L’image est insoutenable. Elle circule sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre, provoquant une vague d’indignation sans précédent. La dépouille du Dr Amadou Oury Barry (AOB), enseignant-chercheur en sociologie à l’Université Julius Nyerere de Kankan, a quitté la ville pour son dernier voyage vers Dalaba, non pas dans un corbillard, mais ligotée sur le porte-bagages d’un taxi de brousse.
Le choc d’une image, le deuil d’une dignité
Sur la photo qui scandalise la toile, on aperçoit un véhicule de transport interurbain, le toit chargé de bagages recouverts d’un filet vert. Sous ces cordes, une caisse de bois rudimentaire contient les restes de celui qui, des décennies durant, a façonné l’élite intellectuelle du pays.
Pour de nombreux internautes, cette scène est le symbole d’une « Guinée indigne » de ses serviteurs.
‘’On l’a attaché comme un vulgaire sac de manioc’’, s’insurge un citoyen sur les réseaux sociaux. ‘’Pas d’ambulance, pas de corbillard. Transporté comme un colis suspect ! Imaginez dans quel état le corps arrivera à destination’’, dénonce un autre internaute.
Un serviteur de l’État « banalisé »
Le Dr Alpha Oumar Barry n’était pas un citoyen ordinaire ; il était un bâtisseur de savoir. En tant que sociologue, il a passé sa carrière à disséquer les structures de la société guinéenne, pour mieux les comprendre et les soigner. Aujourd’hui, c’est la société elle-même qui semble lui renvoyer une image de déshérence.
La brutalité de cette image soulève une question fondamentale : comment un cadre de ce rang, ayant servi une institution étatique comme l’Université de Kankan, peut-il être réduit à un « chargement » de fortune pour son ultime voyage ?
Un cri de cœur pour la reconnaissance des élites
Pour les observateurs, ce n’est pas seulement l’homme qui est humilié, mais toute la fonction enseignante. L’indignation des internautes pointe du doigt une faillite institutionnelle :
Le manque de soutien logistique des institutions universitaires envers leurs employés.
L’absence de protocoles de dignité pour les grands serviteurs de l’administration publique.
La précarité qui suit l’enseignant jusque dans son cercueil.
« Une institution qui n’honore pas ses enseignants affaiblit ses propres fondations », souligne un vibrant hommage partagé en ligne. Voir la dépouille de ce maître de conférence exposée aux intempéries et aux regards sur une route nationale est décrit comme une « blessure morale » pour la nation entière.
Plus jamais ça !
Alors que le convoi funèbre fait route vers Dalaba, le débat est loin d’être clos. Cette affaire relance avec acuité la question de la prise en charge des fonctionnaires et du respect dû aux morts. Le Dr AOB méritait des honneurs, ou à tout le moins, la décence d’un transport médicalisé ou funéraire digne de son rang et de son humanité.
La société civile et le corps professoral attendent désormais des explications, mais surtout un engagement : que plus jamais un « bâtisseur de savoir » ne soit traité comme un simple fardeau sur les routes de la République.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
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