Dans les années 70, les revenus de la majorité des populations guinéennes provenaient des activités locales.
Notre pays est l’un des États africains les plus riches en matière de ressources naturelles mais malheureusement, nous avons un IDH (indice du développement humain) très faible, ce qui nous place parmi les pays les plus pauvres sur la planète, conséquence directe de la mauvaise gouvernance.
Selon plusieurs experts, nous sommes est un scandale géologique, la bauxite, le fer et l’or se trouvent en abondance chez nous mais la mauvaise répartition de ces ressources exploitées par des grandes entreprises chinoises, russes, françaises a fait fuir tous les jeunes du pays. Tout le monde voudrait abandonner le pays mais la raison est simple, les richesses nationales sont détenues par un groupe de personnes (dirigeants).
Si la mine reste le pivot central pour le modèle économique de notre pays selon la littérature mais force est de croire que le salut de notre décollage économique viendrait de l’agriculture car nous avons plus 6 000 000 de terres fertiles.
En 2021, si ma mémoire m’est fidèle encore, l’US Geological Survey avait publié dans une revue que la Guinée était la première réserve mondiale de bauxite avec 24, 9 %.
Certes, l’abondance en Guinée de ressources naturelles ne doit pas être une condition quasiment suffisante pour transformer ce pays en une économie stable pouvant déclencher une croissance économique plus inclusive.
En regardant la sphère de la productivité des entreprises minières implantées à Boké, Lèro et Siguiri et les conditions terribles dans lesquelles les habitants de ces zones traversent, on se demande très souvent si notre État ne souffrait pas de myopie.
Ce secteur minier est longtemps utilisé par nos dirigeants pour servir la classe bourgeoise au détriment des ouvriers et enclavé l’économie nationale en forgeant que peu d’espoirs au développement inclusif. Il suffit juste de feuilleter le contrat du projet Simandou pour se situer.
Certes, le code minier guinéen est littéralement très riche mais les textes qui s’y trouvent sont orphelins en terme d’application. Ce qui fait de ce code un manuel obsolète, un instrument permettant aux responsables du secteur minier de s’enrichir illicitement sous le regard coupable de notre appareil judiciaire.
Aujourd’hui, la préfecture de Boké est menacée de disparaître un jour par une extraordinaire exploitation minière dont aucune mesure sanitaire ou environnementale n’est respectée par ces sociétés minières.
La santé des habitants est menacée, l’environnement est dégradé par une forte pollution, le vivre-ensemble est menacé par une guerre d’intérêt personnel.
La localité de Bourré dans la préfecture de Siguiri est sur le point de disparaître si cet État aveugle ne réagit pas à temps, les terres cultivables sont détruites par les séquelles de la production minière, l’élevage est menacé dans sa chair, le niveau de scolarisation des enfants décroît de manière exponentielle, l’eau que les populations consomment n’est plus limpide et le taux du banditisme a augmenté.
Très peu d’emplois qualifiés ont été proposé par ces entreprises aux autochtones, la corruption généralisée au sein de ce secteur se développe du jour au lendemain.
Il est temps que l’on puisse veiller à l’applicabilité des textes du code guinéen afin de se rassurer d’une gestion minière plus moderne, plus saine et plus favorable au bien-être des citoyens.
Notre terre est fertile, une agriculture moderne et adaptable à notre situation géographique et climatique est incontournable pour une croissance économique stable pouvant séduire un développement durable et inclusif.
Croire que la mine est la seule voie pouvant extirper la Guinée de la pauvreté est insuffisant, au contraire croire que l’avenir de la Guinée réside dans le secteur agricole est excellent.
Dans les années 60, la Société Agricole de Guinée (SOAGRI) s’est fixée pour objectif la production de 50 000 tonnes de riz par an et 300 000 tonnes de soja par an pour une autosuffisance alimentaire et une stabilité économique. Un objectif qui a été atteint grâce à la clairvoyance du président Ahmed Sékou Touré.
Son gouvernement avait investi à l’époque plus de 171 000 000 $ dans le projet d’instauration d’une riziculture sur 5 600 ha pour produire 44 800 tonnes par an dans la région de Kankan grâce à une bonne politique agricole du président AST.
Avec l’évolution de la technologie et les nouvelles techniques de production agricole, notre gouvernement pourrait combler le déficit alimentaire à travers un modèle agricole plus adapté.
Si le gouvernement de la révolution l’avait fait contre vents et marées sachant que la nouvelle technologie n’était pas assez développée, rien n’empêchera alors les gouvernants actuels de mieux faire en sortant de la guerre d’image pour être beaucoup plus pragmatiques et objectifs. Nous devons sortir du populisme vert pour poser des jalons solides à travers des actes réalistes et concrets. La refondation verte, d’ailleurs la plus ambitieuse mission prônée par le ministère de l’agriculture et de l’élevage doit être une réalité, la marmite du citoyen lambda doit sentir le goût du changement mais force est de croire que le panier de la ménagère est dépressif en ce moment malgré tous ces efforts que nous voyons à travers les réseaux sociaux.
Bref, pour une autosuffisance alimentaire, le chemin sera très long mais l’objectif peut être atteint si nous acceptons de travailler concrètement.
Dr. Karamo Kaba
Écrivain Auteur Consultant S/M Spécialiste en Gestion des hôpitaux et services de santé.
