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Guinée – les multiples facettes d’une nation en transition : l’ajustement tarifaire sur divers produits à la croisée d’un contexte de blocus et d’inflation difficile à gérer (Par Mohamed Lamine Camara Molac)

25 février 2026
Guinée – les multiples facettes d’une nation en transition : l’ajustement tarifaire sur divers produits à la croisée d’un contexte de blocus et d’inflation difficile à gérer (Par Mohamed Lamine Camara Molac)

Le gouvernement guinéen a décidé de réduire les prix à la consommation pour le bénéfice de la population, à l’approche du carême et du ramadan. Pendant ce temps, divers facteurs incontrôlés de l’économie et des mesures gouvernementales se combinent pour aggraver la situation.

L’inflation incontrôlée, le manque de liquidité sont désormais bien connus de tous, et les initiatives du gouvernement censées résoudre les problèmes des Guinéens semblent dérisoires, car la situation est devenue extrêmement difficile que même les familles les plus riches, sont amenées à adopter un comportement d’arbitrage.

Aujourd’hui, chaque famille guinéenne se questionne sur ses choix alimentaires quotidiens, qu’il s’agisse de poisson, de viande ou de poulet. Il s’agit d’un affrontement ardu à gérer entre les revenus disponibles des ménages et leurs besoins en consommation.

Historiquement, les mesures visant à réduire les prix à la consommation génèrent souvent, à court terme, des surplus économiques et sociaux pour les bénéficiaires directs de ces politiques, dans les pays où elles sont fréquemment mises en œuvre. Mais très bizarrement, le cas guinéen se montre comme une exception à la logique qui mérite alors une explication des causes, afin d’aider les décideurs à couper la racine du mal.

Selon moi, plusieurs éléments expliquent cette hausse persistante et généralisée des prix. Il ne s’agit pas seulement de lacunes dans la politique monétaire nationale, qui cherche pourtant des solutions adéquates, mais aussi principalement, des conséquences négatives d’une panne économique en Guinée. À mon avis, cette panne découle des choix du gouvernement et des inflations mécaniques, entraînant une détérioration de la confiance des investisseurs. De plus, la faible production nationale favorise des importations massives, ce qui entraîne une inflation importée, sans oublier les effets durables d’un manque de liquidité qui envoie de mauvais signaux économiques, comme le recours à des devises étrangères et le manque de confiance entre les banques et les épargnants. En d’autres termes, la Guinée souffre d’une faible production et d’une économie peu diversifiée.

Les importations ont systématiquement prévalu sur les exportations qui restent mal encadrées. Cela signifie que le pays importe une grande part de sa consommation essentielle (dont le riz, l’huile, l’oignon, le poulet, etc.), ce qui entraîne également une inflation étrangère importée dans le pays. Ce type d’inflation est difficile à contrôler uniquement par une baise des prix. D’ailleurs, les mesures prises se montrent inefficaces et impactent négativement les taxes sur les importations, diminuant ainsi les recettes douanières et fiscales de l’État.

En ce qui concerne certains choix stratégiques du gouvernement, je me réfère à la période choisie pour nettoyer les emprises des routes, auparavant occupées par des petits commerçants détaillants et des femmes vendant des produits agricoles et aloétiques tels que le gombo, les poissons konkôye, l’aubergine et le manioc, etc. En fixant alors des prix pour les produits importés, même suite à des accords avec des opérateurs économiques influents, et en procédant à la libération des emprises des routes aussi brusquement, ces actions gouvernementales ont suscité l’inquiétude et provoqué le sentiment des investisseurs, qui est pourtant déterminant pour la maîtrise de l’inflation. C’est pourquoi aujourd’hui en Guinée, plus précisément à Conakry, deux (2) petits gombo se vendent à GNF 5000 même si ces produits sont cultivés sur place. À ces réalités, il faut noter aussi l’état des routes entre les points de production et les points d’acheminement, favorisant ainsi, la dégradation de ces produits. Cette dégradation est répercutée sur le consommateur lambda par le commerçant, pourtant, il n’est pour rien dans ce cycle des produits. Il y a même les coûts de certains facteurs de production que sont par exemple : les engrais, les salaires de la main d’œuvre, etc.

Finalement, de la politique monétaire, je parle d’inflation mécanique. L’état a récemment imprimé et injecté dans l’économie, plusieurs coupures de gros billets de GNF. La surabondance de ces gros billets par rapport aux petites coupures risque de provoquer une inflation mécanique que la politique monétaire ne pourra pas maîtriser facilement. Par exemple : un tronçon dont le coût est de GNF 3000, à l’absence des petites coupures, ce tronçon se retrouve finalement à 5000 même si le prix de l’essence à la pompe ne favorise pas cette flambée. Pourtant, le prix des biens auprès des détaillants tient compte de ces petits détails que supporte seul le consommateur final.

Finalement, du manque de confiance entre banques primaires et épargnants et du recours à la devise étrangère parlons-en. D’abord, le gouvernement a récemment annoncé à travers la banque centrale, la possibilité d’émettre de gros coupures de billets de GNF 50 et 100 milles. Cette annonce a créé tant peu soit-il auprès des citoyens avertis (économistes et économes), des sentiments de peur (inflation future) et de doute (confiance) quant à la valeur future du GNF. Ces sentiments créent le plus souvent aussi, des comportements d’anticipation pour amener ces citoyens à recourir beaucoup plus à la devise étrangère, afin de prévenir les dégâts de l’inflation future estimée.

De la méfiance entre les banques primaires et les épargnants ont peut dire qu’elle conduit à une baisse de l’épargne au niveau national (moins de bancarisation). Les indicateurs qui mettent en garde les citoyens incluent notamment : la faible circulation, la suspension de plusieurs projets de construction, qu’ils soient publics ou privés, ainsi que la pénurie de GNF dans la circulation ainsi que dans les banques primaires. Il est important de se souvenir que l’argent est ce qui nourrit l’économie.

Pour terminer, je sais que les lecteurs détestent souvent trois choses que sont : l’ennui, l’égarement et la fatigue. Afin de prendre ces aspects en compte, j’ai choisi de différer la tribune spéciale sur les solutions radicales pour une prochaine édition. Pour moi, accompagner aussi nos dirigeants dans leur compréhension des ressentis des citoyens, demande nécessairement de leur soumettre dès maintenant des solutions à certains problèmes complexes.

Très cordialement.

 

Mohamed Lamine Camara Molac

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