L’inflation qu’à connue la Guinée en 2022, estimée à 5,3% devrait se poursuivre en 2023, à un rythme toujours soutenu, supérieur à 4%. Pourtant, les pouvoirs publics tablent sur une légère hausse du pouvoir d’achat des Guinéens cette année, de l’ordre de 1%, à rebours des anticipations de la plupart des économistes. Pourquoi un tel optimisme ? Selon le Ministère de l’Economie des finances, plusieurs aides votées par le CNT l’an dernier devraient booster le budget des ménages. On fait le point :
- Pour plus de revenus
C’est la loi des finances 2022 que sont apparues les premières mesures censées redonner un peu d’air au porte-monnaie des Guinéens, avec le vote de la loi des finances et d’une premières loi budgétaire rectificative. Objectif, permettre aux actifs de percevoir davantage de revenus et revaloriser les pensions et allocations versées aux inactifs. Entrées en vigueur en 2022, elles continueront à produire leurs effets en 2023. - Pour les salariés Guinéens
Depuis le 1er janvier 2022, les salariés n’ont pas bénéficiés d’un plafond d’exonération des heures de travail des Impôts. Certes, ces dispositifs ne sont pas des droits acquis pour les salariés, ils ne peuvent pas être imposés aux employeurs. Mais les pouvoirs publics ont pris des mesures à leur attention pour leur inciter à y recourir, en leur accordant notamment de nouveaux allègements de charges sociales. Le plancher des cotisations de sécurité sociale fixé à 440 000 s’élève à 550 000 GNF à compter de 2022. Le taux de calcul des cotisations de la sécurité sociale, l’ensemble des branches est fixé à 23% de la masse salariale. - Pour les fonctionnaires Guinéens
Pour faire face à l’inflation galopante, le point d’indice de la fonction publique a été revalorisé de 3,5% en 2022. Soit la plus forte revalorisation enregistrée depuis 37 ans (1985). Grâce à elle, les 700 000 agents qui étaient rémunérés au niveau du smic guinéen, sont désormais rémunérés légèrement au-dessus, un professeur des écoles avec sept ans d’anciennes perçoit 774 000 GNF de revenus de plus par an, un gardien de la paix avec 15 ans d’ancienneté 822 000 GNF de plus, un infirmier-anesthésiste avec 8 ans d’ancienneté 1 093 000 GNF de plus, etc…
Enfin, les rémunérations des agents de la fonction publique restent un grand problème en Guinée. Les rémunérations perçues par les agents de catégories B en début de carrière ont été revalorisées, et certaines professions ont bénéficié de revalorisations salariales prévues par la santé. - Pour les retraités Guinéens
Les pensions de retraite de base c’est-à-dire les pensions d’invalidité ont été revalorisées de 4% en 2022, après la hausse de 1,1% intervenue. Ces hausses représentent un gain de pouvoir d’achat d’un peu plus de 70 000 GNF. Enfin, depuis 1er janvier 2023, les plafonds de ressources à respecter pour bénéficier d’une exonération de CNSS. Ce qui va permettre à davantage de retraités d’en profiter. - Pour tous les contribuables Guinéens
Depuis le 1er 2023, il est plus simple d’obtenir une baisse de votre taux de prélèvement à la source en cas de baisse de vos revenus. En Guinée, à l’instar du Mali, du Sénégal, le Niger, etc. les contribuables(gros, moyens, petits) appartiennent fondamentalement à deux secteurs de la vie économique nationale : d’un côté, le secteur moderne(respectant en grande partie ses obligations déclaratives) vise les grandes entreprises étrangères ou nationales soumises au régime du réel normal ou déclaratif et de l’autre le secteur dit informel( où les 99% des contribuables se livrant à toutes sortes d’activités frauduleuses sont illettrés ou analphabètes). Face à cette problématique de dualité entre secteur formel (où les techniques frauduleuses modernes sont apprises ou inventées par les sociétés multinationales pour échapper à l’impôt) et celui informel, où les agents économiques ne tiennent pas de comptabilité pendant qu’ils brassent des milliards de nos francs non soumis à la taxation ou soumis à une taxation forfaitaire ; alors comment l’administration pourrait avoir une visibilité claire sur cette situation et en tirer meilleur parti. Donc cela va nous conduire sur les difficultés inhérentes au niveau d’instruction des contribuables d’avec toutes ces conséquences fâcheuses en matière fiscale. En tout état de cause, l’administration fiscale ne doit pas baisser les bras pour que l’incivisme fiscal d’antan réapparaisse dans le système fiscal guinéen d’autant plus que l’objectif recherché aujourd’hui par tous les systèmes fiscaux est de promouvoir le système déclaratif des droits et taxes.
Dr BAH ALIOU, Inspecteur Principal des Impôts.