L’homme propose, Dieu dispose. Les colonels au pouvoir au Mali avaient un agenda bien caché à l’occasion de la célébration de la date anniversaire de l’indépendance nationale, le 22 septembre prochain: accéder, tous, mécaniquement, par l’ascenseur du décret à la dignité de Général qui requiert un certain parcours académique et des états de service militaire donnés, bref, il faut le mériter, à tous points de vue.
Mais, on ne peut demander à des officiers qui se sont permis de prendre des armes contre leur pays et ses institutions, oppriment leurs populations, répandent la mort et la terreur au tour d’eux pour assouvir tous leurs fantasmes, de se montrer capables de vertu ou de se comporter en homme d’honneur attachés à l’éthique militaire et au mérite professionnel.
La junte malienne aime tromper les apparences par de savantes supercheries et berner l’opinion par de fausses illusions. Elle est obsédée par un désir irrépressible de reconnaissance et aveuglée par un besoin compulsif d’affirmation qui en disent long sur le trouble de la personnalité et le complexe d’infériorité de ses dirigeants.
Le JNIM, en pénétrant, sans encombres à Bamako pour y mener sans rencontrer de résistance véritable, des assauts sanglants au cœur du système en place, a démontré qu’il peut frapper partout où il le souhaite, y compris les sites les mieux protégés. Le redoutable groupe révèle ainsi les failles et fragilités d’un régime militaire entretenant la surenchère, par rapport à ses forces et les moyens acquis.
Depuis, même les soutiens les plus zelés de la junte, ses relais de propagande les plus bruyants, sont littéralement sonnés. Les populations, manipulées par une junte aveuglée par un désir de vengeance, comme pour laver l’affront subi, se substituent à l’Etat pour se livrer à une justice populaire, à l’armée pour procéder à un ratissage instinctif présenté comme une traque de l’ennemi, dans le fond, une chasse à l’homme ouverte dans la violence et une campagne de lynchages publics, fondée sur le délit de faciès.
Dans pareilles conditions de chaos dans le pays et de désarroi collectif, les colonels ne peuvent continuer à se satisfaire de victoires imaginaires ni se lancer dans l’aventure de l’auto-satifaction en se distribuant abusivement de bons points. Ils ne peuvent pas non plus s’attribuer indûment, dans une poussée de mégalomanie, de nouveaux galons. Alors, le cœur meurtri à cause de leur projet contrarié, Assimi Goita et ses comparses vivent l’enfer de la frustration de devoir attendre d’être Généraux pour une autre fois. Comme ils devraient se demander dans la situation de tous les malheurs pour le Mali, s’il leur sera concédé d’annoncer vouloir briguer les suffrages des maliens pour la magistrature suprême à l’image des compères Guinéens qui eux, ont succombé à la malédiction de la candidature interdite. Affaiblis et humiliés qu’ils sont, les putschistes maliens, rasent le mur à Bamako et font piètre figure à l’étranger.
Au demeurant, les colonels qui croyaient avoir tout gagné sont en train de tout perdre, qui espéraient se maintenir au pouvoir pour toujours, se rendent comptent qu’ils sont plus près de la sortie qu’à la veille du plébiscite populaire qui leur est si cher, de tout temps, convoité par eux.
« Plus haut monte le singe, plus on voit son derrière », dit un adage qui résume bien le triste sort de petits colonels qui passent de héros auto-proclamés à zéros sanctifiés.
Samir Moussa
