Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour m’avoir donné la parole afin que je donne mon point de vue sur la situation actuelle. Pour revenir à la question, à mon avis il est trop tôt de faire un bilan même si beaucoup de gens estiment qu’on doit faire le bilan maintenant et le PM lui-même a fait son propre bilan à l’Assemblée nationale. Mais, moi j’estime que le fond du problème c’est comment sortir de la crise. C’est ce qui est fondamental. Ce n’est pas en donnant de l’eau, de l’électricité et du téléphone aux guinéens qui va changer la situation. La sortie de crise est vraiment beaucoup plus compliquée. Je suis navré que les Guinéens eux-mêmes ne prennent pas conscience de ce problème.
Maintenant vous avez touché du doigt au problème. On sait très bien que la crise est due à la mal gouvernance. Beaucoup de choses se sont mal passées ici. Des dépenses inconsidérées, des détournements, la mauvaise gestion, des dépenses hors budget. C’est donc toutes ces choses qui ont fait que le gouvernement ne pouvait plus s’en sortir puisque l’inflation augmentait du jour au jour et la valeur de la monnaie a baissé et ce sont ces facteurs qui ont déclenché la crise. Mais, curieusement, aujourd’hui on fait comme si les Guinéens se sont révoltés simplement parce qu’il n’y avait pas d’eau, d’électricité. Pas de riz. Il est vrai que c’est la goûte d’eau qui a débordé le vase, mais, en réalité, le fond du problème reste et je crois que jusqu’à présent on ne sait pas attaquer au fond du problème. Puisqu’on n’a même pas changé les responsables de toute cette mauvaise gestion. Ce ne sont pas les Ministres qui sont les vrais responsables. Ce sont des directeurs généraux, des secrétaires généraux qui sont encore là. Ce sont donc ces facteurs qu’il fallait reprendre et réorganiser.
C’est d’abord mettre en place des reformes importantes pour réorganiser la gestion du pays. Et jusque-là, on n’a pas vu ça encore. On n’a pas vu vraiment créer des organismes importants pour réorganiser l’Administration. Il n’y a aucune création nouvelle. Aucune organisation nouvelle. Deuxième chose c’est que comme je l’ai dit tantôt les responsables de ces dérapages n’ont pas encore été changés, les fautifs n’ont plus n’ont pas été sanctionnés. On n’a pas aussi les nouvelles des audits. Or, il fallait d’abord avoir les résultats des audits pour voir ce qui a été fait. Corriger ce qui ne va et sanctionner ceux qui ont fauté et à partir de là, on peut faire des programmes.
Si les audits sont faits, ils doivent être publiés pour que tout le monde sache ce qui a été fait et à partir de là, on peut dire quelque chose. Par exemple, l’audit présente quelque chose qui ne va pas. S’il y a eu des détournements par exemple on sanctionne ceux qui ont détourné. S’il y a eu des mauvaises dépenses, on les corrige, s’il y a eu mauvais contrôle on remet les contrôles. Le rôle de l’audit c’est de changer ce qui ne va pas et de faire des réformes pour changer le système. Et c’est ce qui n’a pas été fait encore. C’est la raison pour laquelle j’ai dit que l’on ne doit pas faire pour le moment le bilan du Premier Ministre.
A mon avis ce n’est pas l’unique solution de sortie de crise. Vous savez dans la coopération internationale, les partenaires ont leur conditionnalité. Ils nous verseront de l’argent si nous remplissons ces conditions. Et si ces conditions ne sont pas remplies on se retrouvera dans la même situation qu’au départ. C’est pourquoi, j’ai dit que l’on fait des mouvements pour rien parce que si on n’arrive pas à résoudre les problèmes de fond ça ne sert à rien de résoudre quelques problèmes à droite ou à gauche.
D’abord on a commis une erreur fondamentale en décrétant que ce sont les syndicats et la société civile qui doivent faire maintenant la politique. Or, ce n’est pas de leur ressort, ils ne sont pas des politiciens. Ils ne sont pas qualifiés pour çà et naturellement il y a eu des problèmes. La première erreur c’est de ne pas donner au Premier Ministre les moyens de sa politique. C’est pourquoi, aujourd’hui le président bloque tout. Il ne signe pas les décrets. Et si on était associé on aurait fait de telle sorte que le Premier Ministre, Chef de gouvernement ait les prérogatives de signer les décrets pour qu’il soit indépendant du Président Lansana Conté. On connaît le Président, on sait comment il travaille, il ne change pas. La bagarre qu’il y a eu c’est pour qu’il nomme quelqu’un qu’il doit laisser travailler tranquillement. Et puisque ce n’est pas le cas, les décrets sont bloqués. Le système est donc bloqué. On a l’impression que les choses bougent, mais en réalité on s’enfonce et après ça va éclater encore.
Vous savez le président n’aime pas les opposants. Il le dit lui-même. Raison pour laquelle il n’a jamais accepté de nous recevoir. Ce n’est vraiment pas maintenant qu’il a des problèmes qu’on va nous battre pour qu’il nous reçoive. En outre, je ne vois pas ce qu’on va lui dire. La seule chose qu’on va lui dire c’est de le demander de se retirer de la politique courante et de laisser le PM travailler. C’est tout. Un autre problème et non des moindres c’est que les hommes politiques aussi ne s’entendent pas, sinon on aurait trouvé quelqu’un pour dire c’est celui-ci que nous soutenons et peut être les choses auraient changé. Mais, il y a eu des rivalités entre nous qui ont fait que nous sommes restés tranquilles dans le coin et aujourd’hui c’est le prix qu’on paye.
Oui, effectivement je suis dans cette trajectoire. J’essaie aujourd’hui de me mettre au dessus de la mêlée et de rassembler ceux qui ont à peu près les mêmes conceptions et les mêmes idées que nous. On essaye donc de le faire et même de montrer l’exemple en proposant Cellou au poste de Président du Parti et moi je deviens Président d’honneur pour superviser tout cela et de façon à ce qu’on puisse faire pour avoir un grand regroupement entre UFDG et UPR. Ensuite, je vais essayer de contacter les autres partis politiques.
C’est bien vrai. L’UPR a essayé de brouiller les cartes alors que moi je voulais qu’on ait un accord tous ensemble et qu’on puisse lui proposer quelque chose dans le cadre de la nouvelle réorganisation. Mais, l’UPR a voulu faire cavalier seul en lui proposant un poste alors que moi ce que je voulais qu’il soit président de l’UPR ou de l’UFDG qu’on puisse nous réorganiser pour faire un ensemble cohérent pour fonctionner normalement mais ils ne l’on pas voulu. Ils ont préféré agir seul en lui faisant une proposition qui, évidemment n’était pas acceptable puisque le président d’honneur ne signifie rien. D’après leur propre définition, ils disent que c’est le président du parti qui va lui donner des missions de temps en temps. Or, une mission d’orientation c’est quelqu’un qui est là et qui donne des orientations et la conception et l’exécution se fait à notre niveau. Donc, nous n’avons pas pensé que c’est une bonne chose. Et Cellou n’a pas accepté cette proposition. Nous continuons quand même la discussion avec l’UPR pour voir s’ils peuvent revenir sur cette proposition pour qu’on ait un ensemble plus cohérent.
Bien sûr que oui, Cellou n’a pas accepté la proposition. Nous aussi, nous ne voulons pas officialiser sa venue à l’UFDG tant que nous n’avons pas discuté avec l’UPR pour voir si nous pouvons harmoniser nos points. Nous estimons qu’une alliance UPR-UFDG est une bonne chose, même si au fond l’idée n’est pas de créer un parti unique. Nous sommes deux partis alliés, mais qu’on dresse des listes communes aux législatives et c’est ce qu’on va essayer d’obtenir. Si nous sommes d’accord sur çà, à mon avis le problème sera réglé.
Vous savez, cette affirmation c’est la grande mode en Guinée. Les Peuhls au fond ont toujours été victimes de cette idée depuis Sékou Touré quand il a traité les Peulhs de racistes alors qu’il les a exclus. Quand un président dit à toute une ethnie vous êtes des racistes c’est grave. Dans tous les pays du monde c’est ce qu’on appelle la xénophobie. En outre, on a pris l’habitude de taxer de raciste à chaque fois que les Peulhs veulent se regrouper. Mais, au fond, quand vous regardez les partis politiques aujourd’hui quel est ce parti qui ne regorge pas au niveau des instances de décisions des peulhs où, ils ne sont pas nombreux ? A commencer par le PUP. Il était dirigé par un Peulh. Chez Sidya, Alpha Condé ils sont partout. Pour preuve au niveau de l’UFR son représentant à Paris et à New York sont des Peulhs. Mais, jusqu’à présent on n’a pas vu des Soussous responsables dans un parti peulh. Moi, je dis que ce n’est rien du tout. Vous savez le Foutah était une Nation alors que la Guinée n’était pas une Nation. Le Foutah était bien organisé. Il avait une langue, un territoire, une coutume, une armée et une constitution. Et aujourd’hui qu’on puisse les dénier de çà, ce n’est pas normal. Alors, moi ça ne me gène pas du tout qu’on dise que les partis sont ethniques, parce qu’un parti ethnique ça veut dire que tu n’admets qu’une seule ethnie alors que ce n’est pas vrai. Nos partis ne comportent pas seulement une seule ethnie, si vous voulez c’est peut-être à dominance ethnique. Quand on voit le PUP, il est entrain de se regrouper en Basse-Guinée, le RPG en Haute-Guinée et nous, nous sommes en Moyenne Guinée. Il faut donc apprendre des choses : on est différent. On n’a pas les mêmes langues, les mêmes coutumes. Puisque nous sommes pour le pluralisme c’est normal qu’il y ait des ethnies. C’est plusieurs ethnies qui se regroupent pour faire une Nation. Donc, que les gens se regroupent entre eux en famille ça n’a rien d’anormal. Pourvu qu’on ne dise pas pour être membre de ce parti il faut absolument être peulh.
Non, ce n’est pas comme ça. Nous avons décidé de surseoir à tout le processus parce que la CENI n’est pas implantée. C’est une façon de contraindre le président pour signer le décret de création de la CENI. A présent la liste des membres de la CENI est déposée, le décret est déposé auprès du président depuis une semaine et nous estimons qu’il faut une certaine pression pour qu’il signe ce décret. Pour qu’on puisse démarrer le processus. Et s’il ne signe pas le décret nous estimons qu’il n’est pas prêt pour que les élections soient organisées. Dans ce cas, tout le monde saura que c’est lui qui refuse qu’il y ait des élections. C’est justement ce que nous reprochons au Premier Ministre le fait qu’il n’a pas voulu dire clairement qu’il a des problèmes avec le Président. Et nous, nous voulons que ça soit clair. Qu’on sache que le Président refuse de signer les décrets alors qu’il n’a pas le droit de bloquer le décret sur la CENI puisque ce n’est pas lui qui désigne les membres, il ne fait que signer pour officialiser la liste. S’il refuse cela ce n’est pas normal et il faut qu’on dénonce cela pour qu’on sache que c’est lui qui bloque le système aujourd’hui.
Vous savez les jeunes commencent à prendre conscience de leur force. Mais, je précise que les jeunes qui parlent comme ça ce ne sont pas eux qui ont fait le mouvement quand on regarde les films, ce n’est pas la même jeunesse. Cette jeunesse là ne faisait rien, elle profitait de tout. Ils étaient dans leur université à droite, à gauche. Ce sont ceux-là qui veulent s’attribuer cela. Je suis tout à fait d’accord que les jeunes se lèvent, mais j’estime qu’à partir de 35-40 ans ce n’est plus la jeunesse, c’est une courte période. Et puis, j’ai trouvé tout à fait anormal que le gouvernement verse de l’argent à un groupe de jeunes. C’est illégal. Il ne représente rien. Si c’était une ONG organisée on peut les accompagner, les assister dans leur mission. Dans les partis politiques nous avons des jeunes qui sont mobilisés, qui sont là, mais on ne les consulte pas. C’est mensonger, ils ne représentent pas toute la jeunesse. Nous sommes pour le multipartisme et pour les jeunes. C’est la même chose nous sommes d’accord qu’il y a plusieurs associations de jeunesse et non le monopole pourvu qu’ils aient des objectifs précis. Vouloir donc avoir une seule association de jeunesse unique ce n’est pas normal. Il faudrait qu’ils soient diversifiés, pluriels et avoir des objectifs clairs.
Je crois que dans ce pays il va falloir qu’on traite les problèmes comme il faut. Il y a beaucoup de rumeurs, beaucoup d’approximations. Les Guinéens ne respectent vraiment pas ce qu’on appelle la loi. Il faut qu’on respecte la loi. Nous ne devons pas faire seulement ce qu’on aime ou ce qu’on a envie de faire. Il faut faire ce qui est normal, ce qui est réglementaire et pas seulement ce qu’on a envie de faire. Ce pays à ce problème fondamental. Ce qu’on appelle état de droit, ça n’intéresse pas beaucoup. Il faut qu’on sache que ce n’est pas par des manifestations violentes qu’on peut obtenir ce qu’on veut. L’Etat aussi n’est pas permis de faire du n’importe quoi et ne doit pas céder à n’importe quoi. Ce n’est pas parce que les gens disent qu’ils veulent du riz et qu’on va leur donner du riz à Conakry pour avoir la paix, alors que le reste du pays n’a rien. Distribuer du riz, du courant, de l’eau dans les quartiers de Conakry, ça ne résout pas le problème des Guinéens. Il faut qu’on sache que nous devons résoudre les problèmes des Guinéens dans leur ensemble et pas seulement à Conakry.
Transmis par Dr ALIOU BAH
