Abou Sylla, le jeune président de la délégation spéciale de la commune rurale d’Albadariah est privé de sa liberté depuis ce jeudi 10 octobre 2024 à 17 heures. Il séjourne dans les geôles de la gendarmerie départementale de Kissidougou en compagnie de 6 autres citoyens de la même localité.
Cette interpellation fait suite à un mouvement de grogne organisé ce mercredi 9 octobre par les travailleurs de la société chinoise CSEFDEG Section 09, en charge de la construction du chemin de fer qui est basée à Djakassoria, un village du district de Farawa, situé à 20 km d’Albadariah centre. Depuis sa cellule, le président de la délégation spéciale se dit surpris et déçu par cette interpellation illégale et nie catégoriquement les charges retenues contre lui notamment trouble à l’ordre public et barricade de voie publique.
D’ailleurs, selon ses explications, c’est lui qui jouait au sapeur-pompier dans cette affaire qui oppose ses concitoyens aux chinois. ‘’Le mercredi matin aux environs de 07 heures, j’ai été informé par le sous-préfet que les travailleurs auraient barricadé le corridor à Djakassoria. Aussitôt, je me suis mis à sa disposition et nous nous sommes rendus sur les lieux. Là, le premier acte que j’ai eu à poser, c’était de demander aux travailleurs d’accepter de libérer les convois de camions qui étaient immobilisés et de nous faire parvenir leurs représentants, afin qu’on entame les négociations. Heureusement, ils ont accepté cela. Mais cela avait coïncidé à l’arrivée d’une équipe des forces de sécurité en provenance de Kissidougou, qui m’ont dit qu’ils étaient venus avec une liste de 9 personnes qu’ils devaient interpeller. En tant qu’autorité, j’ai demandé à ce qu’on privilégie le dialogue qui est déjà amorcé. Alors, ensemble, on s’est retrouvé dans une salle pour entendre les représentants des grévistes. D’après leurs explications, les travailleurs étaient remontés contre les nommés Keita et Dadis, respectivement chef de sécurité et chef chauffeur à la centrale béton.
Ils reprochent au chef sécurité d’abus d’autorité, des arrestations et licenciements arbitraires. Quant au chef chauffer à la centrale béton, ils lui reprochent d’affinité dans les recrutements en faveur des membres de sa famille au détriment des autres travailleurs. Après avoir entendu les réclamations des grévistes, ce fut le tour des chinois de s’exprimer sur le sujet. Dans leur communication, les chinois ont rejeté en bloc cette réclamation des travailleurs qu’ils avaient même accusés d’être coupables d’actes de vandalisme sur leurs installations. Alors, pour vérifier cette accusation, on s’était rendu sur les sites indiqués avec les forces de sécurité. Mais contrairement à leur déclaration, nous n’avions constaté aucun acte de vandalisme sur le terrain. C’est en ce moment que moi j’ai reproché aux chinois le fait de sauter les autorités locales d’Albadariah et d’envoyer directement le problème à Kissidougou et j’ai également reproché aux grévistes de manque de communication. Donc, c’est au moment qu’on était en pleine négociation, que le préfet a fait un appel téléphonique invitant tout le monde de se rendre à Kissidougou. Donc, dès que nous sommes venus, immédiatement, ils ont envoyé deux pick-ups et ils m’ont conduit directement à la gendarmerie avec 6 de mes concitoyens. Donc, je vais passer injustement ma première nuit en prison’’, s’est-il lamenté.
Plus loin, Abou Sylla condamne cet acte des autorités et demande sa libération et celle de ses concitoyens. ‘’Je condamne cette forme d’interpellation et je rejette les charges contre moi. Tandis que moi, je conduisais le dialogue qui pouvait aboutir à un succès. C’est en ce moment qu’on vient me demander de signer un engagement selon lequel, les travailleurs ne vont plus manifester. Chose que j’ai refusée, parce que je ne suis pas habilité à agir en leur nom. Tout ce que je peux faire en pareille situation, c’est de me battre pour trouver un dénouement heureux. Alors, je demande à ce que je retrouve ma liberté ainsi que les autres citoyens’’, a-t-il dénoncé.
À noter que Albadariah est l’une des localités traversée par le chemin de fer, dans le cadre de la mise en œuvre du gigantesque projet minier de Simandou.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
(+224) 610 454 552
