Depuis plusieurs semaines, l’accès au cash est devenu un véritable parcours du combattant pour les citoyens guinéens. Entre files d’attente interminables et plafonds de retrait drastiques, le manque de billets de banque asphyxie le petit commerce et érode la confiance envers le système financier.
Chaque matin, devant les établissements bancaires, le décor est le même : des files d’usagers impatients qui attendent l’ouverture des guichets dans l’espoir, souvent déçu, de récupérer leur propre argent. À l’intérieur, la réalité est brutale. Les montants disponibles sont limités, obligeant les banques à rationner les retraits.
Pour le citoyen lambda, cette situation tourne au cauchemar logistique. Comment payer le loyer ou les frais de scolarité quand le guichetier refuse de verser la somme demandée ?

‘’La crise là, c’est énorme, vraiment, parce que même à la fin de ce mois là, moi, j’étais à la banque et j’ai vu des gens qui font des retraits sous leur compte à 800-800. Il n’y a pas d’argent dans les banques, les gens souffrent énormément, tellement, tellement, je jure. Il n’y a pas d’argent, il n’y a pas de liquidités, c’est rare maintenant. Même les gens qui sont abonnés, qui sont dans les orange money, il n’y a pas d’argent’’, témoigne Sékou Ahmed Conté, conducteur de moto-taxi.
Si les causes exactes de cette pénurie font l’objet de débats, une certitude demeure : le lien de confiance entre les banques et leurs clients est rompu. La peur de ne plus pouvoir disposer de ses fonds pousse de nombreux épargnants à thésauriser. En gardant leurs économies « sous le matelas », ils aggravent mécaniquement l’assèchement du circuit formel. Ibrahima Sory Camara, un citoyen interrogé sur place, résume le sentiment général.

‘’Aujourd’hui, les détenteurs d’argent n’ont pas confiance aux gardiens d’argent. Ce sont des investisseurs, ils mettent l’argent pour les investissements. Mais si vous mettez l’argent en banque et qu’au besoin, vous n’êtes pas en mesure d’avoir encore les mêmes choses, c’est ce qui va arriver’’, analyse notre interlocuteur.
Dans les marchés, le constat est alarmant. L’économie guinéenne, qui repose massivement sur les transactions en espèces, tourne au ralenti. Les petits commerçants, incapables de rendre la monnaie ou de s’approvisionner auprès des grossistes, voient leur chiffre d’affaires s’effondrer.
Même les gérants de kiosques de monnaie électronique, habituellement recours ultime, sont à sec. L’un d’eux témoigne de cette paralysie.

‘’Vraiment, le problème de l’argent en Guinée, c’est très compliqué à gagner de l’argent. Même le retrait, c’est compliqué. Les dépôts, ça aussi c’est compliqué. On ne gagne même pas, on gagne rien. Ça fait plus de trois mois, on ne gagne même pas 10 millions ou bien 5 millions par semaine. Sinon, nos fournisseurs, ils ont de l’argent à la banque centrale, mais ils ne gagnent même pas de l’argent’’, assure-t-il.
Entre colère sourde et paralysie commerciale, la pression monte. Les regards se tournent désormais vers la Banque Centrale et les autorités monétaires. Sans une intervention rapide pour injecter des liquidités et restaurer la crédibilité des institutions financières, c’est toute la stabilité sociale du pays qui pourrait être mise à l’épreuve.
Mohamed FOFANA, pour Lerevelateur224.com.
