A Monsieur Lansana Béa Diallo
Ministre de la Jeunesse et des Sports
Monsieur le Ministre,
Le 4 novembre 1998, devant 40 000 personnes au Stade du 28 septembre, vous avez défendu votre titre de Champion IBF (International Boxing Federation) contre Rob Bleakley.
Ce jour-là, le peuple de Guinée découvrit un jeune boxeur talentueux et combatif qui poussa son adversaire à l’abandon dès les premiers rounds du combat.
Le 2 octobre 2018, au même Stade du 28 septembre, vingt ans plus tard presque jour pour jour, le peuple de Guinée découvrait un autre visage, celui de Mamadi Doumbouya, commandant des Forces spéciales, lors du défilé militaire commémorant l’anniversaire de l’Indépendance nationale.
Je commence par rappeler ces deux dates pour montrer qu’il y a un étrange lien de filiation entre votre personnage public, celui du président de la Transition et le Stade du 28 septembre.
Monsieur le Ministre,
C’est avec surprise que je vous ai vu défiler lors du dernier conseil des ministres avec une cora sur laquelle était inscrit : “La Réconciliation nationale – CNRD”.
Doit-on comprendre que le CNRD est en guerre avec le reste de la Guinée ? Je sais que vous êtes de bonne volonté et que vous voulez bien faire, mais Monsieur le Ministre, le populisme ne réconcilie pas, le sport oui.
Imaginez si la victoire de notre équipe nationale de football contre l’Ethiopie par 2-0 s’était produite à Conakry.
Imaginez la joie, le bonheur et l’effervescence populaire que cela aurait procuré aux citoyens guinéens …
Monsieur le Ministre,
Votre nomination au ministère des Sports a suscité un double espoir pour la jeunesse et les sportifs guinéens :
- Parce que vous avez déjà prouvé par le passé vos capacités avec votre implication et vos réalisations à travers la Fondation Béa Diallo;
- Parce qu’en tant que champion du monde, vous étiez le meilleur ambassadeur pour le sport guinéen devant les instances internationales et au sein même du gouvernement.
Monsieur le Ministre,
Vous avez de la notoriété et de l’expérience politique en tant qu’ancien échevin et parlementaire en Belgique. Vous avez, de surcroît, la légitimité sportive en tant qu’ancien champion du monde.
Avec l’organisation de la CAN 2025 qui était prévue en Guinée, vous aviez de bonnes raisons d’imposer votre ambition et de dicter l’agenda budgétaire du gouvernement.
Monsieur le Ministre,
A une époque où les chantiers sont nombreux, votre ministère, quant à lui, est resté au stade des déclarations fracassantes, tonitruantes et mirobolantes qui finissent toutes par faire « pschitt ! »
Monsieur le Ministre,
Après le retrait sans surprise de l’organisation de la CAN à la Guinée, le peuple et le syli national méritaient mieux que des matchs à domicile exportés et tenus à l’étranger faute de stade homologué dans notre pays. Quel désenchantement et – n’ayons pas peur de le dire – quelle honte pour nous !
Monsieur le Ministre,
Faute d’événements sportifs et l’actualité du procès des massacres de 2009 aidant, le Stade du 28 septembre est devenu un simple tombeau à ciel ouvert, un lieu où le pire et l’abject se sont produits, le lieu de toutes nos haines et de nos divisions.
Monsieur le Ministre,
Il n’est pas encore trop tard pour marquer une deuxième fois le Stade du 28 septembre de votre empreinte, en le rénovant, en le , en lui rendant ses lettres de noblesse et son rôle principal : servir de lieu de divertissement où tous les Guinéens pourront se retrouver pour applaudir les couleurs nationales.
Voilà la réconciliation nationale ! Le sport réconcilie là où la politique divise.
Entrez dans l’Histoire en confirmant que Béa Diallo ministre est aussi combatif que Béa Diallo champion ou rendez votre tablier, retournez à Bruxelles et sombrez dans l’oubli.
Baba Thiam.

