Face à la récurrence des violations des droits humains et au risque de voir la mémoire collective s’effacer, l’organisation Tournons La Page Guinée (TLP-Guinée) déploie un outil citoyen, sécurisé et participatif. L’objectif : recenser chaque victime, documenter les crimes commis depuis septembre 2021 et poser les jalons de la vérité et de la justice.
C’est depuis la capitale économique béninoise, en marge du Forum Social Mondial de Cotonou, que le signal a été donné. Le 6 août 2026, l’organisation de la société civile Tournons La Page Guinée (TLP-Guinée) a officiellement dévoilé un dispositif digital inédit : la plateforme mémorielle https://memoirequinee.org/.

Cet espace participatif, totalement indépendant et hautement sécurisé, a pour vocation de collecter, vérifier et rendre accessibles les témoignages et les données relatifs aux violations graves des droits humains commises en Guinée depuis la prise de pouvoir militaire de septembre 2021.
Dans un communiqué officiel publié le 18 août 2026 à Cotonou, TLP-Guinée rappelle l’urgence absolue de préserver la vérité historique face à la censure et au silence.
« Dans un contexte où la mémoire est trop souvent effacée, https://memoirequinee.org/ se veut un rempart contre l’oubli et un outil au service des victimes, des familles, de la justice et des partenaires au développement durable », souligne le texte signé par Alseny Farinta CAMARA, Coordonnateur National de TLP-Guinée.
Un bilan effrayant déjà répertorié
L’urgence de l’initiative repose sur des données déjà alarmantes. La plateforme constitue d’ores et déjà une base de preuves étayée sur les heures sombres de la transition politique guinéenne. Les investigations initiales menées par les acteurs de terrain permettent de dresser un premier bilan lourd :
Au moins 70 personnes tuées par les forces de défense et de sécurité ;
Au moins 35 cas de disparitions forcées ;
Au moins 12 cas d’enlèvements arbitraires.
Arrestations abusives, détentions arbitraires, actes de torture, usage excessif de la force et exécutions extrajudiciaires : le registre recense l’ensemble des atteintes aux libertés fondamentales.

Face à ce tableau sombre, TLP-Guinée martèle qu’il est vital de sortir de l’anonymat des chiffres. « Il est urgent de briser le silence et de donner un visage et un nom à chaque victime », a-t-il martélé.
Une grande campagne d’un mois pour alimenter la base de données
Pour donner toute sa portée à cet effort mémoriel, TLP-Guinée annonce le déploiement d’une intense campagne de documentation et de plaidoyer d’un mois, qui se déroulera du 20 août au 21 septembre 2026. Durant cette période, citoyens, militants, organisations de la société civile et institutions sont invités à apporter leur pierre à l’édifice.
Grâce aux protocoles de sécurité intégrés à la plateforme https://memoirequinee.org/, chaque témoin, victime ou proche peut transmettre des informations, des documents ou des témoignages en toute confidentialité.
Le site offre également la possibilité de consulter les cas déjà documentés et d’assurer un suivi rigoureux des requêtes pour la vérité et la justice.
»Documenter n’est pas accuser, c’est permettre à la justice de faire son travail », a-t-il précisé.
Au-delà de la collecte de données, la démarche portée par la société civile guinéenne se veut un appel solennel à la responsabilité collective et à la réconciliation nationale. L’organisation s’adresse directement aux décideurs politiques ainsi qu’à la communauté internationale :
»Par la voix de TLP-Guinée, la société civile guinéenne appelle les autorités guinéennes, l’ensemble de la communauté internationale, les personnes de bonne volonté, les partenaires techniques et financiers à soutenir cette démarche de mémoire et de responsabilité », a-t-il lancé.
Loin de toute démarche de vengeance, TLP-Guinée recadre l’objectif profond de cette plateforme : » Documenter n’est pas accuser, c’est permettre à la justice de faire son travail. https://memoirequinee.org/ est une invitation à la vérité, à la justice et à la réconciliation », a t-il souligné.
Alors que s’ouvre cette campagne de mobilisation, le message lancé depuis Cotonou résonne comme un engagement collectif et indéfectible envers la dignité humaine : « Ensemble, faisons en sorte que plus jamais une victime ne tombe dans l’oubli », a t-il laissé entendre.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.

