Le Premier ministre Amadou Oury Bah a officiellement lancé ce mardi 14 avril 2026, les travaux de révision du Code des Investissements. Dans un discours empreint de franchise, le chef du gouvernement a tracé la feuille de route d’une Guinée en pleine mutation, tout en adressant une mise en garde sévère aux opérateurs économiques tentés par la « petite maline » fiscale et administrative.
L’ambiance était solennelle dans le réceptif hôtelier de la place où se sont réunis membres du gouvernement, partenaires internationaux et figures de proue du patronat guinéen. L’enjeu est de taille : adapter la législation économique au programme « Simandou 2040 », la vision stratégique du président Mamadi Doumbouya, pour transformer les opportunités minières en un moteur industriel durable.
« L’État ne peut plus tout faire »
D’entrée de jeu, Bah Oury a opéré un rappel historique nécessaire, marquant la rupture avec l’époque de l’État-providence omniprésent.
‘’La Guinée a connu cette expérience et on connaît les conséquences’’, a-t-il rappelé, soulignant que la refondation actuelle vise à faire de l’État un facilitateur plutôt qu’un gestionnaire unique.
Pour le Premier ministre, la révision de ce Code n’est pas qu’une simple formalité juridique ; c’est un outil de séduction et de sécurisation pour le secteur privé, national comme international. Avec le projet gigantesque de Simandou (20 milliards de dollars d’investissement), la Guinée dispose de son « OCP » (en référence au géant marocain des phosphates), capable de catalyser l’ensemble de l’économie nationale.
L’impératif de la transformation : En finir avec la rente
Le message a été cristallin : l’heure de l’exportation brute est révolue. ‘’Nous refusons désormais cette culture de rente (…) Nous voulons transformer tous nos produits miniers’’, a martelé le locataire du palais de la Colombe. Cette industrialisation forcée nécessite un secteur privé robuste, loin des schémas de dépendance administrative.
Un recadrage ferme : « Ne jouez pas contre l’État »
C’est sur le terrain du civisme économique que le Premier ministre s’est montré le plus incisif. S’adressant directement aux hommes d’affaires présents, il les a invités à sortir d’une logique de profit à court terme qui fragiliserait la puissance publique.
‘’Messieurs du secteur privé, si l’État ne fonctionne pas bien, ce sont vos affaires qui seront ruinées. Jouer contre l’État ne nous fera pas gagner, ça nous fera tous perdre’’, a asséné Amadou Oury Bah.
Bah Oury a particulièrement ciblé les exonérations fiscales éternelles, qualifiant d’aberrant le fait que certaines entreprises bénéficient encore de cadeaux fiscaux octroyés il y a quarante ans. Le nouveau Code des investissements devrait donc introduire une limitation stricte des exonérations dans le temps, tout en favorisant des mesures incitatives liées au contenu local et à l’implantation des entreprises à l’intérieur du pays.
Un appel à la co-responsabilité
En conclusion, le Premier ministre a renvoyé la balle dans le camp des investisseurs. Si l’État s’engage à améliorer les infrastructures, l’énergie et la connectivité, le secteur privé doit, en retour, faire preuve d’une « responsabilité rigoureuse ».
Le cap est fixé : la prospérité de l’intérêt privé ne pourra se faire au détriment de l’intérêt collectif. Pour que Simandou 2040 ne reste pas un mirage, le secteur privé guinéen est désormais sommé de sortir de sa léthargie et de jouer le jeu de la transparence.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
