Le drame survenu à N’Zérékoré, coûtant la vie à des centaines de personnes et laissant derrière lui des blessés par centaines, est une plaie béante dans la conscience collective de la nation. Ce n’est pas un simple accident ou une fatalité ; c’est un crime collectif, où chaque acteur impliqué a sa part de responsabilité. Les faits sont brutaux, les responsabilités doivent être situées et les coupables jugés, sans complaisance ni faux-semblant.
Premièrement, les organisateurs du tournoi, en autorisant une manifestation dans un stade visiblement non conforme aux normes de sécurité, ont joué avec la vie de milliers de citoyens. L’urgence de leur mise en cause est indiscutable : ces individus ont volontairement mis en danger la population. Leur motivation, qu’elle soit financière ou politique, ne saurait justifier une telle négligence. Ils doivent être traduits en justice.
Ensuite, les responsables présents sur le terrain, dont le rôle était de garantir un encadrement sécurisé, ont lamentablement échoué à gérer une foule massive. La question se pose : étaient-ils seulement formés pour une telle mission ? Leur absence de préparation est à l’image de la défaillance systémique qui gangrène nos institutions.
Le pouvoir en place porte une responsabilité écrasante dans cette tragédie. Alors même que toutes les manifestations à caractère politique dans les espaces publics avaient été interdites par ce même pouvoir, comment expliquer que ce tournoi ait été autorisé ? Pire encore, tout porte à croire que cette compétition s’inscrivait dans une campagne insidieuse orchestrée par des ministres et fonctionnaires du CNRD pour promouvoir la candidature de Mamadi Doumbouya. Tel est le cas depuis un bon moment dans tout le pays, et nous sommes face à une exploitation cynique de l’espace public et des passions populaires à des fins électoralistes. Cette instrumentalisation est non seulement immorale, mais criminelle.
Quant aux forces de l’ordre, leur rôle dans ce drame dépasse l’entendement. Tirer des gaz lacrymogènes sur une foule dense dans un espace confiné relève d’une violence aveugle, d’un mépris total pour la vie humaine. Loin d’assurer l’ordre public, ces agents ont amplifié le chaos, transformant une situation déjà tendue en massacre. Ceux qui ont donné ces ordres, tout comme ceux qui les ont exécutés, doivent répondre de leurs actes devant la justice.
Au-delà des acteurs directement impliqués, ce drame met en lumière la mauvaise gestion chronique de la transition qui gangrène notre pays. L’incapacité des institutions à prévenir de telles catastrophes est un symptôme d’une incompétence institutionnalisée, renforcée par la corruption et la propagande. La propagande actuelle, axée sur l’imposition de la candidature du Général Mamadi Doumbouya, controversée, détourne les ressources et l’attention des véritables priorités : la sécurité, la justice et le bien-être des citoyens.
Le véritable hommage à rendre aux victimes de N’Zérékoré ne réside pas dans des discours larmoyants ou des promesses vides, mais dans une action concrète et rapide. Cela commence par une enquête indépendante pour identifier tous les responsables, des organisateurs aux autorités locales, en passant par les forces de l’ordre. Il faut aussi des procès équitables, mais implacables, pour juger et condamner les coupables. Enfin, une réforme institutionnelle profonde est nécessaire pour garantir que de tels drames ne se reproduisent plus jamais.
Le temps des excuses est révolu. La justice pour N’Zérékoré n’est pas une option, c’est une obligation. Le peuple ne peut plus tolérer que des vies soient sacrifiées sur l’autel de l’irresponsabilité et de la soif de pouvoir. Si ce drame ne sert pas de déclencheur pour un changement radical, alors nous serons condamnés à revivre encore et encore les mêmes tragédies.
Abdoul Karim Diallo, citoyen engagé pour la justice et la vérité.
