Le processus de réforme électorale au Sénégal vient de heurter un obstacle inattendu. Ce vendredi 8 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a renvoyé la loi modifiant les articles L29 et L30 du Code électoral devant l’Assemblée nationale. En cause : un imbroglio juridique inédit impliquant l’existence de deux versions différentes d’un même texte.
Une « double version » qui sème le trouble
Adoptée en urgence le 28 avril dernier par une écrasante majorité (128 voix contre 11), cette loi portée par le groupe parlementaire Pastef devait initialement clarifier les conditions d’éligibilité. Cependant, au moment de la promulgation, le Chef de l’État a fait un constat stupéfiant : les services de la présidence ont reçu deux versions distinctes du texte censé être unique.
« Deux versions différentes du texte de loi adopté par l’Assemblée nationale m’ont été transmises », a écrit le Président dans une lettre adressée au perchoir, ajoutant vouloir « lever toute équivoque » sur la volonté réelle des législateurs.
L’activation de l’article 73 de la Constitution
Face à ce que certains observateurs qualifient déjà de « bug législatif », le Président Faye a activé l’article 73 de la Loi fondamentale sénégalaise. Cette disposition permet au Chef de l’État de demander une nouvelle délibération que l’Assemblée nationale « ne peut refuser ».
Le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, a réuni le Bureau ce vendredi matin pour acter ce retour à l’envoyeur. Les députés devront désormais confronter les deux documents joints au dossier présidentiel pour rétablir une version unique et incontestable.
Un enjeu de crédibilité démocratique
L’enjeu de cette réforme, pilotée par le député Mohamed Ayib Daffé, est crucial pour l’équilibre politique du pays. Les articles L29 et L30 traitent des incapacités électorales, un sujet ultra-sensible au Sénégal. En refusant de promulguer un texte ambigu, Bassirou Diomaye Faye joue la carte de la rigueur institutionnelle, évitant ainsi de futurs recours devant le Conseil constitutionnel.
Ce contretemps intervient alors que la Guinée voisine observe de près les transitions démocratiques dans la zone, tout en gérant ses propres échéances électorales prévues pour le 31 mai.
Alpha.
