Originaire de Kindia, journaliste et juriste à la fois, Aissatou Chérif Baldé a décidé de lancer son mouvement politique intitulé APC (Alliance du peuple pour le changement). Ce mouvement sera lancé le 10 août prochain, à Dortmund, en Allemagne. Il sera couronné d’un meeting qui réunira plusieurs Guinéens de la diaspora notamment vivant dans ce pays d’Europe. Mais avant, la présidente de l’APC s’est confiée à un journaliste de notre rédaction ce dimanche juillet 2024. Entretien exclusif !
LEREVELATEUR224.COM : Vous êtes journaliste guinéenne, vivant en Allemagne depuis des années. C’est qui Aissatou Chérif Baldé ?
AISSATOU CHERIF BALDE : Sur mon parcours, il y a beaucoup de choses à dire, mais je vais vous faire un petit résumé. Je suis de Kindia et j’y ai fait mon parcours scolaire avant de rentrer à l’université Gamal Abdel Nasser en 1995 où j’ai fait le Droit. J’ai obtenu ma licence en droit privé avant de me retrouver en Allemagne à l’université de Hambourg, après 4 mois de détention en Guinée à la maison centrale de Conakry, je fus condamnée à 18 mois de prison avec sursis en tant que leader des étudiants pour fait d’organisation de grève à l’université Gamal en 1996. Mon voyage a été rendu possible grâce à l’implication de l’OGDH avec feu Dr. Sow, Amnesty International Hamburg, SOS struggle of Students Hamburg, de l’organisation des étudiants boursiers de l’église protestante de l’Allemagne.
Une fois hors de mon pays, j’ai été boursière de la fondation Friedrich Ebert. J’ai commencé des études en sciences politiques en 1999 et suivi en l’an 2000 des cours de journalisme et sciences des communications à l’université de l’excellence à Hambourg. J’ai terminé mes études en 2005.
Alors, pendant mes études, j’ai travaillé comme rédactrice dans deux magazines renommés 1999-2005 (Afroskop et African Heritage).
Et toujours en tant qu’étudiante, j’ai par la suite, présidé l’organisation fédérale des étudiants boursiers de l’église protestante de l’Allemagne, avant d’être la Cofondatrice et membre de l’organisation pour l’intégration des étudiants étrangers à l’université de Hambourg en 2000-2004.
Au cours de la même période, j’ai fait office de chercheuse à l’institut de recherche sur les causes de guerres et conflits dans le monde à l’université de Hambourg. Mes recherches furent publiées dans le livre du prestigieux institut en question.
-1999 à 2005, Militante de première heure engagée (leadership) dans l’organisation des cercles associatifs de la communauté africaine en Allemagne comme Black Media, Black students of organizations in Hamburg.
04/2003 – 11/2003 stage à la cellule de communication du bureau de la culture de la région de Hambourg (Recherche, rédaction, organisation de conférences de presse, analyse des articles de presse)
09/2002 – 09/2003 recherche au Journal le monde diplomatique à Paris dans le cadre d’une étude comparative du journalisme français et allemand.
Et de 2006-2008, j’ai donné les cours de sciences politiques et des cours de la langue poular à la faculté des africanistes de l’université de Hambourg.
– (thèmes transition démocratique en Afrique occidentale, la compréhension africaine des droits de l’homme, l’histoire précoloniale africaine, la naissance des théories racistes et Enseignement de la langue Poular à l’université de Hambourg).
Entre 2006-2007, j’ai occupé les fonctions d’assistante en communication et de la coordination dans le cadre d’un projet axé sur le secteur éducationnel des quartiers défavorisés de la même ville auprès de l’institut hambourgeois IBA.
Autres Activités:
Je suis surtout la fondatrice et présidente de l’ONG Guinée Solidaire (une organisation qui a pour but, entre autres, l’intégration des Africains et Guinéens vivant en Allemagne, la lutte contre le racisme, la discrimination, faire des actions concrètes dans l’humanitaire en Guinée dans le domaine de l’Education et de la Santé, notamment avec un don de matériels à la Guinée, d’une valeur de 59 000 euros durant la période d’Ebola en Guinée en 2015).
Mais depuis 2008, j’assume le poste de Coordinatrice de Projets de lutte contre le Chômage, Case Management, Conseillère à l’emploi et au Chômage auprès de l’Agence Fédérale pour l’emploi en Allemagne.
Depuis 2019, je suis journaliste indépendante, propriétaire du site d’information www.african-panorama.com à Hambourg.

Vous avez annoncé le lancement de votre mouvement politique dénommé A.P.C (Alliance du peuple pour le changement). Que se cache-t-il derrière ce mouvement ?
Derrière ce mouvement se cache un groupe dynamique, ambitieux, amoureux de la Guinée, de l’Afrique et de ses peuples. Nos actions visent à convaincre les citoyens et les acteurs politiques (gouvernement, parlementaires, élus locaux) à s’engager sur les préoccupations du peuple.
Nous sommes un mouvement politique, un groupe avec une vision commune unificatrice, humaniste et un leadership partagé qui veut servir le peuple et non se servir de lui. Nous sommes dans une logique intentionnelle d’agir-ensemble, de revendication, de défense de l’intérêt supérieur de nos peuples.
Vous êtes journaliste de profession, vous décidez de faire de la politique. Pourquoi ce choix?
Oui certes, mais pas que, car je suis aussi juriste, politologue, conseillère en communication, géopolitique et politique de l’immigration.
Il faut noter que je n’ai pas choisi de m’engager en politique. Mais compte tenu de mon expérience, de mon vécu, et de la situation actuelle dramatique sociopolitique de notre pays, je me sens dans l’obligation de m’impliquer en politique, pour impacter positivement l’évolution sociopolitique et économique de notre nation. Faire de la politique n’est pas incompatible avec les différents métiers que l’on peut avoir.
Et d’ailleurs, la politique n’étant pas un métier, il faut impérativement apprendre un métier, l’exercer pour éviter de la professionnaliser. Car à mon avis, cette professionnalisation est contraire aux principes de la démocratie et je la perçois comme l’un des facteurs de la défiance à l’égard de la politique.
On ne peut pas vivre pour et de la politique. Surtout dans le contexte guinéen, car le risque de voir des imposteurs, médiocres, professionnels de la politique gérer l’État et le conduire à la ruine est énorme. Et c’est ce que nous vivons actuellement. D’où l’impérieuse nécessité de s’engager alors en politique, afin de montrer que l’on peut faire la politique autrement dans ce pays.
Pourquoi avoir choisi de lancer votre mouvement politique en dehors de la Guinée, précisément à Dortmund ?

C’est parce que la diaspora guinéenne constitue la 5ème région de la Guinée avec un impact économique, social et culturel très important. Elle a toujours joué un rôle primordial dans le processus de démocratisation de notre pays et a servi de rempart contre les pouvoirs répressifs qu’ont connu notre pays.
Nous avons choisi l’Allemagne, c’est parce que c’est une terre d’espoir et souvenez-vous que c’est ici que les allemands épris de justice, de paix et de liberté ont eu raison sur le nazisme.
L’Allemagne est pour nous donc, une source d’inspiration qui va nous permettre de gagner sur le pouvoir militaire despotique qui nous étouffe depuis bientôt trois ans.
Mieux, les Guinéens de la diaspora ont cette obligation de s’engager autrement dans des activités politiques transnationales. Le climat politique instable instauré par le pouvoir militaire despotique, nécessite l’engagement de la diaspora guinéenne en politique et de façon vertueuse.
Lors du lancement de votre mouvement le 10 août prochain, vous envisagez d’animer un meeting. La transition en Guinée sera-t-elle au centre des débats?
Il n’y aura pas de débat, mais nous enverrons un message fort à ces responsables de la transition politique torpillée qui ne veulent pas transiter. Et pourtant, ils doivent partir, pour permettre au processus de démocratisation de suivre son cours normal.
Vous attendez combien de Guinéens à ce meeting ?
Nous attendons trois guinéens, les anti-systèmes, les anti-collabos et les anti facho-ethnicistes
Votre mouvement va-t-il mener le combat à l’extérieur ou vous compter regagner Conakry très bientôt ?
La situation géographique n’a jamais été un handicap pour un combat politique. Ce qu’il faut retenir, l’APC se prépare à marcher sur la dictature guinéenne.
Quelles sont vos ambitions à la tête de l’A.P.C?
Vous savez, la Guinée a le désavantage, depuis déjà longtemps, de se présenter sous une physionomie de plus en plus inquiétante. Son contexte est en effet marqué par des déséquilibres aussi bien économiques (hausse des prix, déficit des comptes publics et extérieurs, gabegie, détournements de deniers publics, fermeture en cascade d’entreprises nationales, difficultés d’accès au financement et aux marchés publics pour les PME/PMI, etc.) que sociaux (chômage persistant des jeunes, pauvreté galopante dans les zones périurbaines et rurales, insécurité, situation précaire des femmes et des retraités, grèves cycliques dans le secteur de l’enseignement, faible prise en charge de l’économie populaire et informelle dans les politiques publiques, etc.).
Nous voulons alors relever ces défis et préoccupations majeurs qui n’ont pas encore trouvé de réponses satisfaisantes aux yeux de nos compatriotes.
Et cela passe par une gouvernance vertueuse, permettant une prise en charge efficace de la lutte contre la précarité, la corruption, l’impunité, les vulnérabilités et les injustices sociales, l’ethnisme politique, les violations graves des droits de l’homme, l’immigration mortelle, afin de léguer à la future génération, une Guinée dans la prospérité et la solidarité, qui passe forcément par la transformation sociale, économique et structurelle et qui s’articule autour de l’unité nationale, la démocratie et la bonne gouvernance pour une économie durable et dynamique. Et nous avons tout ce qu’il nous faut dans notre univers pour réaliser ces ambitions.
Nous devons juste apprendre à être exigeant avec nous-mêmes et mettre les hommes et femmes qu’il faut à la place qu’il faut.
Certes, les efforts à faire et les sacrifices à consentir peuvent donc paraître abyssaux, mais notre ferme détermination est à la mesure de ce périmètre que l’on peut déjà circonscrire par la déclinaison des divers supports qui en constituent l’ossature.
Entretien réalisé par Alpha Madiou BAH.
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