Je n’avais pas l’intention de commenter ce sujet, préférant consacrer toute mon énergie à la préparation de la dédicace de mon ouvrage. Mais dans ce pays, il n’y a plus de hamac ni de cocotier, impossible de se reposer et de se plaindre d’être dérangé.
J’ai entendu parler d’avis de recrutement de préfets et de gouverneurs de région. Soit. Mais, il faut rappeler que ces postes sont éminemment politiques, et que les personnes qui doivent les occuper le sont également. En politique, les nominations reposent d’abord et avant tout sur un critère fondamental : la loyauté envers celui qui nomme. Ce n’est qu’après cela que viennent les autres critères.
Je comprends l’intention derrière cette annonce de recrutement de préfets et de gouverneurs de région. Sur le papier, l’idée de sélectionner ces cadres par un concours plutôt que par simple désignation a quelque chose de séduisant, elle donne l’apparence d’un mérite objectivable, d’une administration territoriale professionnalisée, débarrassée de l’arbitraire.
Mais soyons lucides sur la nature de ces fonctions. Un préfet ou un gouverneur de région n’est pas un cadre technique comme un autre. C’est un relais politique de l’exécutif dans les territoires, chargé de faire remonter des rapports, d’assurer l’ordre public, de veiller à ce que les orientations du pouvoir central soient suivies sur le terrain.
Dans notre pays comme dans beaucoup d’autres, ces postes sont par nature des postes de confiance politique. Et en politique, la loyauté envers celui qui nomme reste, qu’on le formule ou non, le premier critère. La compétence vient après, quand elle vient.
C’est là que le bât blesse. Organiser un concours pour ces fonctions, c’est habiller d’objectivité technique une logique qui restera, dans les faits, une logique de confiance politique.
Soit le concours est sincère, et alors on prend le risque de placer à des postes sensibles des personnes dont la loyauté politique n’est pas garantie, ce qui est rarement toléré dans la pratique. Soit le concours est un habillage, et alors on a simplement ajouté une étape cosmétique à un processus qui reste, au fond, discrétionnaire.
Je ne suis pas contre le principe du recrutement par concours, bien au contraire. Mais s’il doit s’appliquer quelque part par souci de cohérence et d’équité, pourquoi s’arrêter aux préfectures et aux gouvernorats ? Un ministre exerce une responsabilité au moins aussi politique, sinon plus, qu’un préfet.
Si la logique est de sélectionner les gestionnaires de l’État sur la base de critères objectifs de compétence, alors cette exigence devrait s’appliquer avec la même rigueur aux nominations ministérielles.
Sinon, on donne l’impression de vouloir professionnaliser le bas de la pyramide administrative tout en laissant le sommet entièrement soumis à la logique des allégeances.
Une réforme de la gouvernance territoriale qui n’interroge pas aussi la manière dont se forment les gouvernements risque de rester un exercice de communication plus qu’une véritable transformation de l’État.
Cellou Kansala DIALLO,
Citoyen non recrutable au concours de recrutement des Préfets et Gouverneurs.

