Dans la capitale de la Guinée forestière, le talent naît parfois en dehors des académies d’art. C’est le cas d’Anthony Théa, un peintre et décorateur autodidacte qui s’est forgé une réputation grâce à la singularité de ses œuvres.
Ancien apprenti mécanicien revenu à ses premières amours, il vit aujourd’hui de son pinceau qu’il considère comme une véritable vocation divine. Entre fierté, défis matériels et ambitions pédagogiques, portrait d’un artisan passionné qui veut faire rayonner son talent au-delà des frontières.

Du dessin scolaire au pinceau professionnel : un itinéraire guidé par la passion
L’histoire d’Anthony Théa avec le dessin remonte sur les bancs de l’école primaire. Très tôt remarqué pour son habileté graphique, il devient le dessinateur attitré de sa classe avant que la vie ne l’éloigne un temps des études et de l’art.

« Depuis mon enfance, lorsque j’allais à l’école, j’apprenais à faire des croquis. Comme j’étais appliqué au dessin, chaque fois, mon maître me faisait passer au tableau ; c’est moi qui dessinais pour tout le monde. Je n’ai pas pu poursuivre mes études, alors j’ai choisi ce métier comme profession.
J’ai aussi appris la mécanique pendant trois ans. Mais comme Dieu m’a fait comprendre que c’est la peinture que je devais faire, c’est dans cela que je suis revenu aujourd’hui. Je crois vraiment que c’est un don que Dieu m’a donné, car je ne suis pas allé dans une école des arts pour l’apprendre. Je rends grâce à Dieu : ce travail m’apporte de la bénédiction, le succès dans mon entreprise, la sagesse et l’amour », raconte-t-il.
« Le pinceau m’a dit que si je lui reste fidèle, il garantira ma vie » : un message à la jeunesse
Conscient que les métiers d’art souffrent souvent d’un manque de considération en Guinée, Anthony Théa n’en demeure pas moins fier de son indépendance. Il lance un message fort à la jeunesse locale, l’invitant à fuir l’oisiveté pour apprendre un métier manuel.
« Aujourd’hui, je suis très fier parce que le pinceau lui-même m’a dit un jour que si je lui restais fidèle, il garantirait ma vie. C’est pourquoi, je lance un appel aux jeunes d’aujourd’hui : même si l’art n’est pas toujours considéré à sa juste valeur, c’est un noble métier. Quand tu as ce métier en main, au lieu d’aller passer toute la journée dans les cabarets ou dans les kiosques à raconter des histoires, cela t’aide au moins à évoluer et à soutenir ta famille », a-t-il lancé.
Un manque de matières premières et l’ambition de créer une école
Travaillant principalement sur de la toile, du contre-plaqué et divers supports textiles à l’aide de peinture spéciale, l’artisan bénéficie d’une demande croissante. Ses créations, appréciées pour leur originalité, séduisent une clientèle locale, nationale et même internationale.

Cependant, son essor se heurte à des limites financières et matérielles. Pour passer à une production à grande échelle et transmettre son savoir, l’artiste sollicite un appui technique et financier.
« Mon art est beaucoup aimé, parce que mes articles sont différents de ceux des autres. J’ai des clients un peu partout, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Mais, je manque de matières premières pour produire en grande quantité. Je n’ai pas les moyens d’acquérir les stocks de matériel disponibles sur le marché.
C’est pourquoi, je lance un appel aux ONG, aux personnes de bonne volonté ainsi qu’au gouvernement pour m’aider à obtenir un fonds d’appui. J’ai aussi l’ambition de créer une petite école pour former les enfants, mais les moyens me manquent. Pourtant, je peux ravitailler toute la République de Guinée et je souhaite participer à des foires nationales et internationales pour que mon talent soit connu de tous », a-t-il lancé.
Depuis N’Zérékoré, JOB BEAVOGUI, pour Lerevelateur224.com.

