Souvent plongé dans mes pensées, je médite sur l’Afrique, ce continent aux mille visages, riche en cultures, en ressources et en résilience, mais aussi confronté à des défis colossaux, dans un monde qui avance sans attendre.
Je me demande si les dirigeants africains mesurent réellement l’ampleur des enjeux mondiaux, qu’ils soient climatiques, économiques, technologiques ou sociaux, sans oublier les défis locaux qui persistent depuis des décennies.
Trop souvent, le pouvoir en Afrique est perçu comme une fin en soi, non comme un moyen de servir.
Les élites politiques civiles et militaires semblent animées par une même logique, se maintenir coûte que coûte, quitte à créer des instabilités politiques artificielles.
Le peuple devient spectateur d’un théâtre où les acteurs principaux s’enrichissent, tout en enrichissant leurs protecteurs étrangers qu’ils soient multinationales ou puissances politiques.
Comment comprendre qu’au XXIe siècle, certains dirigeants puissent croire qu’ils sont les seuls capables de guider les destinées d’un peuple, parfois pendant des décennies, au mépris de toute alternance démocratique?
Les cas de Teodoro Obiang en Guinée équatoriale, celui de Paul Biya au Cameroun, Denis Sassou Nguesso au Congo, de Faure Gnassigbe au Togo, de Yoweri Mousseveni en Ouganda illustrent cette dérive.
Même les transitions militaires, censées être temporaires, deviennent des régimes à part entière. Oh mon Dieu!
L’Africain est résilient, c’est vrai. Mais cette résilience, aussi admirable soit-elle, ne peut suffire face aux nouveaux défis mondiaux.
Imaginez un instant que l’Afrique soit frappée par des incendies de forêt comme ceux en Californie, des tremblements de terre comme au Japon, en Turquie, ou des inondations comme en Indonésie. Que ferait-elle?
La plupart des pays africains ne disposent pas de véritables services de protection civile. Les budgets sont orientés vers l’armée, la police, la gendarmerie, non pour protéger les citoyens, mais pour protéger le pouvoir.
Dans certains États, il y a plus de commandos anti-émeutes que de brigades de sapeurs-pompiers. Le contraste est saisissant, alors que le monde se prépare à affronter les conséquences du changement climatique, l’Afrique semble encore prisonnière de ses luttes internes pour le pouvoir. Deux individus massacrent les civiles au Soudan pour le pouvoir.
Il devient urgent de repenser la notion même de pouvoir en Afrique.
Trop souvent, les constitutions sont modifiées pour permettre à un dirigeant de rester en place. Les élections deviennent des formalités, des rituels sans substance.
Le coup d’État, qu’il soit militaire ou institutionnel, semble être devenu le mode d’accession au pouvoir plus efficace que le vote populaire.
Le Burkina Faso, le Mali, le Niger, autant d’exemples récents où l’armée a pris le pouvoir, souvent avec l’assentiment d’une partie de la population lassée des élites civiles corrompues. Mais cette dynamique ne résout pas le problème de fond, qui est l’absence de gouvernance au service du peuple.
Pendant ce temps, le monde avance.
Pendant que l’Afrique s’enlise dans des compétitions de longévité au pouvoir, le reste du monde avance.
L’intelligence artificielle, la transition énergétique, la conquête spatiale, la biotechnologie, autant de domaines où l’Afrique risque de rester spectatrice si elle ne change pas de cap.
Pourtant, en réfléchissant bien, on sent que rien n’est encore perdu. Nous pouvons bien nous reprendre en main. Et voici donc à mon avis des pistes sur lesquelles nos réflexions nous mènent.
1. Réforme institutionnelle pour une gouvernance crédible.
Pour rompre avec la personnalisation du pouvoir et instaurer des institutions solides, indépendantes et durables, il faut:
– Fixer une limitation stricte des mandats présidentiels: Deux mandats non renouvelables, inscrits de manière intangible dans la Constitution, comme au Sénégal ou au Ghana.
– Renforcer les contre-pouvoirs: Des parlements autonomes, des cours constitutionnelles réellement indépendantes, et des médias libres.
– Interdiction des révisions opportunistes de la Constitution: Toute modification liée à la durée ou au nombre de mandats devrait nécessiter un référendum populaire avec un taux de participation élevé à 90%.
– Transparence électorale: Adoption de systèmes de vote électroniques sécurisés, observateurs internationaux, et publication en temps réel des résultats.
– instaurer la règle Coup d’État constitutionnel =Coup d’État militaire: L’Union Africaine et les organisations économiques régionales doivent traiter les modifications constitutionnelles comme des coup d’État et agir en conséquence.
Le Cap-Vert, souvent cité comme modèle de stabilité démocratique, a su instaurer une alternance pacifique et régulière du pouvoir.
C’est possible partout en Afrique.
2. Réorientation des priorités étatiques, investir dans la résilience climatique surtout.
Pour passer d’un État sécuritaire à un État protecteur et prévoyant, il faut:
– La création de véritables agences de protection civile formées, équipées, et déployées dans toutes les régions, avec des budgets transparents.
– Elaborer des Plans nationaux de résilience climatique avec une cartographie des zones à risques, construction d’infrastructures adaptées, et campagnes de sensibilisation.
– Faires des investissement dans la recherche et l’innovation locale. Les Universités, laboratoires, startups africaines doivent être soutenues pour développer des solutions adaptées aux réalités du continent.
– Procéder à la réduction des dépenses militaires non stratégiques: Réaffectation d’une partie des budgets de défense vers la santé, l’éducation et la gestion des catastrophes.
3. Mobilisation citoyenne pour une conscience politique proactive.
Pour faire émerger une société civile forte, informée et engagée, il faut:
– S’engager dans l’Éducation civique dès le plus jeune âge pour les faire comprendre les institutions, les droits, les devoirs, et les mécanismes de participation.
– Protéger les lanceurs d’alerte et des activistes en votants des Lois garantissant leur sécurité et leur liberté d’expression.
– Créer des Plateformes numériques de participation citoyenne pour la Consultation publique, pétitions, budgets participatifs.
– Faire la Promotion de l’entrepreneuriat social et communautaire pour encourager les initiatives locales qui répondent aux besoins des populations.
L’Afrique ne manque ni de ressources, ni de talents, ni de courage.
Ce qui lui fait défaut, c’est une gouvernance visionnaire, fondée sur l’intérêt collectif plutôt que sur la conservation du pouvoir.
Les trois axes que nous avons explorés de réforme institutionnelle, réorientation des priorités étatiques, et de mobilisation citoyenne, ne sont pas des utopies. Ce sont des leviers concrets, accessibles, et déjà expérimentés avec succès dans plusieurs pays du continent.
Il est temps de rompre avec les logiques de domination, de répression et de stagnation. Il est temps de bâtir des États protecteurs, des institutions crédibles, et des sociétés civiles puissantes. Il est temps que les peuples africains soient les véritables auteurs de leur destin.
Ce projet n’est pas seulement politique. Il est moral, historique, et urgent. Car pendant que certains s’accrochent à des trônes fragiles, le monde avance et l’Afrique ne peut plus se permettre de rester en marge.
Cellou Kansala DIALLO
Citoyen Africain de la Guinée, Engagé pour une Afrique stable et plus démocratique.
