Invité de l’émission « Le Scanner » sur Cavi Medias ce lundi 26 janvier 2026, l’économiste Mohamed Camara a analysé les conséquences profondes des opérations de déguerpissement sur l’économie informelle en Guinée. S’il reconnaît la légalité de l’acte, il alerte sur la nécessité vitale d’accompagner les acteurs du secteur informel pour éviter une explosion de la pauvreté.
Les bulldozers continuent de redessiner le visage de Conakry. Si l’objectif affiché est la modernisation de la capitale et la libération des emprises routières, l’impact social et économique sur les petits commerçants et artisans soulève de vives inquiétudes. Pour l’économiste Mohamed Camara, le défi est désormais de transformer cette « destruction » en une opportunité de développement local.
Entre légalité et tragédie sociale
D’emblée, Mohamed Camara pose le cadre. ‘’Suivant le code de l’urbanisme et de l’habitat, ces opérations sont légales. Les emprises des routes doivent être dégagées’’. Cependant, l’expert souligne une faille majeure dans l’exécution : le manque de sensibilisation et d’accompagnement.
Pour de nombreux Guinéens, ces petites boutiques et ateliers de fortune représentent des années d’épargne.
‘’Sans mesure d’accompagnement, certains vont se retrouver dans une extrême pauvreté. C’est là que les autorités doivent être vigilantes’’, prévient-il. Au-delà des commerçants, c’est tout le « circuit court » qui est perturbé, obligeant les citoyens à parcourir de plus longues distances et à supporter des coûts supplémentaires pour des services de proximité (pain, réparation de pneus, etc.)
La « Destruction Créatrice » : Le rôle clé des communes
S’appuyant sur le concept de la « destruction créatrice », l’économiste estime que les espaces libérés ne doivent pas rester vides. Ils doivent être aménagés par les collectivités locales pour générer de nouveaux revenus.
‘’Une commune, c’est un petit gouvernement. Elle doit développer son propre tissu économique : la coiffeuse, le jeune garagiste, le groupement de nettoyage. Si vous cassez sans réaménager, vous perdez des recettes fiscales’’, a-t-il indiqué.
En plus, Mohamed Camara propose une approche pragmatique : aménager des étalages propres et modernes, puis les louer aux déguerpis. Cela permettrait non seulement d’embellir la ville, mais aussi de formaliser ces acteurs en leur offrant une identité économique, un accès à l’assurance et aux prêts bancaires.
L’urgence du transfert des ressources
Pour que cette reforme réussisse, l’économiste insiste sur le rôle des finances publiques. Selon lui, il est impératif que l’État central transfère effectivement aux communes les fonds prévus par la nouvelle Constitution (FODEL, FNDL).
‘’L’argent des communes doit leur être automatiquement transféré pour financer leurs Plans Annuels d’Investissement (PAI). On ne peut pas demander aux maires d’agir sans moyens’’, martèle-t-il.
« Humaniser l’action publique »
À la question de savoir s’il faut indemniser les victimes, Mohamed Camara est nuancé. Si l’indemnisation n’est pas un droit légal pour une occupation illicite du domaine public, l’accompagnement est une obligation morale et sociale.
‘’Il faut donner un aspect humain à l’action publique’’, assure-t-il. Pour lui, l’identification des impactés via les chefs de quartier et les registres de patentes est possible. L’enjeu est de taille : éviter que la modernisation de la ville ne se fasse au prix d’une déstructuration définitive du tissu économique local qui fait vivre des milliers de familles.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
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