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Il n’existe pas de « moindre traite » des êtres humains (Par Sayon Mara)

22 mai 2026
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Toute traite, quelle qu’en soit la forme, procède d’un même mécanisme fondamental : la réduction de l’homme à l’état de chose, sa négation en tant que sujet, sa dépossession de dignité. Il s’agit toujours, en dernière analyse, d’une entreprise de déshumanisation.

Cependant, si l’on choisit de porter un regard particulier sur la traite dite arabe, ce n’est pas pour établir une hiérarchie simpliste des souffrances, mais pour interroger ses spécificités. Celles-ci semblent, dans bien des cas, avoir flirté avec une entreprise plus insidieuse encore : l’effacement progressif de l’être africain, ou à tout le moins sa relégation au rang d’humanité seconde.

Certaines personnes avancent que, dans le contexte arabe, l’Africain aurait conservé sa langue. Mais cette affirmation mérite d’être nuancée. Prenons l’exemple des langues que nous parlons : le soussou, le maninka et le pular. Aujourd’hui, ces langues intègrent un lexique considérable d’origine arabe, estimé à plusieurs millier de mots. Chez les peuls notamment, au-delà du vocabulaire, ce sont les intonations, les références culturelles et les structures symboliques qui portent l’empreinte d’une influence profonde. Les prénoms eux-mêmes, pour une large part, sont arabes ou arabisés ; quant aux autres, ils ont parfois été altérés au point que leur essence africaine devient difficilement perceptible.

Dans de nombreuses sociétés africaines islamisées, une question se pose avec acuité : que recherchent certains pratiquants, sinon une forme d’identification à un modèle culturel exogène, parfois au détriment de l’héritage ancestral ? Il ne s’agit pas ici de contester la foi, mais d’interroger les dynamiques culturelles qui l’accompagnent, surtout lorsqu’elles tendent à disqualifier les traditions locales.

Qu’on ne s’y trompe pas : il n’est nullement question de minimiser l’horreur de la traite occidentale, dont la violence et l’ampleur demeurent incontestables. Mais il faut également avoir le courage de regarder en face certaines réalités de la traite arabe : la castration érigée en pratique systématique, l’élimination des enfants issus de violences sexuelles, l’asservissement durable de populations entières sur la base de leur origine. Ces faits, documentés, interrogent profondément la nature de ce système.

D’autres évoquent la présence actuelle de populations d’origine africaine dans certains pays arabes comme preuve d’une intégration ancienne. Mais il convient aussi d’examiner leur condition réelle, leur statut social et les représentations dont elles font encore l’objet.

Par ailleurs, cette traite arabo-musulmane ne relevait pas toujours d’un commerce structuré tel que l’ont pratiqué les puissances occidentales. Elle prenait souvent la forme de razzias : des villages attaqués, parfois en l’absence des hommes, des populations vulnérables capturées, entravées, déplacées de force. À cela s’ajoutaient les enlèvements isolés, instaurant un climat permanent d’insécurité.

D’aucuns aussi soutiennent que l’influence arabe n’a concerné qu’une partie limitée du continent africain. Mais la question n’est pas tant celle de l’étendue géographique que celle de la nature des relations établies. Une civilisation véritablement humaniste ne « conquiert » pas : elle rencontre, elle échange, elle reconnaît l’autre dans sa pleine dignité. Or, force est de constater que ces interactions furent souvent asymétriques, marquées par des rapports de domination plutôt que par un dialogue équitable.

Dans tous les cas, mes propos concernant l’attitude des arabes vis-à-vis de l’homme noir ne visent nullement à susciter une quelconque animosité envers les peuples arabes. Il s’inscrit dans une démarche de lucidité : rappeler, comprendre, et prévenir. Car les représentations héritées du passé ne disparaissent pas toujours ; elles peuvent se prolonger, parfois de manière diffuse, dans les réalités contemporaines. Les crises au Soudan, certaines tensions au Sahel, la situation en Mauritanie ou encore les violences observées dans certaines régions d’Afrique en portent, à des degrés divers, des traces qu’il serait imprudent d’ignorer.

Enfin, je tiens à préciser que mes réflexions ne relèvent pas d’une posture identitaire ou raciale. Ce n’est pas l’Africain qui s’exprime ici, mais l’intellectuel soucieux de vérité historique et de responsabilité collective. L’objectif est d’inviter à une prise de conscience : comprendre notre passé pour mieux orienter nos rapports avec les autres mondes, dans la dignité et la vigilance.

Réveille-toi, Afrique!

 

Sayon MARA, Juriste

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