Perdre la vue condamne-t-il inéluctablement à la mendicité ? Dans la commune urbaine de N’Zérékoré, un groupe de personnes malvoyantes a décidé de tordre le cou à ce préjugé. Réunis au sein de l’Association guinéenne pour l’autonomisation des aveugles, ils refusent de tendre la main dans la rue et misent sur l’apprentissage de métiers pour subvenir à leurs besoins. Rencontre avec Amedé Pierre Kolomou, président de cette structure qui allie résilience et espoir.
L’autonomisation par le travail et la solidarité

Au lieu d’errer dans les rues de la capitale forestière, ces malvoyants ont fait le choix de l’action. Leur association s’investit dans de multiples domaines : l’artisanat, l’agriculture (maraîchage et aviculture), la musique (traditionnelle et moderne) ainsi que l’apprentissage du braille.

Dispersés dans différents quartiers de la ville, les membres se retrouvent à des jours fixes au siège de l’association pour travailler en synergie.
« Nous faisons tout ensemble. […] Comme aujourd’hui, nous sommes en train de préparer les matières premières pour le tamis ; un outil qui facilite les travaux pour ceux qui font l’extraction de l’huile rouge. On a jugé nécessaire de ne pas nous mettre dans les rues pour quémander. Ce sont les fruits de ces activités qui nous aident à trouver au moins de quoi manger, car nous avons des enfants qui vont à l’école », a déclaré Amedé Pierre Kolomou.

Des obstacles matériels et financiers majeurs
Si la volonté est inébranlable, les moyens, eux, font cruellement défaut. L’association peine à répondre à la forte demande locale, notamment pour la fabrication des tamis à huile rouge, faute de capacités de production suffisantes.
Amedé Pierre Kolomou liste les urgences auxquelles son équipe est confrontée :
- Le manque d’instruments pour leur orchestre de musique moderne;
- L’absence de moyens de déplacement pour transporter leurs équipements lors d’événements;
- L’insuffisance criante de subventions pour financer leurs projets de développement.
Face au nombre important de malvoyants dans la région forestière, le président nourrit également un rêve plus grand : la construction d’un centre de formation professionnelle. Cette infrastructure permettrait d’héberger et de former les personnes non-voyantes issues des zones rurales environnantes, souvent livrées à elles-mêmes.
Un appel à l’État et un message de courage
Refusant la fatalité, Amedé Pierre Kolomou lance un appel lucide aux autorités gouvernementales, basé sur le célèbre adage prônant l’autonomie plutôt que l’assistance.
« Nous ne voulons pas être les perpétuels assistés. Si quelqu’un te donne à manger, il te nourrit une seule fois, mais si on t’apprend à trouver toi-même à manger, tu te nourris pour toujours », a-t-il insisté.
Enfin, il s’adresse à ses pairs en situation de handicap, fustigeant la paresse et brandissant l’exemple inspirant de Michel Lama, un membre de l’association qui, par pur courage et auto-apprentissage, a maîtrisé l’artisanat (fabrication de vans, nids de poules) avant de l’enseigner aux autres.
Pour conclure sur une note d’espoir, le message du président est clair : « Perdre la vue, ce n’est pas perdre la vie. […] Nos portes sont ouvertes pour le monde. »
Depuis N’Zérékoré, JOB BEAVOGUI, pour Lerevelateur224.com.
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