Après le Millennium Challenge, le programme régional du MCA, les États-Unis viennent d’exclure le Burkina Faso de l’AGOA, cette loi américaine somme toute inutile pour ce pays qui lui permettait d’exporter vers l’Amérique sans payer de taxes douanières.
En réalité, les exportations burkinabè vers les USA ne concernent que les domaines de l’artisanat et du textile ne représentant absolument rien pour l’économie du Burkina. Tout comme le Millennium Challenge et le MCA annoncés de plusieurs millions par an qui n’ont jamais été absorbés même pour cent mille dollars.
Cette mesure d’interdiction intervient à un moment où le Burkina a réchauffé ses relations diplomatiques et de coopération avec la Russie de Vladimir Pountine et prend petit à petit ses distances avec les intérêts impérialistes occidentaux notamment français.
Preuve de la volonté du Burkina de se rapprocher de la Russie, à l’image des républiques souveraines malienne et centrafricaine, le nouveau Premier ministre, Apollinaire Kyélem de Tambela était en mission discrète à Moscou en début décembre 2022.
Mais le pays paraissait encore hésitant à se jeter dans les bras de Moscou, surtout que les USA utilisent une forme de la politique de la Chine de Pékin qui exclu toute relation avec un pays entretenant des accords avec la Chine de Taïwan. Pour l’Oncle Sam, c’est avec la Russie à travers le groupe Wagner. Un valet local de l’impérialisme occidental dans la sous-région, le Président ghanéen, Nana Akufo-Addo, avait déclaré mi décembre que le Burkina a octroyé au Sud du pays une mine au groupe russe Wagner en échange de ses services dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. C’était lorsdu sommet des leaders américano-africains aux USA devant le secrétaire d’État américain Antony Blinken. Le Burkina a aussitôt réagit aux propos de Nana Akufo-Addo en démentant énergiquement cette « nformation », convoqué pour explications l’ambassadeur ghanéen et rappelé le sien dans ce pays pour consultation.
Le ministre burkinabè des Mines, Simon Pierre Boussin, avait alors précisé : « Nous n’avons pas octroyé un permis à une société russe au Sud du Burkina. Par contre, il y a eu un Conseil des ministres qui a officiellement accordé un permis d’exploitation à une mine industrielle du nom de Nordgold d’Yimiougou pour l’exploitation du minerai de Yimiouro situé dans la commune de Kassiméoro dans la région du Centre-Nord », qui rappelle également que « le Centre-Nord est totalement différent du Sud » évoqué par Akufo-Addo. Et d’insister que « la société minière russe Nordgold qui va exploiter la mine de Yimiougou dans le Centre-Nord du pays existe au Burkina Faso depuis une dizaine d’années et exploite déjà trois mines d’or ». Toute honte bue et la queue entre les jambes, Nana Akufo-Addo avait dépêché à Ouagadougou une mission gouvernementale de haut niveau pour présenter ses plates excuses.
Il faut comprendre que sous le magistère de Nana Akufo-Addo, le Ghana connaît une des plus graves crises économiques de son histoire qui a amené sa population à demander son départ du pouvoir à travers de grandioses manifestations dans les principales villes du pays. En accusant son voisin de commerce avec le Diable (Wagner) le président ghanéen comptait ainsi sur l’appui américain et du FMI pour l’aider à surmonter la crise en faisant du « Nafiya » comme il se dit dans les coulisses de la CEDEAO.
Toujours est-il que sur la base de ces rumeurs et du rapprochement avec Moscou, les USA ont cru prévenir « le risque » en actionnant de petites sanctions contre le Burkina. Un chantage en somme. Surtout que « si le Burkina fait le choix de Moscou, il s’attirera forcément les foudres de Bruxelles, mais surtout de Paris également ». Paris qui a vu le Burkina exiger le départ de son ambassadeur, un diplomate en marge de l’histoire qui se croit toujours en période coloniale et traite les autorités burkinabè avec dédain et condescendance. Il avait été donné depuis le 1er janvier 2023 un bref délai à la France pour rappeler définitivement cet ambassadeur. Avant lui, c’est la coordinatrice-résident du système des Nations unies qui avait été expulsée du pays pour soutien supposé avec les terroristes, alertes infondées sur la situation sécuritaire à Ouagadoudougou (elle a fait quitter tout le personnel onusien du pays), arrogance et manque d’élégance diplomatique. Une coutumière des faits par cette dame dans d’autres pays dont l’Afghanistan où elle sévissait déjà.
En tout état de cause, voici des raisons qui ont poussé les USA à actionner ses menaces, pardon, ses sanctions, espérant voir le pays s’éloigner de « l’Hydre Moscou ». Erreur de casting, car les Américains n’auront fait que pousser le Burkina plus vite que prévu dans les bras ouverts de Moscou.
L’exemple d’Assimi Goïta du Mali voisin a été d’un grand éclairage.
Abdoulaye Sankara (Abou Maco)
Journaliste engagé

