On en parle peu. Certains diront que c’est un sujet tabou, pourtant je ne vois aucun mal à en discuter ouvertement. C’est souvent parce qu’on a honte de sa maladie qu’elle finit par nous tuer alors, parlons-en.
Être pharmacien assistant, dans les villes que j’ai eu la chance de côtoyer, Bamako, Dakar, Rabat, Accra est synonyme de respect et surtout de considération économique.
Mais force est de constater qu’en Guinée, le pharmacien assistant a honte d’évoquer son salaire, même devant ses camarades.
Et pour cause : c’est un salaire misérable, un revenu que les propriétaires d’officines d’autres pays n’accordent qu’à leurs stagiaires comme prime de stage.
Je ne parle pas ici de ceux qui ont eu la « grâce de l’argent », c’est-à-dire qui ont obtenu leur diplôme sans réellement fréquenter la faculté.
Non, je parle de ceux qui ont passé cinq années à étudier, dans un océan de stress, de sacrifices et de galères, puis une à deux années supplémentaires à courir derrière un directeur de thèse.
Croire qu’après tout cela, un pharmacien puisse être payé entre 2 et 2,5 millions GNF (soit 200 à 250 $ ) par mois, c’est tout simplement impensable.
Un Docteur d’État, un pharmacien assistant, rémunéré 2 millions GNF en fin de mois ? C’est hallucinant, révoltant, pitoyable. Cela ne peut exister qu’en Guinée.
Certains, à court d’arguments sincères, me parleront sans doute de chiffre d’affaires. Bon sang ! Et si je vous disais que cette situation tient presque de la malédiction ?
D’aucuns trouveront mes propos exagérés. Peut-être. Mais réfléchissez : tous les propriétaires d’officines ont d’abord été pharmaciens assistants. Ils ont connu cette souffrance, cette injustice.
Et pourtant, les voici aujourd’hui reproduisant le même schéma !
Alors, ne risque-t-on pas de revivre le même cycle, encore et encore ? Car les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.
Prenons un exemple concret : une officine qui réalise un chiffre d’affaires journalier de 1 000 $ atteint 26 000 $ par mois. Ne peut-elle vraiment pas accorder une prime mensuelle décente à ses employés ?
Faites le calcul vous-mêmes, et vous verrez combien certains propriétaires font preuve d’un égoïsme désolant.
Il est urgent que l’Ordre des Pharmaciens de Guinée et le syndicat prennent leurs responsabilités, posent des jalons solides, imposent le respect du métier, et proposent de meilleures conditions pour les pharmaciens assistants.
Voici quelques mesures simples mais nécessaires :
– Aucun pharmacien assistant ne doit exercer dans une officine sans avoir signé un contrat de travail en bonne et due forme.
Cela évitera les licenciements abusifs, car c’est en Guinée où voit un propriétaire d’officine appeler son assistant le soir pour lui dire de ne plus revenir à la pharmacie. C’est révoltant.
– Chaque officine doit déclarer ses employés à l’Ordre, qui collaborera ensuite avec l’Inspection du travail.
– Chaque assistant doit bénéficier de primes : prime annuelle, prime de scolarité, prime d’efficacité.
– Tout licenciement abusif doit être sanctionné, et le propriétaire doit assumer les conséquences de ses actes.
Avec de la volonté et du courage, l’Ordre et le syndicat peuvent réellement améliorer le sort des pharmaciens assistants, sans nuire aux propriétaires d’officines.
Souvenons-nous : Un assistant mal payé est un professionnel amputé, et cela finit toujours par affaiblir la qualité des soins et de la dispensation.
J’ai été pharmacien assistant, donc j’en sais beaucoup, j’ai dévoré ces tristes réalités et je pense qu’il est temps que les choses changent pour l’image du secteur pharmaceutique Guinéen.
Dr. Karamo Kaba
Pharmacien Guinéen
Spécialiste en santé publique & Prévention
MBA – Gestion Pharma Biotech
Auteur des livres :
-Les secrets du couple
-Au prix de la vocation
