À l’approche des scrutins législatifs et communaux prévus pour le 4 mai prochain, le débat sur le profil des futurs représentants de la nation s’intensifie. Invité sur le plateau de la RTG ce mardi 10 mars 2026, l’universitaire Alhassane Mankanéra Kaké a plaidé pour un durcissement des critères d’éligibilité, fustigeant une application « aveugle » du suffrage universel.
Alors que la Guinée s’apprête à renouveler son Assemblée nationale et ses conseils communaux, une question centrale agite la classe politique et la société civile : suffit-il d’être citoyen pour être un bon législateur ? Pour Alhassane Mankanéra Kaké, la réponse est un « non » catégorique. Dans un franc-parler qui lui est propre, l’invité de la RTG a invité les acteurs du processus électoral à une réflexion profonde sur la qualité de l’offre politique.
Le « complexe » du suffrage universel
Pour Makanéra Kaké, le modèle démocratique actuel, hérité de l’Occident, montre ses limites dans le contexte guinéen.
‘’Le suffrage universel, les Blancs nous ont imposé ça’’, a-t-il lancé, tout en rappelant que même dans certaines démocraties dites avancées, comme aux États-Unis, des restrictions liées à la maîtrise de la Constitution ont existé ou existent.
L’analyste estime que les critères « universels » actuels ne suffisent plus. Il plaide pour l’instauration de critères accessoires rigoureux, notamment la capacité de lire, d’écrire, mais surtout d’interpréter les textes fondamentaux.
Un député doit être plus qu’un « leveur de main.
Le constat dressé sur le fonctionnement actuel de l’hémicycle est sans concession. Mankanéra Kaké déplore la présence d’élus qui ignorent tout de leur mission régalienne.
‘’Si quelqu’un ne connaît pas la fonction de député, qu’est-ce qu’il va faire ? Il ira pour dormir, boire du café noir et lever la main mécaniquement, parce que son voisin l’a fait’’, se moque-t-il.
Selon lui, l’époque où l’on ne demandait aux élus que d’être de « bonnes personnes honnêtes » est révolue. Face aux enjeux de géostratégie, de sécurité internationale et de repositionnement économique, la Guinée a besoin d’élus « avertis ».
La vision au cœur du mandat local et national
Le raisonnement de Kaké repose sur un changement de paradigme : la démocratie doit s’adapter au développement, et non l’inverse.
Pour les communes, à ses yeux, un candidat doit être capable de définir une vision claire pour sa localité et comprendre les prérogatives d’un maire. Alors que pour l’Assemblée nationale, assure-t-il, le candidat doit, au strict minimum, être capable de commenter la Constitution. « C’est une question de survie pour l’État », prévient-il.
Bien qu’il reconnaisse qu’il soit peut-être « trop tard » pour modifier les règles du scrutin de mai prochain, son plaidoyer sonne comme un avertissement pour les partis politiques : investir des candidats compétents pour éviter que l’Assemblée nationale ne devienne un simple salon de thé aux frais du contribuable.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
