Ainsi donc, selon le croque-mort militaire national, le colonel-major Sibiri Coulibaly – que son nom soit retenu et gravé dans les mémoires – les restes du capitaine Thomas Noël Isidore Sankara et de ses douze compagnons d’infortune seront inhumés le 23 février prochain là où ils ont été froidement liquidés par le capitaine Blaise Compaoré, c’est-à-dire au tristement célèbre « Conseil de l’Entente ».
Merci mon colonel d’avoir bien voulu porter l’information et espérons que lorsque le trépas viendra, vous et tous les membres de la commission qui avez pris cette choquante et extraordinaire décision, vous
y serez également inhumés. Qu’il en soit ainsi selon la volonté du Créateur de ce Monde, de ses anges comme de ses démons. Amen !
Cette décision nauséabonde et pour le moins controversée a été prise sans nullement le consentement de la famille Sankara qui ne voulait pas que leurs fils repose désormais dans les lieux cauchemardesques où il a été tué, bousillé serait le terme exact quand on revisite les circonstances de son décès.
Le colonel-major Coulibaly et ses « hommes de main » qui ont travaillé sur cette décision ont pris cette historique sentence après consultation de l’Armée – qui gagnerait à quitter le luxe et le lucre de la capitale pour aller là où elle est attendue, c’est-à-dire au Front -, des autorités coutumières et religieuses, des familles des victimes et sûrement leur propre conscience. Fort bien !
Les débats autour du lieu de cette inhumation tournaient autour du fait que Thomas Sankara n’appartient plus désormais à sa famille mais au Burkina, à l’Afrique et au monde entier. Ce qui est naturellement vrai du point de vue de son esprit, sa mémoire et le souvenir de tout ce qu’il a incarné pour l’émancipation de l’Afrique et des peuples. Dans ce sens Thomas Sankara appartient à tout le monde. Et son corps ou du moins ses restes ? Quelle parcelle de part la famille Sankara a-t-elle alors sur Sankara né Thomas Isidore Noël, fervent chrétien qui ne ratait pas les messes de dimanche ? Oui Sankara est né Chrétien de père et de mère eux-mêmes Chrétiens ! Avant d’appartenir à la famille mondiale, Thomas Sankara a une famille biologique et n’est pas venu au monde par la vertu d’un saint esprit ! Que son souvenir appartienne donc au Monde et que son corps soit restitué à sa famille qui procédera à son enterrement selon les rites de l’Eglise catholique romaine à laquelle il appartient également !
Justement, quelle part alors l’Eglise a-t-elle sur leur fidèle croyant ?
Mais selon ce colonel-major, sa commission a pris sa décision après l’avis des autorités coutumières selon lequel Thomas Sankara devrait reposer là où il a été tué pour… « laver le sol (Sic) ». Je ne parle plus !
(Sur les images, Thomas, la veuve Sankara et le premier lieu où il a été sommairement enterré)
Abou Maco
