Lors de la présentation du portefeuille de programmes et de projets de réforme du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, ce mardi, le Premier ministre Bah Oury a tenu un discours empreint de gravité en appelant les Guinéens à la résilience et au sacrifice pour les trois années à venir.
Reçu sur le plateau de l’émission Guinéetoday chez nos confrères de Télé24, l’économiste Mohamed Camara est revenu sur cette sortie gouvernementale. Tout en soulignant la légitimité des efforts requis, l’analyste appelle à une harmonisation du discours public, alors que le gouvernement vante en parallèle les retombées du gigantesque programme Simandou 2040.
Un discours de vérité qui suscite des inquiétudes
Face aux cadres de son gouvernement, le Premier ministre s’est voulu direct. « Nous avons un tournant très important. Si je dis que ces trois années à venir seront faciles, je vous aurais menti. Il faudra beaucoup d’efforts. Il faudra de la résilience. Il faudra un sentiment de sacrifice pour que nous sortions de ce qui nous plombe. »
Une déclaration forte qui, selon Mohamed Camara, tombe dans un contexte particulier où le programme Simandou 2040 est présenté comme le catalyseur du développement national. Pour l’économiste, l’annonce de temps difficiles par le chef du gouvernement peut semer le doute au sein de la population.
‘’Une telle communication semblait révéler des inquiétudes au sein de la population’’, a analysé Mohamed Camara sur le plateau de Télé24. ‘’Pour Simandou 2040, qui s’agit de l’agenda de la transformation, le gouvernement doit avoir une communication cohérente. On a une vision, on veut aller tous ensemble. Cela demande des efforts de part et d’autre’’, a-t-il suggéré.
Les exigences du développement : impôts et priorités stratégiques
Abordant la question des sacrifices demandés aux citoyens, Mohamed Camara a rappelé les mécanismes fondamentaux du financement des politiques publiques. Pour lui, l’effort national passe avant tout par le civisme fiscal et une gestion méthodique des investissements.
‘’Il faut un effort pour un contribuable à payer régulièrement ses impôts, parce que c’est à partir des impôts et taxes mobilisés qu’on va financer le programme. Effort sur soi parce que, en fait, dans le financement, tout le monde a besoin d’infrastructures, mais il faut prioriser. On commence par quelque part et pour finir d’autre part. Donc ceux qui seront privés au début là de ces investissements-là doivent savoir que, en fait, on commence chez quelqu’un, après on finit chez d’autres’’, a-t-il indiqué.
Interpellé sur le fait que les cinq piliers du programme Simandou 2040 doivent être déployés simultanément, l’économiste a reconnu la simultanéité des chantiers tout en insistant sur la nécessité d’une pédagogie transparente.
‘’Évidemment, ils seront mis ensemble au même moment. Mais je veux dire par là qu’après l’élaboration du programme, on a suggéré que le gouvernement ait une communication cohérente de l’ensemble de la mise en œuvre du programme. Comme ça, on peut, là, solliciter l’adhésion de la population à la mise en œuvre du programme’’, a-t-il souligné.
Conjoncture internationale et services de base
Analysant les facteurs de vulnérabilité de l’économie guinéenne, Mohamed Camara refuse de parler d’un avenir sombre inévitable, mais pointe du doigt les chocs extérieurs et les attentes locales non satisfaites.
‘’Moi, je n’irai pas dire jusqu’à ce qu’on aura des moments difficiles, non ! Le contexte mondial est déjà très difficile (…) Nous ne sommes pas producteurs de pétrole. Quand il y a la hausse du prix du pétrole, ça peut se ressentir, et le pétrole c’est un élément de la composition des prix chez nous. Quand il augmente, les prix peuvent augmenter. Ça, c’est le contexte mondial qui le commande’’, a-t-il analysé.
Sur le plan interne, il souligne l’urgence de garantir l’accès aux services sociaux fondamentaux.
‘’Ici, chez nous, on a besoin de la stabilité de l’électricité, de la stabilité politique, de la fourniture d’eau. Bon, si on dit que ces services sociaux de base peuvent être impactés dans la mise en œuvre, là, dans un début, cela peut s’expliquer par les choix que l’on opère maintenant’’, a laissé entendre l’économiste.
Inculquer un sentiment de destin commun
En conclusion de son intervention, l’économiste a réitéré son plaidoyer pour une parole publique fédératrice, capable d’associer l’ensemble des acteurs de la société au projet de transformation nationale.
‘’Dans l’ensemble, le gouvernement doit avoir une communication globale sur le programme (…). Il est appelé à faire comprendre aux uns et aux autres qu’on est dans le même bateau, on va dans la même direction, dans le même sens, que chacun s’y mette’’, a-t-il interpellé.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
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