Derrière le bilan sécuritaire qui ne déplore fort heureusement aucune perte en vies humaines, les visages des commerçants du grand marché de N’Zérékoré affichent une détresse absolue ce vendredi 19 juin 2026. Alors que les décombres fument encore, les premières estimations font état de pertes matérielles et financières colossales.
Pour les grossistes et les nombreuses femmes qui faisaient vivre l’économie locale, le choc est total.
L’épicentre du commerce forestier réduit en cendres
L’incendie s’est déclaré aux premières lueurs de l’aube, aux alentours de 5 heures du matin, dans une zone névralgique du marché. D’après Alpha Oumar Baldé, secrétaire général de l’université de N’Zérékoré et l’un des premiers leaders locaux à avoir sonné l’alarme auprès des autorités civiles et militaires, le secteur touché abritait le cœur névralgique des stocks de la région.

« C’est une partie où il y avait l’essentiel des stocks de mèches et d’huile de N’Zérékoré. Pour le moment, il est difficile de dire exactement l’origine du feu. C’est la deuxième fois que cet endroit brûle après un premier sinistre survenu en 2022 », a-t-il déclaré.
Si l’origine du brasier demeure inconnue, l’impact économique, lui, est vertigineux. M. Baldé évoque un préjudice se chiffrant à plusieurs centaines de milliards de francs guinéens. Au-delà des stocks de marchandises carbonisés, de nombreux opérateurs stockaient d’importantes liquidités sur place.
« Dans la foulée, il y a une dame d’ailleurs qui dit avoir laissé 400 millions d’espèces dans sa boutique », témoigne-t-il pour illustrer l’ampleur du drame.
« C’est toute la Guinée qui a perdu »
Pour Alhassane Diallo, commerçant et victime du sinistre, l’onde de choc de cette tragédie dépasse largement les frontières de la Guinée Forestière. N’Zérékoré faisant office de plaque tournante commerciale aux frontières du Liberia, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone, les ramifications financières touchent tout le pays.

« On a perdu beaucoup de choses qu’on ne peut pas vous dire… Ce n’est pas moi qui ai perdu à N’Zérékoré. C’est toute la Guinée qui a perdu. Tous les commerçants guinéens ont perdu, parce que tous les commerçants de la Guinée ont leurs marchandises ici », a-t-il déploré.
Sous le coup de l’émotion, le commerçant insiste sur la situation particulièrement critique des femmes, actrices majeures du secteur informel.
« On demande au gouvernement, au président, Son Excellence Monsieur Mamadi Doumbouya, de tout faire pour aider, surtout nos mamans qui ont tout perdu. Aujourd’hui, ce sont les femmes qui exercent massivement ce travail », a-t-il lancé.
Un appel à l’aide nationale partagé par un autre sinistré, Apache Fofana, qui s’en remet à la solidarité de l’État.

« Ce qu’on a perdu est beaucoup, beaucoup. On ne peut pas vous le dire. C’est Dieu seul qui connaît… Il faut que le président Mamadi Doumbouya nous vienne en aide », a-t-il interpellé à son tour.
Un paradoxe logistique : Des pompiers mieux équipés mais privés d’eau
Les victimes ont unanimement tenu à saluer le courage et la proactivité des unités de la protection civile, de la police, de la gendarmerie et de l’armée, mobilisées dès l’aube. Les commerçants notent une nette amélioration logistique par rapport aux drames des années précédentes.
En 2022, la ville ne disposait d’aucune citerne fonctionnelle. Aujourd’hui, l’intervention a pu s’appuyer sur deux nouvelles citernes de 15 000 litres récemment fournies par le gouvernement de transition. Toutefois, un obstacle majeur a considérablement ralenti l’extinction définitive des flammes : l’absence de bouches d’incendie et de points d’eau au centre-ville. Les sapeurs-pompiers ont été contraints d’effectuer de longues rotations en dehors des limites de la commune urbaine pour recharger leurs cuves, laissant le temps aux flammes de consumer les derniers hangars.
La zone reste entièrement quadrillée par les forces de défense et de sécurité. Les regards sont désormais tournés vers Conakry, où le Premier ministre Amadou Oury Bah et le Chef de l’État sont attendus sur d’éventuelles mesures de soutien d’urgence et un plan de reconstruction pour les sinistrés de la lointaine région forestière.
Depuis N’Zérékoré, JOB BEAVOGUI, pour Lerevelateur224.com.
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