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MACO s’en est allé : la presse guinéenne perd une conscience

19 mars 2026
Crise frontalière à Lofa : Joseph Boakai choisit la « diplomatie de la force » et annonce une désescalade

Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un.Ce matin, une onde de tristesse a traversé le monde des médias guinéens. En consultant mon téléphone, j’ai remarqué un appel manqué de mon jeune frère Mamadou, basé à Charleroi, en Belgique, que MACO avait encadré à La Nouvelle Tribune. Quelques instants plus tard, en parcourant les réseaux sociaux avant la prière de l’aube, la nouvelle s’est imposée avec une brutalité difficile à décrire : MACO n’est plus.

J’ai aussitôt compris que cet appel était porteur de cette douloureuse annonce. Comme beaucoup d’autres, j’ai ressenti un choc profond. Car avec la disparition de MACO, c’est bien plus qu’un journaliste qui s’éteint : c’est une conscience, une plume rare, un repère moral pour toute une génération.

Abdoulaye Sankara, connu sous le nom de MACO, était unanimement respecté pour son honnêteté intellectuelle, sa rigueur professionnelle et sa fidélité inébranlable à ses convictions. Dans un contexte souvent marqué par des pressions et des compromis, il faisait partie de ces hommes qui refusent de céder. Incorruptible, impartial, profondément attaché à la vérité, il incarnait une certaine idée du journalisme, exigeante et courageuse.

Sa trajectoire est celle d’un homme engagé. Son surnom, MACO, tire son origine de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, où il a été détenu dans l’exercice de son métier. Loin de l’affaiblir, cette épreuve a renforcé sa détermination. Elle a forgé un journaliste encore plus combatif, conscient du prix à payer pour défendre la liberté d’expression.

Avant de s’installer durablement en Guinée, il a servi comme membre du bureau de presse de la présidence du Burkina Faso sous le leadership de Thomas Sankara. Cette expérience a marqué sa vision du rôle du journaliste dans la société : informer, éveiller les consciences et défendre l’intérêt général. Originaire du pays des hommes intègres, il a trouvé en Guinée une seconde patrie. Il y a construit sa vie, fondé une famille et partagé son savoir avec générosité. Marié à une Guinéenne connue sous le sobriquet de Tata, il a su allier engagement professionnel et attachement familial.

MACO n’était pas seulement un journaliste talentueux, il était aussi un formateur. De nombreux jeunes journalistes de la presse écrite guinéenne lui doivent leur apprentissage. Il savait transmettre, corriger, encourager et inspirer. Son influence dépasse largement ses écrits : elle se retrouve dans les pratiques, les valeurs et les ambitions de toute une génération de professionnels des médias.

Pendant que MACO et ABLO nourrissaient une passion particulière pour La Nouvelle Tribune, d’autres dynamiques animaient la presse écrite guinéenne. Avec Tibou Kamara, nous faisions vivre d’abord Le Spécial, puis L’Observateur, à l’immeuble Baldé Zaïre, situé à Manquepas. Ces lieux et ces moments restent gravés dans la mémoire collective comme des espaces de débats intenses, de production intellectuelle et d’engagement sans compromis. C’était une époque où la presse écrite se construisait dans l’effort, mais aussi dans une grande solidarité entre confrères.

MACO entretenait également des relations fortes avec plusieurs figures emblématiques du journalisme guinéen. Il était un ami proche de feu Bebel et d’Abdoulaye Condé, fondateur de La Nouvelle Tribune. Aujourd’hui, il rejoint dans l’au-delà d’autres grandes plumes de la presse écrite guinéenne telles que Jean-Baptiste Kourouma, Siaka Kouyaté, Bebel et Pounthoun. Tous ont, à leur manière, contribué à bâtir les fondations d’une presse libre et responsable en Guinée.

La dernière fois que j’ai eu l’occasion de voir MACO remonte aux obsèques de Marco, au stade Petit Sory de Nongo. Ce jour-là déjà, l’émotion était forte. Nous étions réunis pour rendre hommage à un autre acteur du monde des médias. Aujourd’hui, c’est à son tour que nous devons dire adieu, avec le même sentiment de perte et le même devoir de mémoire.

Il est important de rappeler que MACO a été de tous les combats pour la libéralisation des ondes en Guinée. À une époque où la liberté de la presse était encore fragile, il s’est engagé sans relâche pour l’ouverture de l’espace médiatique. Il croyait fermement que l’accès à une information libre et pluraliste est une condition essentielle pour le développement démocratique. Son combat n’était pas seulement professionnel, il était profondément citoyen. Il fut directeur adjoint du bureau de presse de la présidence de la République de Guinée sous le régime d’Alpha Condé.

Sa disparition laisse un vide immense. Mais au-delà de la douleur, il nous revient de faire vivre son héritage. Continuer à défendre les valeurs qu’il incarnait, refuser les compromis faciles, former les jeunes générations avec la même exigence, et garder toujours à l’esprit que le journalisme est avant tout un service rendu à la société.

En ces moments difficiles, j’adresse mes sincères condoléances à sa famille biologique, en particulier à son épouse, ainsi qu’à toute la grande famille de la presse guinéenne. Que chacun trouve la force de surmonter cette épreuve et de perpétuer l’œuvre de cet homme d’exception.

Que son âme repose en paix.

 

Aboubacar SAKHO
Expert en Communication auprès du Haut-Commissariat de l’OMVS à Dakar

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