Aliou Bah, président du Mouvement démocratique Libéral (MoDeL), Me Halimatou Camara et Amadou Oury Bah, premier ministre du gouvernement de la transition, représenté par son conseiller Saïkou Oumar Baldé, ont participé à l’enregistrement de l’émission Débat sur RFI à Conakry, ce lundi 18 novembre au centre culturel Franco-guinéen. Plusieurs questions liées à la conduite de la transition et le retour à l’ordre constitutionnel étaient au centre du débat.
L’évaluation, la dissolution et la mise en observation de certains politiques étaient des questions évoquées au cours de ce débat. Face au représentant du premier ministre, Aliou Bah a soulevé les anomalies qui ont caractérisé le processus selon ses analyses.
‘’Deux anomalies majeures : La première, il n’appartient pas à une autorité d’évaluer les partis politiques, ce sont les électeurs qui évaluent un parti politique. Un parti politique est destiné à aller aux élections. A ce niveau, on doit se poser la question de savoir, qui vous évalue pour savoir si vous êtes en règle ? En réponse, on aurait pu dire au CNRD de nous montrer son agrément’’, assure-t-il.
Ensuite, Aliou Bah reproche au ministère de l’administration du territoire, d’avoir des démarches politiques que techniques après avoir signalé que ‘’c’est prétentieux de la part du CNRD de procéder à de tel processus, étant lui-même illégitime et que la junte militaire a un agenda caché’’.
‘’Le ministère tient plus un discours politique que technique. Il y a en réalité une sorte de menace sur les partis politiques. On sait que sur la base des engagements pris, la transition finit le 31 décembre 2024. Le chef de la junte, le général Mamadi Doumbouya avait dit clairement qu’il ne passerait pas un jour de plus à la tête de la Guinée, après le 31 décembre. Jusqu’à preuve du contraire, nous nous en tenons à cela’’, a-t-il laissé entendre, avant de mettre en garde la junte.
‘’Trouver de quoi occuper les partis politiques pour leur dire : attention, si vous vous bougez, on va vous éliminer. On va leur rétorquer clairement que la transition n’est pas légale, le CNRD n’a pas d’agrément, vous n’avez pas la prétention de nous imposer une quelconque pénalité, parce que les organisations politiques sont plus vielles que la junte militaire et elles sont plus légitimes’’, a-t-il déclaré d’un ton ferme.
De son côté, Me. Halimatou Camara, avocate et militante des droits humains, sur la même question, d’ailleurs connue pour son franc-parler, n’a pas mâché ses mots.
‘’C’est bien bon de faire le toilettage des partis politiques, mais aujourd’hui, on est quand-même dans un contexte où il ne faut pas se tromper. Ce contexte est que le général Mamadi Doumbouya qui est au pouvoir, va certainement se présenter aux futures élections. Aujourd’hui, on est face à un ministère de l’administration du territoire qui est juge et partie à la fois et c’est extrêmement compliqué. On a beau vouloir dire aujourd’hui que les partis politiques ne respectent pas les règles, qu’ils ne sont pas dans les normes, mais, il faut quand-même dire que ceux qui sont sensés établir certaines légitimités dans notre communauté, eux-mêmes, ne respectent pas leurs paroles’’, a-t-elle brocardé.
Il était donc question pour celui qui a porté la voix du premier ministre Amadou Oury Bah, de se défendre et d’apporter des réponses à des nombreuses questions que les politiques guinéens se posent dans ce processus. Saïkou Oumar Baldé s’est défendu en ces termes : ‘’Jusqu’en octobre 2009, il y avait 184 partis politiques, aujourd’hui, plus et sur l’ensemble de ces partis, il n’y a pas 5 qui sont capables de tenir les assemblées générales hebdomadaires pendant une année. Alors qu’un parti politique au minimum, ce sont ces militants, c’est l’implantation, l’éducation politique des militants, aussi et surtout, la participation aux élections. Malheureusement, le désordre y est tel qu’il est devenu très compliqué de saisir le système des partis en Guinée, tant sur sa nature, sa composition et son orientation’’, a-t-il argué, avant d’affirmer son désaccord avec ceux qui soutiennent que cette évaluation n’est que manœuvre pour écarter les partis politiques afin de permettre au CNRD de se frayer du chemin.
Sauf que, cet argument semble léger aux yeux du leader du MoDeL. ‘’La procédure elle-même, souffre de plusieurs insuffisances. D’abord, lorsqu’on rapproche à un parti politique de n’avoir pas tenu son congrès. Il n’appartient pas au ministère de déterminer quand est-ce qu’un parti doit organiser son congrès. L’organisation du congrès d’un parti politique relève des statuts du parti. Un parti peut décider de ne pas tenir un congrès, donc les arguments qui ont été utilisés sont légers’’, a soutenu Aliou Bah.
Il faut signaler, que sur les nombreuses questions évoquées au cours de ce débat, la disparition forcée des leaders du FNDC, la vulgarisation de l’avant-projet de la nouvelle constitution, le respect du chronogramme de la transition, Saïkou Oumar Baldé, conseiller du premier ministre a eu du mal à trouver les mots justes pour convaincre ses adversaires. Est-ce parce qu’il ne maîtrise pas lui-même la conduite de la transition ? Ou, ce sont tout simplement des sujets indéfendables ?
Mohamed FOFANA, pour Lerevelateur224.com.
