Chez nous comme ailleurs, s’adresser aux dignitaires exige un respect absolu. Aujourd’hui, la demande de rapatriement du chef couronné de l’Almamy Bocar Biro Barry et des siens appelle la justesse des mots, car honorer cette démarche d’État demande l’usage de notre registre le plus noble. Elle nous commande d’oublier le mot « crâne » et de privilégier des formules dignes comme la noble relique de l’imamat ou le chef enturbanné.
C’est par devoir que l’historien et ancien diplomate Pr Bonata Dieng nous rappelle cette règle essentielle du poular classique. Tout comme la tradition de l’Égypte antique, la coutume de l’Éthiopie impériale ou le protocole de la Couronne britannique, le langage noble proscrit les termes profanes pour désigner la tête du souverain.
Pour honorer le monarque le plus élevé de notre édifice social, l’expression consacrée élève le terme majestueux Sala ou Sahala. La couronne coiffe le sommet et le chevet soutient le repos. Le Sala personnifie la sacralité du pouvoir et la transcendance du rang.
Toujours selon le Pr Bonata Dieng, l’historiographie et l’ethnologie s’approprient cette nuance mémorielle d’exception. Pour qualifier la dépouille du dernier Almamy du Fouta-Djalon avec la dignité requise, la formule séculière s’énonce ainsi : « Les restes d’exception du Sala couronné du dernier Almamy du Fouta-Djallon ».
Cette formulation scelle le respect du rang, honore la mémoire du martyr et insuffle à la démarche de restitution toute sa solennité. Merci, professeur !
À tout seigneur, tout honneur. La sagesse de nos anciens nous enseigne que la terre ne refuse jamais de recueillir ce qui lui a appartenu, tout comme le ruisseau finit toujours par retourner au fleuve.
Parmi les figures illustres qui ont versé leur sang pour nos États et royaumes précoloniaux, la stature de l’Almamy Bocar Biro se distingue avec noblesse.
Certes, l’Histoire retient de lui l’image d’un héros complexe, premier souverain à briser le dogme de l’alternance au Fouta-Djalon et à tomber dans le piège des rivalités de factions et des complots de palais. Mais Bocar Biro reste l’unique figure parmi nos grands résistants à subir le supplice affreux de la décapitation sous la fureur des troupes coloniales à Porédaka.
Aujourd’hui, le retour de cette relique sacrée depuis le Musée de l’Homme à Paris transcende la diplomatie et devient un rendez-vous avec notre Histoire.
Apprêtons-nous donc à vivre un rituel inédit et disposons nos esprits à accueillir, accompagner et inhumer le Sala de l’Almamy à l’endroit même où la terre a recueilli le corps du souverain il y a plus d’un siècle. Et sous la conduite du président Mamadi Doumbouya et l’initiative du ministre Moussa Moïse Sylla, faisons en sorte que ces obsèques réunissent la relique à sa terre et scellent pour l’avenir l’immortalité du patriotisme.
D’ici là et pour de bon, retenons l’enseignement du Pr Bonata Dieng et ne disons plus « crâne », mais « Sala » !

Par Alpha Abdoulaye Dialloin Le Populaire du 10 août 2026

