Depuis quelques semaines, les rencontres se sont multipliées entre les autorités administratives et les femmes vendeuses qui occupent la place des martyrs de Kissidougou, comme marché depuis plus d’une décennie. Au cours de ces rencontres, l’annonce a été faite aux femmes de quitter les lieux au plus tard le 10 janvier 2024.
Dans la matinée de ce mercredi 03 janvier, le préfet, accompagné du maire de la commune urbaine, du procureur de la République près le tribunal de première instance de Kissidougou et l’ensemble des chefs de services de sécurité et de défense a effectué une descente sur le terrain. L’objectif, c’est pour non seulement délimiter le périmètre concerné par les travaux de construction de la nouvelle place publique, mais aussi et surtout, pour donner un dernier avertissement aux commerçants en majorité des femmes, de libérer la place. En outre, dans le même élan de matérialiser cette décision, l’on a assisté au dépôt des premiers agrégats pour le début très prochain des travaux.
Sur place, les femmes étalagistes visiblement déçues et impuissantes face à cette situation, n’ont pas manqué d’exprimer leurs désaccords, leurs craintes et leurs cris de cœurs face à cette décision impopulaire des autorités locales. C’est le cas de dame Bô Saran Camara, vendeuse des produits locaux dans ledit marché.

‘’Nous les femmes de Kissidougou, nous ne savons pas aujourd’hui à quelle fin se vouer. C’est ici on vient chercher le quotidien pour nourrir nos enfants. Moi personnellement, j’ai perdu mon mari et j’ai beaucoup d’enfants à ma charge. Je dois les nourrir et assurer leur scolarité. Si on nous déguerpis ici, où irons-nous? Comment allons-nous nourrir nos différentes familles ? Si les autorités étaient de bonne foi, on pouvait nous laisser ici, quand la fête arrive, nous libérons la place et après la fête, nous revenons. Ils nous ont dit de rejoindre les marchés de Limania et de Kankankoura. Non seulement là-bas c’est loin, mais aussi il n’y a aucune condition créée, pas de latrines, pas de magasins et pas de sécurité. Nous interpellons le Président Mamadi Doumbouya de voir notre situation à cause de sa mère’’, a-t-elle plaidé.

Même refrain chez Mamadi Kourouma, qui invite les autorités à penser au cas des femmes démunies qui gagnent leurs quotidiens à cet endroit. ‘’Actuellement, c’est le chômage qui frappe la jeunesse de Kissidougou. Donc, c’est ici on se débrouille avec le petit commerce, car on n’a pas de mine ni des entreprises chez nous ici. Mais ce qui est plus révoltant, c’est le cas de nos mamans qui se débrouillent ici comme étalagistes. Alors, les autorités doivent avoir de la pitié à l’égard des femmes qui soutiennent des familles dans cette période de conjoncture et de crises perpétuelles. Comme solution, moi je propose qu’on choisisse d’autres endroits au centre-ville, pour y construire la place publique, car c’est cynique de vouloir déplacer ces pauvres dames’’, a-t-il soutenu.
En tout cas, les cris de cœur des femmes ne semblent pas tomber dans de bonnes oreilles. Les autorités locales sont déterminées à relancer les travaux dès ce samedi 06 janvier. C’est dans ce contexte tendu que le Procureur de la République près le Tribunal de Première instance de Kissidougou, Aly Badra Komah a affirmé haut et fort que force doit rester à la loi.

‘’Si vous remarquez depuis le début de ce dossier, je n’ai rien dit, parce que c’est la décision du sommet qui consiste à récupérer et mettre en valeur les domaines de l’État. À ma grande surprise, les rumeurs ont circulé dans la ville comme pour dire que c’est moi qui dit aux femmes de ne pas quitter les lieux. C’est pourquoi, je profite de votre site pour demander à tous les commerçants de quitter tranquillement les lieux, d’ici le dimanche et que je n’hésiterai pas un instant à lancer des poursuites contre tous ceux qui vont tenter de troubler l’ordre public à travers ce dossier’’, a-t-il averti.
Toutefois, il reste à savoir si les autorités locales vont reculer face à la pression de l’opinion ou si les femmes commerçantes vont finalement lâcher du lest face à la force publique.
L’avenir nous édifiera !
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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