Alors que le mois d’août marque traditionnellement le pic des précipitations en Guinée, une baisse drastique de la pluviométrie frappe la préfecture de Kissidougou depuis la mi-juillet 2026. Ce début d’août particulièrement sec, sans aucune grande pluie enregistrée, plonge les agriculteurs dans l’inquiétude.

Si les rizières des bas-fonds résistent pour le moment, les cultures de plaine et de coteau montrent déjà des signes alarmants de dégradation, faisant redouter une répétition de la crise agricole de 2024.
« Le sol se fissure et les feuilles jaunissent » : un constat alarmant en plaine et sur les coteaux
Pour les riziculteurs évoluant hors des bas-fonds irrigués naturellement, le manque d’eau se fait cruellement sentir. François Tamba Somadouno, entrepreneur agricole cumulant 30 ans d’expérience en milieu communautaire, témoigne de la sévérité de cette anomalie climatique qu’il attribue directement à la déforestation locale.

« Depuis l’an 2000, année où je me suis définitivement installé à Kissidougou, je n’ai jamais vécu un début du mois d’août aussi sec. Nous sommes en train de vivre les conséquences de la coupe abusive du bois et de la carbonisation à outrance […]. Si cette situation perdure, on risque d’assister à des récoltes catastrophiques.
Ce matin, en visitant mon champ, j’ai remarqué que les fissures ont commencé au niveau du sol, ce qui est très mauvais pour les semences. J’ai aussi vu certaines feuilles qui commencent déjà à jaunir. C’est un constat alarmant, surtout pour ceux qui sont en retard sur le calendrier agricole, car la riziculture est une question de période clé et non de temps », raconte-t-il.
Changement climatique : l’urgence d’adapter les calendriers culturaux
Face au dérèglement des saisons, François Tamba Somadouno, également formateur des organisations professionnelles agraires, avertit que les méthodes traditionnelles doivent impérativement évoluer. Selon lui, le fatalisme doit laisser place à l’anticipation.
« Aujourd’hui, beaucoup de paysans se trompent de calendrier agricole. Rien ne sera plus comme avant. On ne doit plus comparer les saisons ni croire que cette année sera comme la précédente. La seule vérité, c’est qu’un agriculteur doit commencer à labourer dès les premières pluies.
Au moment où je vous parle, certains riziculteurs sont encore en train de semer, et d’autres n’ont même pas commencé. On ne doit pas faire l’agriculture par procuration, sinon on risque de récolter de la paille à la place du riz », estime-t-il.
Le spectre du désastre agricole de 2024 hante les campagnes
Dans les sous-préfectures environnantes, la peur d’une mauvaise récolte ravive le douloureux souvenir de la campagne de 2024. À Kèlèdou Pombô (sous-préfecture de Yèndè Millimouo), Jean Fassa Yombouno décrit des scènes inédites pour la saison.

« Ici à Kèlèdou, ça fait longtemps qu’il ne pleut pas. Nous avons peur de revivre ce qui s’est produit l’année surpassée : en 2024, la rareté des pluies avait causé notre échec, nous avions trop souffert sans recevoir d’aide de l’État. Hier, quand on défoncait un bas-fond, j’ai vu des femmes à côté qui arrosaient une pépinière pour pouvoir enlever les plants ! C’est quand même étonnant de voir de telles scènes en plein mois d’août, censé être le mois le plus pluvieux », a-t-il rappelé.
Pour de nombreux experts et observateurs locaux, cette nouvelle alerte climatique met en lumière l’urgence de moderniser l’agriculture guinéenne, notamment par le développement de techniques d’irrigation et d’aménagements de maîtrise de l’eau, afin de ne plus dépendre exclusivement des aléas pluviométriques.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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