La condamnation d’Aliou Bah, président du parti Mouvement Démocratique Libéral, à deux ans de prison ferme, a suscité de vives réactions au sein de la classe socio-politique guinéenne. Cette décision judiciaire rendue publique ce mardi 7 janvier, a été vivement critiquée par de nombreux observateurs.
Certains acteurs politiques dénoncent une atteinte grave à la liberté d’expression. Ils estiment que cette condamnation vient confirmer l’équation selon laquelle ‘’Si tu veux vivre tranquille en Guinée, il faut la fermer’’.
Aux chevets du président du MoDeL depuis le début de ce procès, Ibrahim Kalil Diallo, président de l’organe provisoire de gestion de l’APG, a accordé une interview à la presse au sortir de ce procès. Il a exprimé son non étonnement face à cette décision, après avoir exprimé sa solidarité à Aliou Bah.
‘’Je précise qu’elle ne nous étonne pas, car elle vient confirmer ce que nous avons toujours dit. C’est la volonté clairement affichée de ceux qui nous dirigent aujourd’hui, de réduire au silence tous ceux qui voudront se dresser contre la dictature, contre la confiscation des libertés, contre l’instauration d’une véritable démocratie dans notre pays. Donc, ça ne nous étonne pas du tout’’, a dénoncé l’ancien journaliste qui s’est reconverti en politique.
Plus loin, le président de l’organe provisoire de gestion du mouvement Agissons pour la Guinée (APG), dénombre des faits qui devraient préoccuper la justice guinéenne, plutôt que de s’acharner contre les hommes politiques.
‘’Aujourd’hui, puisque c’est quelqu’un qui dérange le pouvoir, tac, il est cueilli comme un malpropre, traduit devant les barreaux, condamné à deux ans de prison ferme. Alors, qu’au même moment, il y a quelques semaines, du côté de N’Zérékoré, il y a eu des centaines de morts. Jusqu’à présent, personne ne sait où se situent les responsabilités dans ce qui s’est passé au niveau de cette partie de la Guinée forestière.
Au-delà de ce problème, il y a eu des morts lors des manifestations comme celles appelées récemment par les forces vives de la nation. À date, on ne sait pas qui est responsable, qui est coupable de ces morts-là. Il y a même des cas de détournement. Mais, quand il s’agit d’un leader politique, un leader d’opinion qui n’est pas d’accord avec la conduite de la transition, la justice, notre justice, elle est prompte, elle est rapide. Nous, ça nous désole. Nous, ça nous choque.’’’, a déploré Ibrahim Kalil Diallo, avant d’apporter des précisions.
‘’Ce n’est pas Aliou Bah qui est condamné. Ce n’est pas des gens comme Foniké Menguè, comme Billo Bah, comme Marouane, dont les libertés ont été privées. Non, pas du tout ! C’est plutôt le peuple de Guinée qui est condamné. En ce sens que, ce qui vient d’être fait, le fait de mettre un citoyen guinéen en prison, parce que, tout simplement, il a demandé que les engagements soient respectés, veut dire, tout simplement, qu’en Guinée, désormais, si vous voulez vivre tranquillement, vous devez vous taire, vous devez la fermer. Si vous voulez vivre tranquillement, vous ne devez jamais l’ouvrir. Vous ne devez jamais critiquer la gestion de notre pays. Si vous voulez vivre en paix avec votre famille, vous ne devez jamais dire que vous n’êtes pas d’accord avec la façon dont le pays est géré. Et pire, si vous devez vivre en toute harmonie, en paix, dans votre quartier, auprès de votre famille, vous ne devez jamais demander à ceux qui ont pris le pouvoir le 5 septembre 2021, d’organiser des élections libres, crédibles, inclusives et transparentes. C’est devenu un péché. Que se passe-t-il ici ?’’, s’est-il interrogé.
Mohamed FOFANA, pour Lerevelateur224.com.
