Bien que notre pays soit riche en ressources naturelles, il présente un indice de développement humain (IDH) très faible, ce qui le place parmi les pays les plus pauvres du monde, principalement en raison de la mauvaise gouvernance.
La question se pose : devons-nous miser sur les dividendes générés par nos ressources minières pour faire de notre pays un acteur économique majeur ?
Selon la littérature, le secteur minier semble être le pilier central de notre modèle économique. Cependant, il est raisonnable de croire que l’agriculture pourrait être la clé de notre décollage économique, étant donné que nous disposons de plus de 6 millions d’hectares de terres fertiles.
En 2021, l’US Geological Survey a publié que la Guinée détenait la première réserve mondiale de bauxite, avec 24,9 % des réserves globales. Pourtant, l’abondance de ressources naturelles ne suffit pas à transformer notre pays en une économie stable avec une croissance inclusive.
La situation dans les régions minières telles que Boké, Lèro et Siguiri soulève des inquiétudes. Les conditions de vie des habitants y sont précaires, et le secteur minier semble profiter davantage à une élite qu’aux communautés locales. Le contrat du projet Simandou est un exemple frappant de cette situation.
Le code minier guinéen, bien que riche en théorie, est mal appliqué, ce qui en fait un instrument obsolète permettant aux responsables du secteur de s’enrichir illicitement sous les yeux d’une justice peu réactive.
À l’heure actuelle, la préfecture de Boké est menacée par une exploitation minière incontrôlée, sans respect des normes sanitaires ou environnementales. La santé des habitants est compromise, l’environnement est pollué, et la cohésion sociale est menacée par des conflits d’intérêts.
La localité de Bourré, dans la préfecture de Siguiri, est sur le point de disparaître si des mesures urgentes ne sont pas prises. Les terres cultivables sont détruites, l’élevage est menacé, le niveau de scolarisation des enfants diminue, et le taux de criminalité augmente.
Les emplois qualifiés sont rares, et la corruption endémique dans ce secteur continue de croître. Il est urgent de veiller à l’application effective des textes du code minier afin de garantir une gestion plus moderne, saine et favorable au bien-être des citoyens.
L’agriculture pourrait-elle être la meilleure alternative pour garantir un développement durable et inclusif ?
Avec notre terre fertile, une agriculture moderne et adaptée à notre situation géographique et climatique est essentielle pour une croissance économique stable et durable. Croire que la mine est la seule voie pour sortir la Guinée de la pauvreté est insuffisant. En revanche, croire que l’avenir de la Guinée réside dans le secteur agricole semble prometteur.
Dans les années 1960, la Société Agricole de Guinée (SOAGRI) avait pour objectif la production de 50 000 tonnes de riz et 300 000 tonnes de soja par an, atteignant l’autosuffisance alimentaire et la stabilité économique grâce à un investissement conséquent du président Ahmed Sékou Touré.
Aujourd’hui, avec les avancées technologiques et les nouvelles techniques agricoles, notre gouvernement pourrait combler le déficit alimentaire à travers un modèle agricole modernisé.
Si le gouvernement de la révolution avait réussi malgré des conditions difficiles, rien ne devrait empêcher les gouvernants actuels de faire mieux en adoptant des politiques pragmatiques et objectives. Nous devons dépasser le populisme pour poser des bases solides à travers des actions concrètes.
Bien que le Président de la transition ait considérablement augmenté le budget alloué au secteur agricole en 2023, quittant de 600 milliards pour 1 900 milliards de francs guinéens, la destination et l’impact de cette somme restent flous pour les agriculteurs et les consommateurs.
Pour finir, notre pays possède un potentiel immense dans le secteur agricole qui pourrait transformer le pays en un exemple de développement durable et inclusif.
Cependant, pour que cette transformation devienne réalité, il est impératif d’adopter des politiques agricoles modernes et d’assurer une gestion rigoureuse des ressources naturelles.
Une refonte efficace de notre approche, axée sur des résultats tangibles plutôt que sur des promesses, est essentielle pour garantir un avenir prospère pour tous les Guinéens.
Dr. Karamo Kaba
Écrivain Auteur Consultant
Spécialiste en Gestion des hôpitaux et services de santé.
Tatakaba66@gmail.com
