C’est une page peu connue de l’histoire de la marche démocratique et de la liberté de la presse en Guinée qu’a révélée l’ancien ministre de la Sécurité et de la protection civile, Dr. Sékou Koureissy Condé sur West Africa TV jeudi dernier. Il s’agit de l’incident qui avait éclaté à l’époque entre son département et le célèbre journal d’alors Le Lynx.
Tout est parti d’un voyage au Libéria, alors que ce pays était en guerre. A l’époque, se souvient l’ex-ministre de la sécurité et de la protection civile, le traitement de l’information était trop sensible. Néanmoins, en se déplaçant, Dr. Sékou Koureissy Condé s’est fait accompagner par des journalistes de la presse privée. De retour en Guinée, il a dû constater la fuite d’une information considérée selon lui comme étant ultra sensible, sur Le Lynx. Ce qui aurait irrité les autorités d’alors.
‘’Moi, j’étais ministre de la Sécurité à un moment où il y avait la guerre au Libéria et en Sierra Leone. Donc, l’information, le traitement de l’information était trop sensible, ultra sensible. J’ai eu le tort, ou peut-être le bien, de me faire accompagner par des journalistes de la presse privée. J’étais le premier, même visuellement, à ce que je sache, à l’époque, à se faire accompagner par des journalistes de la presse privée. A notre retour, scandale. Les conversations confidentielles dans les couloirs, avant que le ministre et le président Charles Taylor ne finissent l’entretien, ceux qui attendaient dans les couloirs échangeaient et partageaient avec des journalistes. Arrivé à Conakry, le contenu de ces conversations a été publié’’, a-t-il rappelé, assurant que la réaction du Gouvernement d’alors a été plutôt stratégique.
‘’Nous, nous sommes intervenus d’une autre manière. Au lieu d’interpeller, au lieu d’arrêter ou de retirer, on est partis prendre l’ordinateur. C’était Le Lynx. C’était le journal, le célèbre journal Le Lynx, à l’époque. Alors, toute la presse, tous les médias… qui perturbaient.
Alors, contrairement à ce que les gens pensent, ceux qui sont au pouvoir sont des humains aussi. C’est-à-dire, qu’ils ont des côtés de plaisir et de joie que les autres ne voient pas, forcément. Alors, lorsque l’on a saisi l’ordinateur, il y avait une sorte de levée de bouclier. Tout le monde le suit. Alors, il y a eu une réaction qui nous a surpris. Nous étions en réunion de cabinet un matin et je reçois un appel, je regarde le téléphone. C’était le doyen Souleymane Diallo. Souleymane Diallo, le fondateur de Lynx, le journal le Lynx. Alors, il m’appelle et puis j’ai mis sur haut-parleur. Je suis en réunion de cabinet, ça ne fait rien, je vous ai mis sur haut-parleur. Ça vous convient ? Oui, non, il n’y a pas de problème. Je voudrais que vous me receviez, monsieur le ministre. Il n’y a pas de problème, grand frère. Vous pouvez venir.
Alors, il est venu. Séance tenante, il nous a trouvés. Et puis, on lui donne la parole. Il dit, écoutez, nous sommes dans une situation qu’on appelle bras de fer. Est-ce que vous êtes d’accord ? Je dis, mais c’est la presse qui le dit. Il dit, oui, c’est ça, le bras de fer, entre les médias et l’État. Il dit, en décomposant ce concept, il y a deux parties : Il y a le bras, et puis il y a le fer. Donc, monsieur le ministre, attention, nous, nous sommes le bras. Vous, vous représentez le fer. Si vous continuez comme ça, vous allez casser le bras. Et c’est votre bras.
Pourquoi je dis ça ? Parce que l’approche était tellement terre à terre, était tellement annonciatrice de bonne volonté et de bonne foi, que ça conduit à la négociation et à la facilitation. Ainsi, j’ai informé le Premier ministre et le président de la République sur le contenu des échanges que je viens d’avoir avec M. Souleymane Diallo. C’est incitant. Des décisions ont été prises. Lui, en tant que garantie, facilite tout le reste. Alors, dites-lui ce qu’il y a à faire et ce qu’il ne faudrait pas faire, et nous, nous allons faire ce que lui demande. Cela a été fait. Je vous dis que cela a été fait. Mais ce n’est pas tout. Cela a été respecté. Tous les engagements personnels du doyen Souleymane Diallo ont été respectés. N’accusez pas quelqu’un. N’insultez pas quelqu’un. Ne faites pas d’enquête de manière à être présenté comme des machines de déboulonnage des personnes publiques ou privées. De notre côté, nous respectons votre droit à l’information, au partage de l’information et à l’éducation. Voilà un peu l’éthique et la déontologie’’, a-t-il raconté dans l’émission Droit de Savoir.
Un parallèle avec la situation actuelle des médias…
‘’Ce qui se passe aujourd’hui, encore une fois, demande la négociation. Il faut tout faire pour éviter, que vous soyez citoyen simple ou journaliste, que nous soyons dans une posture qui dit «là, personne ne peut quelque chose contre moi, rien ne pourrait m’arriver.» Non. Même l’État ne doit pas dire ça. Même ceux qui gouvernent ne doivent pas dire ça. À plus forte raison un citoyen, qu’il soit leader d’un grand parti politique ou d’un autre grand parti politique, devant le chef de l’État, vous êtes un simple citoyen. Quel que soit le directeur d’une radio ou d’une télévision, devant le chef de l’État, vous êtes un simple citoyen. Mais entre vous, il y a l’État, il y a les institutions.
Donc, nous sommes à un tournant qui demande pour le rétablissement des droits des radios et télés suspendus ou avec licences retirées que nous revenons à la table de négociation pour d’abord déconstruire le doute et le manque de confiance et rétablir les éléments constitutifs de la confiance pour que le travail puisse continuer normalement’’, a-t-il invité.
Gnama KABA, pour Lerevelateur224.com.
