Pour être en conformité avec son statut de garant de l’ordre public, le parquet du TPI de Kissidougou met en branle sa mission préventive, pour éviter les conflits récurrents entre éleveurs et agriculteurs surtout en cette période très sensible de la campagne agricole. C’est dans cette optique, qu’il a organisé ce lundi 13 mai 2024 une rencontre d’échanges entre les acteurs évoluant dans ces deux secteurs complémentaires, mais souvent opposés.

La rencontre s’est tenue dans la salle des audiences du TPI de Kissidougou, avec la participation de la directrice préfectorale de l’agriculture et de l’élevage et le président de la chambre régionale d’agriculture. D’entrée de jeu, le parquet a pris le soin d’écouter avec attention les acteurs des deux secteurs présents dans la salle, offrant ainsi l’opportunité aux uns et aux autres d’exposer leurs propres problèmes.
Au cours de cette phase de la rencontre, les différents intervenants ont égrené un chapelet de difficultés qui assaillent leurs secteurs respectifs. Dans sa prise de parole, Pierre Kolié, le substitut du procureur a d’abord rappelé à tout le monde l’objectif recherché par le parquet dans cette démarche. Il est ensuite revenu longuement sur les dispositions légales qui réglementent ces deux secteurs.

‘’Retenez que le parquet, ce n’est pas seulement pour engager des poursuites, mais notre rôle, c’est aussi est de prévenir à travers la sensibilisation et la vulgarisation des textes de lois. En organisant cette rencontre, notre objectif, c’est de promouvoir une cohabitation pacifique entre éleveurs et agriculteurs à Kissidougou. Nous avons écouté tout le monde et nous n’allons pas dire c’est tel groupe qui a tort ou bien c’est tel autre qui a raison, mais nous rappelons à tout le monde que la loi sera toujours là pour vous départager. C’est pourquoi, j’invite chacun de vous à s’approprier le code de l’élevage qui protège les éleveurs, mais aussi les agriculteurs. En tout cas, la politique pénale de notre parquet, ‘c’est tolérance zéro’ et retenez que la corruption ne passera pas chez nous, ne tentez même pas. Maintenant, qu’on vous a suffisamment expliqué les textes de lois, alors, chacun doit connaître sa limite pour éviter les conflits’’, a-t-il insisté.
Poursuivant, le magistrat debout, a annoncé que le parquet compte organiser une tournée dans les communautés, pour une large sensibilisation. ‘’Vous savez que nous avons à faire à une population locale majoritairement analphabète ; donc, nous avons jugé nécessaire de prendre notre bâton de pèlerin, pour sillonner les différentes localités. Histoire de nous rapprocher davantage des populations pour éclairer leurs lanternes’’, a-t-il annoncé.

Visiblement satisfait de la rencontre, Souleymane Guèye, agriculteur et membre de la filière nationale de l’ananas de Guinée, soutient que la rencontre a été riche en enseignements. ‘’Je salue l’initiative du parquet de Kissidougou qui va dans le sens de la prévention des conflits. Avant cette rencontre, c’est vrai il y avait la tension entre les acteurs des deux secteurs d’activité. Grâce à cette rencontre, chacun est désormais averti. En tout cas, pour nous les agriculteurs, on nous a clairement expliqué les lois qui nous protègent, mais on nous a aussi averti qu’on ne doit pas se rendre justice.
Par exemple, nous avions évoqué le cas des zébus maliens, nous avons dit que nous sommes pour une intégration humaine, mais nous ne sommes pas pour l’intégration animale. Donc, je promets que nous sommes prêts à respecter les recommandations faites dans la salle. Si chacun respecte la loi, Kissidougou ne connaîtra pas des incidents majeurs entre éleveurs et agriculteurs’’, a-t-il estimé.
De son côté, Alhassane Bah, premier vice-président du bureau préfectoral des éleveurs de Kissidougou a fait savoir que les éleveurs et les agriculteurs sont obligés de vivre ensemble.

‘’Aujourd’hui, nous sommes plus que satisfaits de voir le parquet écouter tout le groupe, nous comprenons que désormais, nous avons un interlocuteur. Ce genre de rencontre est une première à Kissidougou. Je pense que les éleveurs et les agriculteurs, c’est comme le riz et la sauce ; donc, ils sont indissociables. En ce qui nous concerne, nous allons bientôt convoquer une grande assemblée des éleveurs, pour faire la restitution de tout ce qui a été recommandé ici. Je remercie le parquet pour les explications des textes de lois, vraiment nous avons beaucoup appris’’, a-t-il affirmé.
À rappeler que selon un arrangement trouvé au niveau local, la divagation des animaux est autorisée dans la période allant du 15 janvier au 15 mai, de chaque année.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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