La question du droit à la réparation des victimes de violations graves des droits de l’homme revient au centre du débat public en Guinée. À l’occasion d’une conférence de presse animée ce vendredi 17 avril 2026, à la maison commune des journalistes, plusieurs organisations de défense des droits humains et associations de victimes, ont interpellé les autorités sur l’urgence d’agir.
À l’initiative de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH), du Fonds mondial des survivants et de la plateforme de coordination et de plaidoyer pour la réparation, cette rencontre a permis de rappeler l’ampleur des préjudices subis par des milliers de Guinéens depuis l’indépendance du pays en 1958.
Selon les organisateurs, l’histoire sociopolitique de la Guinée a été marquée par des violations répétées des droits humains, laissant derrière elle une « dette morale et sociale » envers les victimes.
Les intervenants ont insisté sur le fait que le droit à la réparation est un principe fondamental consacré par plusieurs instruments juridiques internationaux et régionaux ratifiés par la Guinée, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ou encore le Statut de Rome.
Cependant, malgré ce cadre juridique, la majorité des victimes n’a toujours pas bénéficié de réparation.

‘’Le nombre élevé de dossiers dépasse les capacités de traitement de l’appareil judiciaire’’, ont souligné les organisateurs.
Des avancées jugées insuffisantes
Les participants ont reconnu certaines avancées, notamment la tenue du procès des événements du 28 septembre 2009, l’indemnisation de certaines victimes ou encore des initiatives de relogement pour des populations affectées par des opérations de déguerpissement ou des projets d’infrastructures. Mais ces mesures restent, selon eux, fragmentaires et insuffisantes au regard de l’ampleur des violations.
Les organisations présentes ont tenu à rappeler que la réparation ne se limite pas à une indemnisation financière. Elle inclut également :
-la reconnaissance officielle des faits ;
des excuses publiques ;
-la prise en charge médicale et psychologique ;
-la restitution des droits ;
et des garanties de non-répétition.
Dans cette optique, un avant-projet de loi et de décret sur les réparations administratives est en cours d’élaboration. Ce texte prévoit une approche globale intégrant l’ensemble de ces dimensions.
La plateforme de coordination, qui regroupe depuis septembre 2025, plusieurs associations de victimes, s’est dite disposée à accompagner les autorités dans l’adoption et la mise en œuvre rapide de ces textes.
Dans une adresse directe au président de la République, les intervenants ont exprimé leur espoir de voir aboutir ce processus.
« Nous sommes une famille. Aidez-nous afin que la réparation aboutisse », ont-ils plaidé.
Pour ces acteurs de la société civile, la mise en œuvre effective du droit à réparation constitue non seulement une exigence de justice, mais aussi un levier essentiel pour la réconciliation nationale et la consolidation de l’État de droit en Guinée.
Mohamed FOFANA, pour Lerevelateur224.com.
