Depuis mercredi matin, l’atmosphère reste tendue dans la commune urbaine de Boké. Et pour cause: la population fait face à une pénurie de carburant sans précédent, perturbant la vie quotidienne et les activités économiques de la région.
Sur les cinq stations-service que compte la ville, seules deux continuent de fonctionner, provoquant d’interminables files d’attente et une montée spectaculaire des prix. Le litre d’essence, habituellement vendu à 12 000 francs guinéens, se négocie désormais entre 20 000 et 25 000 francs sur le marché noir.
Cette flambée soudaine et incontrôlée suscite la colère des habitants, contraints de payer le double du prix habituel pour se procurer le précieux liquide. Les transporteurs, mototaxis et commerçants se disent particulièrement affectés.
« On ne peut plus travailler normalement. Tout notre bénéfice part dans l’achat du carburant », se désole Ibrahima, conducteur de taxi-moto, rencontré devant une station bondée du quartier Kamsar.
Face à cette crise persistante, la société civile hausse le ton. Mamadou Lamarana Bah, coordinateur régional de la Maison des Associations et ONG de Guinée (MAOG), dénonce ce qu’il qualifie de « système de détournement organisé ». « C’est une réalité que nous dénonçons depuis longtemps. Il y a manifestement une complicité entre certains gestionnaires de stations et des revendeurs clandestins. Le carburant disparaît des pompes pour réapparaître dans des bidons, vendu deux fois plus cher », accuse-t-il.
Selon lui, le manque de contrôle et la faiblesse des mécanismes de suivi favorisent ces pratiques illicites qui pénalisent directement les consommateurs.
Pour tenter d’endiguer la crise, Mamadou Lamarana Bah plaide pour la mise en place urgente de comités de surveillance citoyens autour des stations-service. Ces structures locales pourraient, selon lui, contribuer à garantir une distribution plus équitable et à dissuader les détournements.
« Il faut que les autorités locales prennent leurs responsabilités pour rétablir un minimum de transparence dans la chaîne de distribution. Si rien n’est fait, la situation risque de s’aggraver et de provoquer des tensions sociales », prévient le coordinateur de la MAOG.
En attendant une réaction officielle des autorités préfectorales, les habitants de Boké continuent de subir les conséquences d’une crise qui paralyse toute la ville.
Depuis Boké, Mamoudou DIALLO, pour Lerevelateur224.com.
