A la suite de la conversation tenue entre le grand imam de la ville de Kankan Elhadj Karamo Banglay Kaba et le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Alphonse Charles Wright sur le cas Nanfo Diaby qui prie en langue N’ko, l’imam a déclaré devant le Garde des Sceaux que le prédicateur est un profane en islam et par conséquent, il doit être “tué” tout simplement. Une déclaration qui a fait réagir le principal intéressé ce jeudi 02 février 2023 à son domicile situé au quartier Bordo dans la banlieue de Kankan dans une interview accordée à notre rédaction.
Nanfo Ismaël Diaby prend à témoin le ministre Charles Wright et l’opinion de toutes les menaces de l’imam de Kankan car estime-t-il, la religion qu’il pratique est bel et bien l’islam sauf qu’il a décidé de la faire dans sa propre langue.
“Nous avons tous vu que notre ministre de la justice est à Kankan et il est parti saluer le grand imam. Là-bas, il lui a été rapporté que leurs (sages) préoccupations c’est bien nous, qui faisons la prière dans nos langues mais aussi l’arrivée de Tiken Jah Fakoly qui a dit qu’il viendra prier avec nous ici. En plus, de cela, on lui (ministre) a dit que nous avions été à Norassoba et que nous avions semé de la pagaille là-bas. Ils (sages) lui ont dit d’interdire notre prière, mais le ministre de la justice leur a montré ce que c’est que la loi dans ce sens. Comme chacun est libre dans l’exercice de sa foi religieuse en Guinée, le ministre leur a fait savoir que si nous prions dans nos langues que cela n’engage que nous. Que cela reste entre Dieu et nous. Mais que cette foi religieuse que nous avons ne soit pas source de violences et de conflits entre la communauté. Le ministre a aussi indiqué que cette loi ne se limite pas seulement à nous qui prions dans notre langue, mais qu’elle est aussi valable pour toute autre personne » a déclaré à l’entame de son intervention Nanfo Diaby avant de s’appesantir sur la menace dont il fait objet et qu’il qualifie de “sérieuse”.
Bien que ces déclarations ont été tenues par Elhadj Karamo Bangaly Kaba, le prédicateur appelle ses adeptes au calme.
« On a vu que le grand imam a affirmé que si nous étions à la Mecque, que notre acte, nous qui prions dans nos langues allaient être exécutés. On a vu que le ministre leur a montré la loi dans ce sens aussi en expliquant que nous n’étions pas à la Mecque mais en Guinée. Que si on tue quelqu’un pour sa confession religieuse, on finira sa vie en prison. Nous, nous invitons la population au calme et au pardon à cause de Dieu parce que le but de notre prière en langue n’est pas fait pour frustrer quelqu’un ou pour changer la loi de l’islam. Nous avons tous un seul Coran et le même prophète.
Le prophète nous nous appellons « Mamady » appeler le Coran « Dossari » et appeler l’islam » Djerèkolobaya » parce-que c’est ce qui est littéralement traduit en islam « Soumission ». C’est cette religion appelée islam que nous faisons dans notre langue. Nous sommes tous sur le même chemin et avions tous les mêmes pensées. Nous devons nous unir main dans la main pour faire rayonner notre prière. Mais si les disciples d’une même religion se font la guerre, comment est-ce-que nous allons combattre ceux-là qui ne prient pas ? Alors, c’est pour dire que ceux-là qui prient en arabe et nous qui le faisons en langue faisons tous le même travail et nous sommes un. On a tous la même direction qui est la Kââba et nous ne lisons pas autre livre sacré si ce n’est que le Coran dans notre langue », précise –t-il et d’ajouter:
« Le grand imam de Kankan a déclaré quelque chose qui nous inquiète beaucoup, lorsqu’il dit que nous (ceux qui prient en langue N’ko ndlr) devrions être tués, on ne sait pas d’où se trouve cette loi dans le Coran. Que si une personne qui prie dans sa langue doit être tuée, on n’a vu cela écrit nulle part dans le Coran. Même au temps du prophète on n’a pas vu cela. Et si le grand imam de Kankan déclare ça, il nous surprend désagréablement. Parce-que si c’était nous, nous n’allons jamais lui avancer ces genres de propos. Ces paroles nous ont véritablement surpris. Ce qui est sûr, nous, nous croyons en Dieu et nous, nous conformons aux textes de lois de la République. Maintenant, la loi a su ceux qui nous poursuivent pour ne rien et le faire sans aucune raison. La loi a déjà identifié ceux-là qui souhaiteraient notre mort. A cela nous nous confions à Dieu et aux lois du pays afin qu’ils veillent sur ces personnes qui nous en veulent à mort. Parce que nous ne savons pas pourquoi ils veulent notre mort ? On prie chez nous et on n’a obligé personne à faire les prières avec nous » a fait savoir le prédicateur N’ko.
A noter que dans la matinée de ce jeudi, la ligue islamique communale de Kankan désapprouve la position exprimée par Charles Alphonse Wright au sujet du prédicateur en Nko, Nanfo Ismaël Diaby, qui prie en Maninka.
Moussa Rama, depuis Kankan, pour Lerevelateur224.com
