Le conflit entre éleveurs et agriculteurs qui a tant perduré en région forestière, dans les préfectures de Lola et Beyla notammment, fait souvent des pertes en vies humaines et des dégâts materiels importants. Ce, malgré l’existence du code pastoral et de l’agriculture qui est foulé au sol par des individus, à cause de leurs interêts personnels.
Selon les acteurs de la société civile de N’Zérékoré, la recrudescence de ce conflit est liée à “l’impunité” et “la complicité des autorités” sensées assurées la protection des citoyens et leurs biens.
C’est ce qui ressort de l’entretien qu’a accordé Emmanuel Fassou Sagno, acteur de la société civile. A l’entame, il a notifié les dépositions du code pastoral.
‘’Du côté des éleveurs, nous avons le code pastoral qui dit comment on doit élever les animaux. Les éleveurs doivent savoir comment entretenir leurs animaux. Il y a le principe de clôture et d’encadrement des animaux pour éviter la divagation. Donc, tous les animaux doivent être dans un enclos et que ces animaux ne peuvent sortir de l’enclos qu’à une période bien définie dans le code pastoral, pour permettre à ces animaux de chercher d’autres pâturages ailleurs. Mais, le code pastoral précise à cet effet, que cette période-là, est souvent à la fin des récoltes. C’est-à-dire, au moment où les agriculteurs ont déjà fini de récolter’’, a détaillé le président du collectif des ONG de défense des droits humains de N’Zérékoré.
Les responsabilités, d’après son constat, se situent à plusieurs niveau. ‘’Mais quelle est la réalité particulièrement dans la région de la Guinée forestière ? la réalité est que les animaux ne sont pas dans l’enclos. Ils divaguent. Et les autorités en charge de protection des citoyens et de leurs biens, ne jouent pas leur rôle efficacement pour permettre le respect des dispositions de la loi qui sont contenues non seulement dans le code de l’agriculture, mais aussi dans le code pastoral. Les autorités qui doivent veiller à cela, dans la plupart des cas, sont même complices des éleveurs. Donc, ça, ça crée des difficultés de cohabitation. Parce que les agriculteurs peinent aujourd’hui à faire de bonne récolte, vu un peu les conditions climatiques que nous vivons. Donc, si un agriculteur met en place tous les moyens qu’il dispose pour faire son champ de riz et qu’un matin, il voit que cela a été ravagé par les animaux abandonnés, il perd toute la récolte d’une année. Et souvent, dans la plupart des cas, justice n’est pas rendue. L’agriculteur est abandonné à lui-même et les éleveurs qui ont une assise sur le plan financier et un soutien du côté des autorités administratives, n’arrivent pas suffisamment à dédommager les pertes ou les dégâts causés au sein des agriculteurs. Donc, ça crée de la frustration.
Mais de l’autre côté aussi, il faut reconnaitre que, certains agriculteurs avides d’argents et inconscients, sont à la base aussi de cette situation. Parce que ce sont eux-mêmes qui acceptent de donner de leur lopin de terre à ces éleveurs pour s’installer auprès d’autres agriculteurs qui ont fait des champs. Généralement, les animaux ne restent pas dans ce périmètre. Ils sortent pour aller brouter ailleurs. Et l’agriculteur qui est proche du monsieur qui a donné de son lopin de terre aux éleveurs, a de la peine de faire son champ en paix. Quand un agriculteur constate que sa culture est complètement dévastée par des vaches venues du Mali, du Burkina Faso et autre, va donc aussi à tue-tête, tuer certains animaux des éleveurs. C’est là que les confrontations vont commencer. C’est regrettable’’, a déploré Emmanuel Fassou Sagno.
Pour remédier à ce fléau qui fait souvent des morts d’hommes dans cette partie du pays, M. Sagno fait des propositions. ‘’La recrudescence du conflit entre agriculteurs et éleveurs doit être traitée à trois niveaux : premièrement, les autorités doivent prendre leurs dispositions pour le respect du code pastoral et du code de l’agriculteur ; deuxièmement, les éleveurs à leur tour, doivent faire beaucoup d’efforts pour respecter ce code, éviter que les agriculteurs soient dans une situation où leurs récoltes soient détruites. Cela crée ce qu’on appelle une crise alimentaire. Et enfin, les agriculteurs à leur niveau, doivent s’organiser et être davantage plus responsables à ne permettant pas l’installation des éleveurs sans l’avis des autorités, sans les dispositions idoines permettant de protéger leurs champs et leurs espaces’’, a proposé cet acteur de la société civile de N’Zérékoré.
Récemment, le conflit entre éleveurs et agriculteurs, avait repris dans la sous-préfecture de Lainé, préfecture de Lola, faisant des blessés graves et des dégâts materiels importants.
Depuis N’Zérékoré, JOB BEAVOGUI, pour Lerevelateur224.com.
