Dans une réflexion poignante, le juriste Sayon Mara met le doigt sur un mal profond qui gangrène la culture politique et administrative en Guinée : la récupération ethnique et communautaire des nominations étatiques. L’ancien Conseiller national au CNT lance un appel à la prise de conscience collective pour privilégier la méritocratie et l’intérêt supérieur de la Nation face aux replis identitaires.
Le syndrome de l’appropriation communautaire
En Guinée, chaque décret présidentiel ou arrêté ministériel déclenche souvent les mêmes scènes de liesse populaire dans certaines localités. Une attitude que dénonce fermement Sayon Mara, pointant du doigt une lecture erronée de l’action publique.
« Chaque fois qu’un cadre est nommé à une haute fonction de l’État, sa communauté se mobilise tout de suite pour aller le saluer. Certains n’hésitent même pas à poster sur leurs pages Facebook […] pour dire qu’il est le fils de telle ou telle préfecture, de telle région, de telle communauté », a-t-il analysé.
Toutefois, le juriste rappelle une évidence républicaine souvent occultée par la passion : un cadre est choisi par les décideurs sur la base de son Curriculum Vitae (CV) et de son intégrité morale, dans le but d’apporter sa pierre à la construction de la Guinée, et non pour représenter les intérêts de son village.
Une pression sociale, terreau de la corruption
Cette « communautarisation » des nominations n’est pas sans danger. En s’appropriant la réussite d’un des leurs, les communautés placent souvent ces hauts commis de l’État dans des postures délicates. Le devoir de redevabilité glisse alors de la République vers le village.
Pour l’auteur, cette mentalité de « partage du gâteau » est directement liée aux dérives de la gouvernance.
« Plutôt que de danser, les populations doivent mesurer les responsabilités confiées à leurs fils ; elles doivent davantage se préoccuper du succès ou de la réussite de ces derniers […] que de ce qu’elles gagneront, au risque d’encourager la corruption, la dilapidation des ressources publiques », a-t-il avancé.
Le plaidoyer pour la méritocratie républicaine
En conclusion de sa réflexion, Sayon Mara invite les Guinéens à un changement de paradigme radical. Il exhorte ses concitoyens à juger les cadres non pas à l’aune de leur patronyme ou de leur région d’origine, mais sur leur capacité à servir l’intérêt général.
« Ce n’est pas une ethnie ou une communauté qui est nommée à un poste, mais un cadre sur la base de son CV, de ses compétences », martèle-t-il, rappelant que la compétence n’a ni ethnie, ni région.
Ci-dessous, ladite tribune.
Chaque fois qu’un cadre est nommé à une haute fonction de l’État, sa communauté se mobilise tout de suite pour aller le saluer. Certains n’hésitent même pas à poster sur leurs pages Facebook et autres, pour dire qu’il est le fils de telle ou telle préfecture, de telle ou telle région, de telle ou telle communauté. On oublie souvent qu’il n’est pas nommé parce qu’il vient de telle ou telle préfecture, mais parce que celui qui le nomme estime, en se fondant sur son CV et son intégrité morale, qu’il peut apporter quelque chose à la construction de notre édifice commun : la GUINÉE.
Cette attitude de communautarisation des nominations par les populations met souvent les dirigeants dans une posture difficile concernant les choix à faire. Plutôt que de danser, les populations doivent mesurer les responsabilités confiées à leurs fils ; elles doivent davantage se préoccuper du succès ou de la réussite de ces derniers dans leurs missions que de ce qu’elles gagneront, au risque d’encourager la corruption, la dilapidation des ressources publiques.
Chaque fois qu’un cadre est nommé, ne considérons pas son ethnie, mais ce qu’il peut apporter à notre patrimoine commun. Ne le célébrons pas parce qu’il est de notre village, de notre préfecture ou de notre communauté, mais pour sa contribution. Ce n’est pas une ethnie ou une communauté qui est nommée à un poste, mais un cadre sur la base de son CV, de ses compétences.
Sayon MARA, Juriste.

