Seize (16) mois après son arrivée à la tête de la fédération guinéenne de football, l’équipe du CONOR a été autorisée à poursuivre son aventure à la tête de l’instance. Dans un courrier transmis à la Feguifoot le 29 avril dernier, la FIFA a annoncé la prorogation du mandat du Comité de normalisation jusqu’au plus tard le 30 novembre prochain. Un mandat de sept (07) mois, qui expirait pourtant le 30 avril. C’est la deuxième fois que l’instance dirigeante du football mondial renouvelle sa confiance à l’équipe de Mariama Satina Diallo Sy, mise en place en novembre 2021, à la suite d’une crise qui secouait le football guinéen. Une crise qui n’est jusque-là pas résolue, puisque les nouveaux statuts proposés par le CONOR ont été rejetés par la majorité des membres statutaires.
Dans un entretien qu’il a accordé à un journaliste du site Lerevelateur224.com, le Président du Comité de gestion de la Ligue Guinéenne de Football Professionnelle (LGFP) parle sans détour des conséquences de cette décision de la FIFA, interpelle les membres statutaires de la Feguifoot sur les risques qui guettent le football guinéen. Lucien Guilao, puisqu’il s’agit de lui, a aussi évoqué ses attentes vis-à-vis de la mission de la FIFA/CAF attendue à Conakry en début de mois de mai 2023, le niveau d’avancement du championnat national (Ligue 1), et par ricochet, l’utilité de la Coupe de la Ligue LONAGUI, lancée le 16 février dernier. Exclusif !
LEREVELATEUR224.COM : Bonsoir M. le président. Sans surprise, la FIFA a prolongé le mandat du CONOR. Comment vous avez appris cette décision ?
LUCIEN GUILAO : Bonsoir. La décision du prolongement du mandat ne nous remplis pas de joie, parce que ça voudrais dire, que les acteurs du Football guinéen ne se sont pas entendus sur ce qui leur a été proposé. Ce n’est une bonne chose pour notre football. Je pense que le CONOR et la Ligue bien-entendu, ont travaillé jusqu’ici dans le sens de mettre les choses en place et de normaliser, afin que la Guinée se dote d’une fédération élue. Ça n’a pas été le cas, parce que les positions n’ont pas pu être rapprochées. Nous, au niveau de la Ligue, nous aimerions beaucoup comprendre, pourquoi aujourd’hui surtout sur les statuts par exemple, on n’arrive pas à s’entendre ? Ce qu’il faut aussi savoir, c’est qu’aujourd’hui les compétitions se font en Guinée par la grâce du Sponsor et par la grâce de la FIFA. Ce que nous craignons avec ce deuxième prolongement, c’est qu’à l’issue de ce mandat, si nous ne nous entendons pas, que la FIFA nous abandonne à notre propre sort.
Aux yeux de certains acteurs, les risques sont énormes avec cette deuxième prorogation du mandat du CONOR. Qu’en dites-vous ?
Les conséquences sont simples hein. Si vous vous souvenez, la FIFA est venue ici à plusieurs reprises pour nous appuyer. Les statuts qui constituent l’élément principal, n’ont pas été validés par tous les membres statutaires. Alors que ces statuts ont été élaborés avec la FIFA, la CAF, la Fédération Guinéenne de Football (CONOR), et les membres statutaires ont été consultés. Ces statuts pour nous, -qui aujourd’hui constituentle point clé-, ne devaient pas être bloquants à mon avis. Ce qui peut se passer comme conséquence, c’est que nous serons délaissés par la FIFA. On peut être exclut des compétitions, on peut être exclut de la CAN, ça va dépendre hein. Et ça, ce n’est pas le souhait d’un acteur comme moi, qui aime son Football. Donc, c’est un gros risque. Un gros risque. Moi je crains cette visite de la FIFA, parce qu’il y a un paragraphe dans le courrier, quand elle dit, qu’elle souhaiterait rencontrer le ministre de la Jeunesse et des Sports, parce qu’elle aurait appris que le ministre a essayé de faire un rapprochement entre les parties. Ça, ça m’inquiète un peu, parce qu’en général, quand la FIFA vient ici, ce n’est pas par courtoisie, et en général elle ne va pas voir le ministre de la Jeunesse et des Sports. Je ne sais pas ce qui va se passer lors de cette rencontre.
Justement, ça a été un point qui a marqué les uns et les autres. Dans son courrier, la FIFA valide implicitement l’immixtion du ministre de la Jeunesse et des Sports dans la crise entre les acteurs du Football guinéen, afin de trouver un dénouement. Deuxième fait, c’est quand elle rejette toute la responsabilité aux acteurs du Football guinéen. Ça vous inspire quoi ?
C’est très grave. Vous savez, ça embête un peu la FIFA, parce que à mon avis, ces statuts sont assez modernes. Il peut y avoir des problèmes sur deux ou trois articles. Mais ça ne devrait pas être bloquants jusqu’à ce niveau. Je vais prendre un exemple simple : Le Football féminin, avec les nouveaux statuts, a plus de pouvoir que dans les anciens statuts. Et aujourd’hui, les responsables du Football féminin ont voté contre les statuts là. Donc ça, c’est difficile à comprendre. Il faut beaucoup dialoguer, pour savoir exactement où se situe le problème.
Une mission de la FIFA doit effectuer un déplacement sur Conakry dans les jours à venir. Comment voyez-vous la démarche. Et par ricochet, qu’attendez-vous ?
La démarche est normale hein. La FIFA fait son travail. Elle va revenir voir exactement ce qu’il en est. Aujourd’hui, le monde est petit, elle est au courant de tout ce qui se passe en Guinée. Mais nous, ce que nous voulons mettre en exergue, ce sont les résultats obtenus malgré tout. Le CONOR a fait du travail, du travail qui est appréciable. Aujourd’hui, qu’est-ce qui se passe ? Il a obtenu le financement du championnat, les subventions sont payées à temps. Et ce que les clubs ont reçu cette année, est supérieur à ce qu’ils ont reçu l’année dernière. La LIGUE 2 fonctionne, il n’y a pas de sponsors pour la LIGUE 2, mais elle fonctionne et le championnat est beaucoup plus compétitif. Nous avons obtenu le financement et l’organisation d’une nouvelle compétition, la Coupe de la Ligue LONAGUI. On ne peut pas dire que le Ballon ne roule pas. L’intérêt pour la FIFA, c’est que c’est qu’Il faudrait que le Ballon roule. Donc aujourd’hui, ce qui peut nous sauver, c’est que la FIFA se rende compte que malgré tous les problèmes, le Ballon roule, les compétitions se passent correctement. Et la seule chose qui peut nous sauver, quand je dis sauver, c’est entre guillemets, c’est de faire en sorte que la FIFA nous regarde d’un meilleur œil.
Et qu’attendez-vous de la FIFA ?
Qu’est-ce qu’on peut attendre d’une organisation qui vous a apporté tout l’appui nécessaire ? La FIFA a joué son rôle, elle l’a bien joué. Elle nous a apporté l’appui nécessaire. En retour, je pense que le CONOR et la Ligue le lui ont bien rendu. Ce qu’il faut faire, c’est essayer encore une fois de rapprocher, de ramener les acteurs du Football à de meilleurs sentiments.
En tant que président du Comité de gestion de la Ligue Guinéenne de Football Professionnelle (LGFP), qu’est-ce que vous comptez faire, pour amener toutes les parties dans la crise du football guinéen à se comprendre.
Oui, on va écouter pour comprendre. C’est ce que je disais. Il faut qu’on comprenne, pourquoi certains articles ont été réfutés alors que les articles apportaient un peu de nouveauté, de modernité, et du progrès. Il faudrait qu’on discute avec certains acteurs pour un peu comprendre pourquoi est-ce qu’ils adoptent cette position. Qu’est-ce que vous voulez qu’on dise ? On va dire à ces acteurs ce que nous souhaitons. Ce que nous souhaitons, c’est discuter avec eux, pour essayer de comprendre et d’apporter quelque chose de positif à cette situation, afin que nous puissions enfin valider ces statuts et aller à des élections.
Quel message lancez-vous à l’endroit de tous les acteurs du Football guinéen, notamment aux membres statutaires, qui sont à couteaux tirés avec le CONOR ?
Beaucoup de compréhensions. Si nous souhaitons un bel avenir à notre football, essayons de nous entendre sur l’essentiel. Il y a des articles des nouveaux statuts, qu’on peut bien revoir, il y a d’autres qu’on ne peut pas toucher. Mais il n’y a rien de bloquant, dans un dialogue on finit toujours par s’entendre. Il ne faut pas qu’ils soient bloqués, ce que je souhaite ce qu’ils fassent évoluer leurs réflexions, afin que nous validons ces statuts.
Comment se portent le Championnat guinéen ?
Il se porte bien. Aujourd’hui on entame la dernière ligne droite du championnat. On est à sept (7) journées de la fin du championnat, le suspense est encore présent, les équipes sont encore plus motivées. Parce que celles qui jouent le titre n’ont plus intérêt à perdre un match, celles qui jouent la descente aussi pareilles. Le championnat s’est bien passé, il se porte bien à mon avis. Les terrains se remplissent à craquer à l’intérieur du pays, tous les matches se jouent avec un public époustouflant. A l’exception de Conakry, c’est ce qui nous embête un peu, les stades ont du mal à se remplir à Conakry. Mais, nous sommes satisfaits de ce qui se passe, les clubs aussi sont satisfaits. Il y a même beaucoup plus d’argent que la saison passée. Les subventions ont été payées à temps, c’est quelque chose d’intéressant pour les clubs, parce qu’aujourd’hui, comme vous le savez, ont un problème financier. En résumé, le championnat guinéen se porte assez bien. Nous sommes à la 19ème journée pour la majeure partie des clubs et 20ème journée pour deux (02) clubs.
Et qu’en est-il de la Coupe nationale ?
La coupe nationale, normalement elle devait se faire. Mais avec toutes ces situations, je pense qu’elle n’aura lieu que l’année prochaine. Mais en lieu et place, on a joué une coupe de la Ligue assez inédite, puisque c’est la première fois qu’elle se joue en Guinée, alors que certains pays sont à la 14ème édition. Cette coupe de la Ligue a aussi eu son effet, en ce sens que, sur le plan technique, elle a permis aux différents staffs techniques des clubs de donner du temps de jeu à leurs joueurs, ce qui est important, puisque comme vous le savez, nous sommes dans un championnat, où il n’y a que 26 journées. Et un joueur de football de niveau international pour être compétitif, doit jouer un peu plus de 26 matches par saison. Donc, sur le plan technique, il y a eu un avantage, sur le plan financier aussi, il y a eu un avantage, parce que les clubs reçoivent des subventions qui sont progressives, par exemple ceux qui sont arrivés jusqu’en ¼ de finale, ont eu 15 millions, plus de 10 millions, 25 millions. Ceux qui seront jusqu’en finale auront une centaine de millions, parce que le vainqueur a 100 millions et le finaliste a 75 millions de francs guinéens de primes. Ce qui est une première. Ça, c’est à mettre à l’actif du CONOR et de la Ligue, et en plus de cela, ça met un peu d’animation dans tout cet écosystème.
Interview réalisée par Madiou BAH
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