En revenant à certains événements dans l’histoire récente des peuples, on se rend compte de la capacité extraordinaire de certains d’entre eux à s’indigner et se révolter lorsque des tiers sont victimes d’injustice, d’oppression et d’arbitraire. Au Burkina, quand Norbert Zongo, journaliste d’investigation de renom a été assassiné froidement parce qu’il contribuait à l’éveil des consciences dans son pays en dénonçant les tares des gouvernants, il y a eu un soulèvement populaire spontané qui a fragilisé à jamais le président en exercice Blaise Comparé, pourtant craint par ses compatriotes. Le régime que le tombeur de Thomas Sankara, encore dans toutes les mémoires, a façonné des années durant a souffert jusqu’à la fin de l’affaire Zongo qui reste une tâche noire indélébile des années Compaoré. Ce fut un tournant dans le processus de la libération du Burkina des griffes de la dictature et de la tyrannie de la passivité.
En Iran, un des Etats totalitaires du monde où la contestation est réprimée dans le sang, les populations sont descendues, massivement dans la rue pour demander des comptes aux autorités après l’interpellation qui a tourné au drame d’une jeune dame de 22 ans, Mahsa Jina Amini, accusée par la police des mœurs de « port de vêtements inappropriés ».
Malgré la vague d’arrestations, les condamnations à mort, les exécutions en cascade, les manifestants ont continué à exprimer leur colère et réclament aujourd’hui encore justice pour la victime. Rarement, le pouvoir féodal iranien fondé sur l’intimidation et de nature répressive a été aussi secoué et défié, dans de telles proportions. Les exemples, à travers le monde, de mouvements de contestation populaire consécutifs à des dérives autoritaires ou à des exactions contre des citoyens foisonnent. Sous tous les cieux, lorsqu’on franchit un certain seuil dans la cruauté, dépasse les limites admises, les clameurs populaires s’élèvent, la rue gronde. Par contre, en Guinée, c’est silence radio et une indifférence coupable. Notre société est celle de la connivence et de la reddition. Personne ne se soucie de l’autre et n’a d’engagements envers la collectivité. Chacun court à sa perte en voulant se protéger de tout risque, du moindre aléa du danger qui guette tous. Les détenus sont oubliés alors qu’ils ont servi le pays et furent utiles à beaucoup de personnes, présentement, insensibles à leurs malheurs. Kassory Fofana, Amadou Damaro Camara, Dr Mohamed Diané et d’autres hommes forts d’hier tombés dans la disgrâce croupissent en prison depuis de longs mois. Personne n’en parle encore moins ne s’en indigne. Le général Sadiba Koulibaly, le colonel célestin Bilvogui, ont été arrachés à l’affection des leurs dans des circonstances douteuses, mais rien n’a suivi comme conséquences parce que le cri de leurs familles eplorées et éprouvées tombe dans des oreilles de sourds. Foniké Menguè et Billo Bah, portés disparus, ce n’est pas un scandale en soi alors qu’ils se battaient pour tous. Le Président de l’UFDG, l’acteur politique le mieux côté du pays, sans doute aussi le plus redoutable, a été deguerpi de sa résidence dont il sera finalement délesté, est poursuvi devant la justice pour une affaire ne le concernant pas, vraiment, est maintenu en exil sans que ses militants très nombreux ne s’offusquent ni ne se révoltent. Le professeur Alpha Condé a été évincé du pouvoir, après 11 années à la tête du pays sans que la terre ne tremble dans ses bastions jusqu’alors considérés imprenables et très engagés pour lui. Peut-être qu’une fois, il sera confronté à des vents contraires, le Général Doumbouya, lui aussi connaîtra la solitude des temps difficiles et ne pourra compter que sur lui-même à un moment où il aura le plus besoin des autres. Les Guinéens ne sont fidèles qu’à leurs propres intérêts et ne se passionnent que le pouvoir, peu leur importe, qui le détient. Attendons de voir la suite des événements pour être encore édifié sur la fiabilité des gens.
Les médias les plus suivis du pays ont été fermés depuis un certain temps et jusqu’à présent, aucun acte n’a été posé pour les soutenir dans leur désarroi. Et, pourtant, ils sont punis à cause de leur obstination à relayer les récriminations et à s’ériger en ultime rempart contre les abus de pouvoir et tous les manquements dans la conduite des affaires publiques. Soutiens et alliés de tous, ils sont abandonnés à eux-mêmes dans la plus grande épreuve de leur histoire. C’est comme si chacun devrait porter, seul, sa propre croix.
Heureusement que parfois, le barreau tente de siffler la fin de la récréation mais sans y parvenir, isolé dans sa démarche dans un pays où chacun a choisi de se taire, de se préserver et de renoncer à ses droits à cause de l’exigence de la lutte, de la peur de contrarier la classe dirigeante et de tous les sacrifices à consentir dans la résistance. Ainsi va la Guinée qui ne ressemble qu’à elle-même, il en va ainsi du guinéen, toujours replié sur lui-même, incapable de se joindre à une lutte qui ne lui rapporte pas, de militer pour une cause dans l’intérêt général. On dit que chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite certes, mais, chacun peut déterminer aussi quel dirigeant mérite de conduire les destinées de sa nation, en a le pouvoir et le droit. Le peuple n’a de souveraineté que lorsque les citoyens le décident mais jamais lorsqu’ils subissent , fuient leurs responsabilités et refusent d’assumer leur destin.
L’édito, lerevelateur224.com
