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Le principe de redévabilité du pouvoir dans la charte de Kouroukanfouga ( charte du Mandén)

20 juillet 2023

Dans la tradition en général et au Mandén en particulier, rendre compte est une obligation ; c’est le fondement de la confiance et l’assurance du fonctionnement « démocratique » des institutions traditionnelles. Le point d’honneur du chef, l’élu à la tête du pays, est de rendre compte à son peuple ; et le peuple aussi lui rend compte. L’un des principes lié à l’exercice de la responsabilité, du pouvoir et de toute mission confiée est la redevabilité. Le chef est redevable au peuple tout comme le peuple l’est au chef.

L’article 129 de la charte du Mandén portant le Mandén kolagnonkorognonya (la gouvernance du Mandén fondé sur la « concertation ») montre l’importance de ce principe : Kolagnokorognoya est un concept qui fait obligation de faire connaître, de rendre compte des actes que l’on pose en matière de gouvernance de la cité, et du pays à niveau utile. (Charte du Mandén selon Soulemana Kanté version écrite en N’ko).

Soundiata déclare que la communication, les échanges de point de vue ainsi que la circulation de l’information sont d’un intérêt primordial pour la nation. Il convient que tous les habitants du Mandén soient au courant des informations essentielles : il faut que les régions (kafobolonw), les chefs-lieux, les gros et petits villages soient en contact permanent entre eux.

Afin d’organiser convenablement la circulation de l’information et gestion de l’information, des échanges de points de vue sur les questions mineures s’établissaient lors des « gnon yé », réunion ordinaire entre gens de la même famille, chef de famille et membres de la famille, entre mari et femme, entre père et enfants, entre les enfants, entre épouses, ainsi qu’entre l’étranger et son logeur, entre familles proches, entre familles du même quartier chez le chef du quartier.

Les échanges de vues sur les questions de moyenne importance se faisaient dans le cadre des assemblées (ladiè wala ladê) entre gens du même village, niveau chef de clan chez le « chef de village »; entre classe d’âge chez leur « chef de kari », entre adultes chez leur chef également, entre hommes de religion chez l’imam.

Les échanges de vues sur les questions de grande importance avaient lieu lors de rencontres (gnongonbèn) à l’intérieur d’un même kafo (État) entre les différentes instituons traditionnelles, comme les conseil des sages niveau kafobolonw, l’association des chasseurs (?), etc. Les échanges de vues sur les questions d’importance fédérale avaient lieu lors de la session annuelle de l’assemblée fédérale à Nianiba, (aujourd’hui en Guinée) où les représentants de tous les kafobolonw et kafo se retrouvaient chez l’empereur lui même.

Au Mandén, la succession au trône était héréditaire tout comme chez les Mossi (cas du Naaba) tous les princes avaient accès au pouvoir (Kéita, Konaté, Ouédraogo, Sylla, Cissé etc.) : mais c’était par droit d’aînesse. Par conséquent, tous les garçons étaient éduqués en ce sens dès leur tendre enfance à l’âge adulte (le comportement moral, l’intégrité, le courage entre autres étaient mis à l’épreuve) ; ils étaient considérés comme fin prêts pour exercer le pouvoir dès qu’ils remplissaient ces conditions. À la mort de son père, Soundiata Keïta a été recommandé par les devins pour occuper le trône à la place de Dankarantouma, son grand frère. Mais les anciens ont rejeté cette possibilité parce qu’ils ne pourraient pas rendre compte d’une telle entorse au droit d’aînesse. Ils sont redevables au peuple et ne sauront quelle explication donner pour cette entorse. (Le fils de Sogolon Koné, Soundiata était paralysé des deux jambes. Par la suite, l’histoire a donné raison aux devins : le grand frère a été chassé du pouvoir par l’empereur du Sosso Soumaoro Kanté qui s’est réfugié du côté de la forêt à Kissidougou (Guinée Conakry).

Si le chef ou le responsable sait qu’il doit rendre compte, il va bien travailler et il se ravisera toujours en cas de mauvaise tentation. Il se préparera toujours à cela. S’il n’y a pas de compte rendu, ça veut dire que le principe du « Gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple » est faux.

Sélection Khalil Kaba

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