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La Sacralité du Bien Public : Une Valeur en Péril en Guinée ? (Par Soninké Diané)

31 décembre 2024
KINTINIA: Une importante quantité de produits impropres à la consommation, incinérée par les autorités locales

Dans une nation, la gestion du bien public et du service public repose sur des principes fondamentaux d’intégrité, de transparence, et de responsabilité. Pourtant, en Guinée, ces valeurs semblent aujourd’hui mises à rude épreuve. Les récents scandales relatifs à la disparition de plus de 1000 milliards de francs guinéens dans le secteur douanier, suivis d’allégations similaires dans les recettes fiscales de deux sociétés minières, interpellent notre conscience collective et mettent en lumière une crise systémique.

Le bien public n’est pas une propriété privée à disposition de quelques privilégiés, mais un héritage commun destiné à servir tous les citoyens. Chaque franc détourné, chaque irrégularité dans la gestion publique, prive des milliers de Guinéens d’un accès à des services essentiels comme l’éducation, la santé, ou encore les infrastructures de base.

Ce détournement massif ne se limite pas à un simple acte de corruption ; c’est une atteinte à la dignité de la nation et un frein au développement durable. Comment peut-on espérer construire une société juste et prospère lorsque les ressources publiques, déjà limitées, disparaissent dans les méandres de pratiques obscures ?

Il serait également opportun que le Conseil National de la Transition (CNT) prenne l’initiative de combler un vide législatif majeur : la criminalisation des infractions économiques et financières. Bien que leur caractère imprescriptible soit à saluer, il est impératif d’aller plus loin en instaurant des sanctions pénales adaptées à la gravité des détournements. Ces sanctions pourraient être proportionnelles aux montants en jeu, en utilisant comme base de calcul le coût de réalisation d’un centre de santé, d’une école, d’une route, ou encore d’une université. Ainsi, chaque franc détourné serait traduit en une perte concrète pour les citoyens, rendant la gravité des infractions encore plus tangible.

Un exemple frappant est celui du Burkina Faso, où un réseau de fonctionnaires corrompus a récemment été démantelé. Les peines infligées varient de 12 à 15 ans de prison, avec des réquisitions allant jusqu’à 30 ans. Ce type de justice exemplaire devrait inspirer nos législateurs à adopter des dispositions similaires, pour que la lutte contre la corruption ne soit pas seulement une rhétorique, mais une réalité dissuasive et efficace.

Par ailleurs, il ne suffit plus de pointer du doigt l’impérialisme ou les puissances étrangères. Certes, ces économies du Nord servent souvent de refuge final aux délinquants financiers, qui y transfèrent leurs gains mal acquis et y installent leurs familles. Ces milliards détournés des caisses de nos États alimentent indirectement leurs économies, créant un cercle vicieux où la pauvreté de nos peuples finance le confort d’élites corrompues. Cette réalité ne doit cependant pas nous détourner de notre responsabilité première : instaurer des mécanismes locaux robustes pour prévenir et sanctionner ces dérives.

Il est impératif que nous, Guinéens, nous rappelions une page douloureuse de notre histoire. Lorsque la Guinée a décidé de dire « Non » au référendum de 1958 pour conserver sa dignité, la France, en guise de représailles, a dérobé tous nos avoirs en quittant notre territoire. Ils ont emporté non seulement nos ressources financières, mais aussi des infrastructures et des équipements essentiels, laissant notre pays dans un dénuement total. Malgré cette épreuve, nos devanciers ont résisté avec courage, reconstruisant patiemment les bases de notre souveraineté.

Ainsi, tout Guinéen qui, aujourd’hui, détourne les fonds publics ou pille nos ressources, trahit ces sacrifices historiques et la mémoire de nos aînés. Un tel acte est une offense à la dignité nationale et une malédiction pour celui ou celle qui en est l’auteur.

À cet effet, nous lançons également un appel fort à Son Excellence le Président de la République. Les peuples admirent et retiennent les présidents qui posent des actes forts et courageux, non seulement pour répondre aux défis immédiats, mais aussi pour bâtir un futur solide pour les générations à venir. Votre responsabilité historique est de défendre le bien commun avec fermeté et de faire de la lutte contre la corruption un pilier de votre gouvernance. Seuls des actes exemplaires et audacieux renforceront la confiance du peuple et inscriront votre nom dans l’histoire comme un leader visionnaire et intègre.

La lutte contre ces dérives exige une prise de conscience collective. Chaque citoyen a un rôle à jouer pour garantir la transparence et exiger des comptes aux gestionnaires des ressources publiques. Cela passe forcément par :

1. Une Vigilance Citoyenne : les citoyens doivent s’informer, poser des questions, et refuser de banaliser la corruption. La société civile, les médias, les leaders communautaires doivent renforcer leur rôle de veille et d’alerte.

2. Des Réformes Courageuses : les autorités doivent mettre en place des mécanismes robustes de contrôle et de suivi des finances publiques, avec des sanctions effectives pour les contrevenants. Une justice indépendante est essentielle pour garantir l’impartialité des enquêtes.

3. Une Éducation Civique Renforcée : la sacralité du bien public doit être inculquée dès le plus jeune âge, pour que les générations futures développent une culture d’intégrité et de respect des lois.

4. Légiférer sur le principe de la reddition des comptes : le champ du contrôle parlementaire doit être élargi et mettre au point une synergie d’actions avec la Cour des Comptes pour une proactivité en définissant un seuil pour les services de recettes de l’Etat.

Il est temps de considérer la gestion des biens publics comme une responsabilité sacrée. Les scandales récents doivent être un électrochoc pour tous, et non un épisode de plus dans une longue série d’abandons. Ce n’est qu’en réhabilitant la valeur du service public et en promouvant une gestion transparente que nous pourrons reconstruire la confiance entre les citoyens et leurs institutions.

Le combat pour la sacralité du bien public est un devoir moral et patriotique. En tant que citoyens, nous devons exiger des comptes, mais aussi jouer notre part en dénonçant les dérives et en soutenant les initiatives qui promeuvent une gouvernance exemplaire. Parce qu’en fin de compte, protéger le bien public, c’est protéger notre avenir commun.

 

Soninké Diané
Citoyen
Consultant Formateur
Cadre du CNT/Organe législatif de la Transition
Tel: 622 57 48 60

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