuf candidats retenus de diffuser leurs messages, sous le contrôle d’une commission de visionnage chargée de supprimer les attaques personnelles et les propos susceptibles de troubler la paix publique. L’émission « Face aux Électeurs » a également offert un espace de débat d’une heure à chaque prétendant à la magistrature suprême.
Sur le terrain, la synergie des médias audiovisuels portée par l’Union des radios et télévisions libres de Guinée (URTELGUI) avec le concours de la RTG et des 39 stations de la Radio Rurale a été saluée comme un modèle du genre. En mutualisant leurs moyens pour diffuser le déroulement du vote en temps réel, les médias guinéens ont permis d’assurer un climat apaisé le jour du scrutin.
Cette initiative a notamment reçu les éloges d’une mission d’observation du Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication (RIARC), venue du Tchad, du Mali et du Gabon pour s’inspirer du modèle guinéen.
Législatives et communales de mai 2026 : Le contraste des régions
Si la couverture de la présidentielle a bénéficié de moyens importants incluant une dotation gouvernementale de 11 véhicules pour renforcer la mobilité de la HAC , les élections législatives et communales du 31 mai 2026 ont révélé des disparités locales plus accusées.
Les missions de supervision menées dans les régions administratives (Mamou, Faranah, N’Zérékoré, Kankan, Labé, Boké, Kindia) montrent que les candidats ont globalement fait preuve de retenue. Cependant, la régulation a été confrontée à plusieurs obstacles :
Aléas logistiques et intempéries : À Dabola ou Kissidougou, de fortes pluies et l’absence de paratonnerres sur certaines stations de la Radio Rurale ont entraîné des interruptions d’émissions.
Matériel endommagé : À Labé, un incendie survenu en août 2025 au gouvernorat avait détruit les équipements de monitoring, compliquant le suivi direct des radios locales.
Absentéisme de certains candidats : Dans plusieurs circonscriptions comme Faranah ou Pita, des débats programmés n’ont pu se tenir en raison du désistement ou de l’absence de représentants de formations politiques.
Principales recommandations de la HAC
Pour pérennisera les acquis et améliorer la régulation lors des prochains scrutins, la Haute Autorité de la Communication formule plusieurs recommandations clés dans son rapport :
1. Renforcement des équipements : Moderniser les infrastructures de monitoring en région et doter le personnel de logiciels d’analyse adaptés au réseau numérique.
2. Formation continue : Accentuer la formation des journalistes de l’intérieur du pays sur la couverture électorale, la modération des émissions interactives, la vérification des faits (fact-checking) et la maîtrise de l’intelligence artificielle.
Digitalisation : Mettre en place une plateforme numérique pour moderniser et fluidifier les procédures de dépôt, de contrôle et de validation des éléments de campagne.
3. Sensibilisation des candidats : Mieux informer les états-majors politiques sur les règles de temps d’antenne, de discipline des plateaux et d’interdiction des symboles républicains dans la propagande.
Le rapport complet de la Haute Autorité de la Communication (juillet 2026) détaille la répartition des temps d’antenne ainsi que l’ensemble des procès-verbaux de supervision région par région.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.

