À l’approche de la Aïd al-Fitr, l’effervescence habituelle des préparatifs laisse place, cette année, à une réalité bien particulière à Boké : une fête qui se prépare sans argent liquide. Dans cette ville pourtant habituée à l’intensité commerciale des veilles de célébration, le manque de cash redéfinit les codes.

Dans les marchés, les scènes sont inhabituelles. Les billets se font rares, remplacés par des téléphones portables devenus de véritables portefeuilles numériques. Les échanges se digitalisent, parfois dans la confusion, souvent dans la contrainte. Car si les transferts d’argent via mobile facilitent certaines transactions, ils ne font pas encore l’unanimité.
Même constat du côté des clients. Au marché Hangar, Diallo Mamadou Yaya n’a pas pu concrétiser son achat, malgré sa volonté de payer autrement. Faute d’argent liquide, il s’est heurté au refus de certains commerçants, déjà saturés par les dépôts électroniques. Une frustration nouvelle, symptomatique d’un système encore en transition.

Derrière les étals, les commerçants jonglent entre acceptation et refus. Trop de dépôts, pas assez de liquidités à retirer : l’équilibre est fragile. Résultat, certains clients repartent les mains vides, non pas faute de moyens, mais faute de format de paiement accepté.
Pour les artisans et prestataires, la situation impose une réorganisation du quotidien. À la 110ᵉ rue, Maître Yaya, tailleur, a franchi le pas du numérique. Comme beaucoup, il s’ajuste, transforme ses habitudes et suit le mouvement imposé par la conjoncture.
« C’est compliqué, mais nous n’avons pas le choix. La majorité de mes clients paient par Orange Money, et moi-même j’achète mes fournitures de la même manière. Nous sommes obligés de nous adapter », explique-t-il.
Kalabane Mohammed, décorateur de maillots, en fait également l’expérience : travailler sans cash devient un défi permanent. Acheter, produire, livrer… chaque étape dépend désormais de la capacité à trouver un interlocuteur acceptant les paiements électroniques.
« Même quand on veut faire des achats des matériels avec lesquels on travaille nous sommes obligés de faire des dépôts aux marchants », assure le décorateur
Cette année à Boké, l’Aïd ne se prépare pas seulement avec des habits neufs et des provisions. Il se vit aussi à travers une transformation des pratiques, où l’absence de liquidité devient l’élément central. Plus qu’une simple difficulté, c’est une nouvelle manière de consommer qui s’installe, redessinant, à sa façon, le visage de la fête dans la Guinée contemporaine.
Depuis Boké, Mamoudou DIALLO, pour Lerevelateur224.com.

