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Élevage : les aviculteurs demandent une protection et l’interdiction de l’importation du poulet congelé en Guinée

11 juillet 2023

En Guinée, le secteur avicole est laissé pour compte. Malgré l’existence d’une centaine d’entrepreneurs aviculteurs, ces derniers ne bénéficient nullement d’une protection de l’Etat guinéen. C’est pourquoi, ils ont décidé de mettre en place une association, afin d’amener le Gouvernement à protéger leur secteur, pourvoyeur d’emplois.

Des poussins d’un jour

Rencontré lundi, 10 Juillet 2023, Alhousseny Diallo, Vice-président de l’association nationale des producteurs de viande de volailles de Guinée (APVG) et président de la commission éleveurs de volailles type chair à la confédération des organisations africaines pour le développement de l’aviculture (CADA), est revenu sur les difficultés que les aviculteurs rencontrent en Guinée. Pour lui, normalement, le pays ne devait en aucun cas à date, importer des poulets congelés.

‘’Je suis le Vice-président d’une association qui a été créée depuis 2018. Notre but est de voir comment promouvoir la production locale, en poulets de chaire. Mais depuis 2019, on peine à atteindre notre objectif, à cause des poulets importés. Normalement, la Guinée ne devait pas importer des poulets. Nous avons des professionnels qui sont engagés dans la production locale, des professionnels qui sont formés. D’ailleurs, je commence par remercier nos partenaires marocains qui nous ont aidés à former des centaines d’aviculteurs. Une formation spéciale à la technique de bonne conduite de l’élevage de poulets de chair’’, a-t-il indiqué.

Alsény Diallo.

Avant l’arrivée du CNRD au pouvoir, les aviculteurs avaient mené des démarches au niveau du Gouvernement, pour voir comment les autorités pouvaient les accompagner.

‘’Pour notre accompagnement, on ne demande pas de l’argent à l’Etat. Nous avons juste demandé la protection de notre secteur. Aujourd’hui, nous avons des Guinéens qui étaient à l’extérieur, qui ont décidé de rentrer en Guinée, qui ont investi des milliards, mais ils n’arrivent pas à produire. Nous prenons l’exemple des producteurs des poussins d’un jour. Nous avons une capacité qui surplus la demande en poussins d’un jour, même avec ça, on continue d’importer des poussins. Nous avons des aviculteurs qui sont prêts à produire localement le poulet de chair, mais jusqu’à présent, on continue d’importer le poulet de chair. Les poulets congelés, souvent, c’est des poulets qui ne sont même pas destinés à la consommation. C’est des poulets réformés, des poulets qui étaient destinés à la production des œufs, qui sont fatigués, arrivés à la reforme. Normalement, on doit les jeter, mais c’est ce poulet là qu’on transporte pour envoyer en Guinée’’, fait-il observer, ajoutant que c’est dans ce cadre que les aviculteurs ont décidé de mettre en place une association, pour essayer dit-il, de défendre les producteurs et la production locale.

‘’On ne défend pas seulement notre intérêt. Si nous prenons un exemple sur l’emploi, on peut avoir plus de 100 000 emplois directs et indirects dans ce secteur. Seulement les statistiques de 2022, la douane avait donné une statistique de 62 000 tonnes de viandes de volailles importées. Si nous produisons ça localement, nous avons plus de 60 000 emplois. Aujourd’hui, la Guinée est en train de former des chômeurs. Si vous prenez par exemple, l’institut vétérinaire de Dalaba, chaque année, il y a des sortants. Les écoles nationales de l’agriculture et de l’élevage, il y a une à Faranah aussi, dont les étudiants sortants ont besoin d’emplois’’, a mentionné Alsény Diallo.

Alsény Diallo, vice-président de l’association nationale des producteurs de viandes de volailles de Guinée.

Par ailleurs, le vice-président de l’association nationale des producteurs de viandes de volailles de Guinée estime que l’arrivée du CNRD au pouvoir a suscité de l’espoir chez les aviculteurs. Il assure avoir des contact avec le Ministère en charge de l’élevage, mais que ce département ne se bouge assez, pour les accompagner.

‘’Mais vraiment, on avait un espoir avec le CRND, mais pour le moment, on n’arrive pas à atteindre notre objectif. Nous avons des contacts avec le Ministère de l’Agriculture et de l’élevage. Mais ce qu’il faut savoir, ce n’est pas seulement la parole, il faut qu’il y ait des actes aussi. Nous entrepreneurs qui sommes dans le secteur, à chaque fois qu’on leur rencontre, on ne leur demande que de la protection. Nous, nous sommes des entrepreneurs, presqu’on n’a pas besoin que l’Etat nous donne de l’argent. Si nous avons besoin de l’argent, nous savons où aller demander. Les entreprises privées demandent souvent les banquiers, ou les institutions internationales, si nous avons besoin des grands investissements’’, ajoute-t-il, avant de préciser :

‘’Souvent on parle de la production du riz. Les plus grands producteurs au monde, ce n’est pas cela leur grande consommation. Vous prenez l’exemple de la chine et de l’Inde, ce sont les plus grands producteurs du riz. Mais est-ce que c’est leur denrée de première nécessité ? Non !

Si nous prenons des pays émergents comme les États-Unis, le Maroc, ils vont dire que ça, c’est des pays qui sont déjà partis loin. On peut prendre un exemple sur le Sénégal. Le 24 Octobre 2005, dans un contexte mondial marqué par la grippe aviaire, l’État avait décidé d’interdire les importations. La motivation était par le risque de contamination des élevages du pays par la grippe aviaire. La mesure ciblait les volailles, la viande, y compris les poussins d’un jour, c’est-à-dire, les poussins reproducteurs. Maintenant depuis cette interdiction, de 2005 jusqu’aujourd’hui, en 2018, ils sont arrivés à 60 000 emplois directs et indirects. Selon les données de la FAO, la production du poulet au Sénégal a pratiquement quadruplé depuis 2005, pour atteindre 114 200 tonnes en 2019, soit 7 kilos par an, par habitant. Ce n’est pas seulement le Sénégal qui a interdit l’importation. La même chose pour le Cameroun qui a aussi interdit pour protéger les producteurs locaux. La Côte d’Ivoire en 2016 aussi a surtaxé, le pays n’a pas interdit directement, mais plutôt surtaxé l’importation des poulets congelés à 1,5€ par kilo. Tout ça, pour faciliter la production locale et aider les producteurs à mieux produire et s’en sortir dans leur production. Même le Mali ici, on n’importe plus les poulets congelés. La viande de volaille est la viande la plus consommée au monde. Vous prenez l’exemple des Etats-Unis, ils ont atteint les 50 kilos par habitant par an. En Afrique ici, vous prenez l’Afrique du sud, le Maroc, la Tunisie et des pays que nous pensons être des pays émergents, en Afrique de l’Ouest, le Sénégal, le Mali, la côte d’ivoire, tous ceux-là, ont fait émerger la production locale du poulet de chair’’, précise-t-il, tout en déplorant ceci : ‘’C’est vraiment alarmant, un pays comme la Guinée, jusqu’à présent, qu’on continue d’importer du poulet congelé’’.

Dans la foulée de son intervention, et s’exprimant au nom des aviculteurs, notre interlocuteur a assuré qu’ils ne demandent que d’être protégés et écoutés. ‘’C’est pas un autre qui viendra développer le secteur, mais plutôt nous les producteurs qui sommes là. C’est nous qui pouvons créer l’emploi que nous voulons. Et, nous ne défendons pas notre intérêt, mais plutôt l’intérêt national’’, a lancé Alsény Diallo.

Selon lui, l’association nationale des producteurs de viandes de volailles de Guinée regroupe aujourd’hui en son sein une centaine de membres. Et assure-t-il, 90% de ces membres sont déjà formés, en spéciale technique de bonne conduite de l’élevage de poulets de chair.

‘’Nous avons un partenariat direct avec la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole au Maroc, et le Maroc a un partenariat avec les américains, qui financent l’accompagnement des aviculteurs en renforcement des capacités. Nous avons effectué des formations au Maroc, en Ligne aussi et, il y a des marocains qui sont venus nous former en Guinée’’, a-t-il conclu.

Madiou BAH

+224 629 882 628

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